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mardi, 25 septembre 2012 04:01

L'Islam chiite (91)

L'Islam chiite (91)
 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, c’est avec le plus grand plaisir que je vous retrouve à cette rentrée après une absence estivale plus longue que prévue en raison d’une hospitalisation suivie d’un mois de Ramadan consacré à une convalescence tant physique que spirituelle. Pour nous remettre dans le bain, cette émission se contentera de rappeler où nous en étions arrivés dans notre examen des visions shiites et sunnites de la Prophétie et des Prophètes, la Paix soit avec eux.

 

Après avoir examiné les fondements théoriques qui distinguent radicalement les prophétologies sunnite et shiite, nous en étions arrivés au moment d’aborder certaines implications « terrestres » de ces divergences doctrinales. Par ce terme d’« implications terrestres », on entend en premier lieu l’idée que se font les musulmans sunnites et shiites de « l’Histoire sainte », autrement dit de la vie des Prophètes depuis l’aube de l’humanité jusqu’à la clôture de la Prophétie par Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens ainsi que tous les Guides divins.

Cette Histoire sainte a pour premiers fondements les éléments de forme « biographique » que le Coran donne sur certains Prophètes, depuis Adam jusqu’à Mohammad en passant par Noé, Abraham, Loth, Job, Moïse, David, Salomon, Jésus-Christ, etc. Ces données sont toutefois si minces qu’elles ne pouvaient suffire à elles seules pour constituer une Histoire sainte, même pour un Prophète aussi fondamental que Moïse, à propos duquel le Coran fournit pourtant le plus d’informations. Les données coraniques furent donc complétées par d’abondants commentaires attribués soit au Prophète lui-même et aux Imams de sa descendance, Dieu les bénisse et leur donne la Paix, soit à des Compagnons et autres « Pieux ancêtres » de la deuxième ou troisième générations de musulmans.

Nous avons à ce propos souligné combien l’« Histoire sainte » islamique se distingue des Histoires saintes juives et chrétiennes. Pour le judaïsme, l’Histoire sainte est une immense fresque historique relatant la genèse, l’élection et les tribulations des « Fils d’Israël », considérés comme « peuple élu ». Pour le christianisme, l’Histoire sainte a également la forme d’un récit historique venant compléter le précédent par l’histoire de Jésus-Christ, reconnu comme le Messie promis par l’Ancien Testament, depuis sa naissance jusqu’à sa Crucifixion et sa Résurrection, puis par le récit de la genèse d’un nouveau « peuple élu » qui, en recevant le Fils, sont devenus Enfants de Dieu par une communion spirituelle transcendant toute parenté par la chair.

En islam, par contre, l’Histoire sainte n’est ni celle d’un « peuple élu » ni celle d’un « être élu », mais l’histoire de la Guidance divine elle-même, autrement dit le récit de la formation et de l’éducation de l’humanité par Dieu par le biais de Ses

prophètes et messagers. C’est de ce fait une histoire de la Prophétie, plutôt que des Prophètes, et c’est pourquoi leurs péripéties historiques y disparaissent pour laisser le devant de la scène à la Révélation elle-même.

Celle-ci commence à l’aube même de l’humanité, le premier humain étant également considéré en islam comme le premier Prophète, ce qui fait de lui l’archétype non seulement de la « nature humaine », mais aussi de la « mission prophétique », qui consiste à conduire l’« animal bipède » qu’est l’homme à ses débuts à la pleine réalisation de son « humanité ».

Arrivés là, il a paru nécessaire de nous arrêter quelque peu sur la manière dont il convient d’entendre des enseignements tels que ceux que nous donnent le Coran et les Gens de la Demeure prophétique, la Paix soit avec eux, à propos d’Adam et d’autres personnages archétypiques. Il devrait en effet aller de soi que de tels Récits sacrés ne visent pas à transmettre des connaissances historiques et il est donc stupéfiant de voir combien la plupart des gens se méprennent à ce propos, tant ceux qui n’y voient que fables et contes naïfs que ceux qui les prennent pour des sources historiques indubitables.

Avant donc d’évoquer les récits d’Adam et d’autres grands Prophètes de l’humanité, on a jugé bon de faire appel au philosophe Henry Corbin qui a développé sur ce sujet des réflexions d’une importance capitale. Selon lui, en effet, la pensée occidentale souffre du divorce fondamental et radical entre deux ordres de réalité incommensurables, puisqu’elle place d’un côté l’ordre matériel de l’être et d’un autre l’ordre immatériel de la pensée.

Il y a dès lors une division irrémédiable entre notre être, qui relève du monde matériel, et notre pensée, qui est une réalité immatérielle quel que soit son rapport avec l’organe matériel qu’est le « cerveau ». Par conséquent, l’ultime ambition à laquelle l’homme puisse aspirer est d’acquérir une représentation mentale aussi adéquate que possible du monde matériel afin de mieux pouvoir agir sur lui. Par contre, il est inconcevable que la connaissance puisse transformer intérieurement un être, puisque ces deux ordres de réalité sont et resteront à jamais incommensurables et séparées par un gouffre que rien ne saurait combler.

La solution de ce problème est à chercher dans un troisième ordre de réalité qui, selon d’autres visions du monde, comble l’immensité séparant les deux autres ordres et permet ainsi d’éviter tout dualisme et dichotomie. Dans les courants dominants de la pensée occidentale, ce troisième ordre de réalité, qui relève de la faculté imaginative ou imaginale, fut abandonné aux artistes et aux fous. À de rares exceptions près, l’imagination a en effet toujours été considérée en Occident comme la « folle du logis », productrice ou hôte d’un univers onirique dépourvu de réalité tant matérielle qu’intellectuelle, un monde de rêves qui, au mieux, aboutissent à la création artistique et, au pire, finissent en délire.

Or, la faculté imaginative découverte par Corbin dans la pensée philosophique et gnostique des grands sages de l’islam est au contraire bel et bien réelle et nous

verrons dès notre prochaine émission comment son ordre de réalité permet tout à la fois d’échapper à la dualité corps/esprit et de comprendre la réalité de phénomènes tels que la Prophétie et la Révélation.

 

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