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vendredi, 11 mai 2012 15:18

L'Islam chiite (85)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous sommes depuis plusieurs émissions occupés par les visions opposées des musulmans sunnites et shiites sur les Prophètes et leur Sceau, qui ne se limitent pas à des divergences biographiques, mais relèvent d’oppositionsfondamentales dans leurs visions respectives de Dieu.

 

Pour les shiites, l’attribut divin de justice ne souffre pas la moindre faille, tandis que pour les sunnites,c’est l’omnipotence divine qui ne saurait souffrir la moindre restriction.Pour eux, Dieu agit donc selon un bon vouloirqu’aucune contrainte ne saurait limiter, tandis que pour les shiites la science divine de ce qui est juste détermine nécessairement Son choix.

À l’objection sunnite que des choix ainsi déterminés seraient en contradiction avec l’attribut coranique de Toute-puissance, les shiites répondent que le Coran stipule explicitement que Dieu est« puissant sur toute chose ». Or, l’impossible, que ce soit un cercle carré ou un autre dieu que Dieu, par exemple,n’est qu’une pure supputation sans la moindre réalité ni réalisation possible en dehors du mental. L’impossible n’est donc pas quelque chose, mais riendu tout, ou plutôt rien qu’une conception irréelle et irréalisable. Ne pas pouvoir réaliser l’impossible ne limite donc aucunement la Toute-puissance, car Dieu, « puissant sur toute chose »,a bien le pouvoir de concevoir toutes les « choses », y compris les« impossibilités », mais Il ne saurait pour autant réaliser ce qui n’est en soirien d’autre qu’une « conception irréalisable ».

 

Les shiites ont à leur tour une objection fondamentale à la conception sunnite de l’Omnipotence divine, qui mérite d’être examinée en détail car elle met en cause une conception de la liberté totalement erronée, et pourtant extrêmement courante.

En effet, considérer qu’un pouvoir d’agir serait limité s’il ne peut faire à la fois tout et son contraire découle d’une fausse idée de la liberté comme « pouvoir de faire ou ne pas faire »quoi que ce soit. Car définir la liberté comme « pouvoir de faire ou ne pas faire » est, comme on va le voir,erroné, tandis que la définir comme « pouvoir de faire et ne pas faire » est correct.

Plus précisément, disons que la liberté ne consiste pas à « pouvoir faire ou ne pas faire » quelque chose que ce soit, c’est-à-dire à pouvoir tout aussi bien l’accomplir ou s’en abstenir.La liberté consiste à « pouvoir faire si l’on veut et ne pas faire si l’on ne veut pas », autrement dit à pouvoir accomplir et s’abstenir conformément à ce que l’on a décidépour chaque chose en fonction de la connaissance qu’on en a.

La précision peut paraître relever de la nuance subtile, voire futile, alors qu’elle exprime en réalité une opposition aussi radicale que fondamentale.

Musique

Pour mieux se faire comprendre, partons de la conception de la liberté communément répandue. Il est habituel d’entendre dire que l’homme est responsable de ses actes en raison de son libre arbitre, contrairement aux animaux et aux anges qui en seraient dépourvus, les uns étant dominés par l’instinct et les autres incapables de mal agir. À bien y regarder, cela revient à dire qu’être libre est avoir la capacité de consciemmentmal agir, puisque l’on prive les animaux et les anges de liberté et de responsabilité du fait que les premiers n’auraient pas conscience de mal agir tandis que les seconds seraient trop bons pour pouvoir le faire.

Entre les deux, seul l’homme aurait ainsi la capacité de « consciemment choisir de mal faire » et ce serait pour cette raison qu’il serait considéré comme libre et responsable. Pour voir si cette conception courante est recevable, posons la question : si un être a la capacité de consciemment déterminer qu’une action est juste ou bonne, pour quelle raison pourrait-il librement décider de s’en abstenir, et réciproquement, s’il a pu en toute conscience considérer un acte comme injuste ou mauvais, quelle bonne raison pourrait-il avoir pour librement décider de l’accomplir ?

 

Si l’on réfléchit un tant soit peu à cette question, on ne peut aboutir qu’à la conclusion suivante : si un être considère un acte comme juste et bon, il ne peut en toute conscience que choisir de l’accomplir, à moins d’en être empêché soit par une force extérieure contraignante, soit par une considération intérieure plus forte que son jugement de cet acte comme juste et bon ; réciproquement, si quelqu’un considère un acte comme injuste et mauvais, il ne peut en toute conscience que choisir de s’en abstenir, à moins qu’une force extérieure ou intérieure ne le fasse agir contrairement à son jugement sur cet acte.

Autrement dit, un être libre ne peut que choisir d’accomplir ce qu’il pense juste ou bon et de s’abstenir de ce qu’il juge injuste ou mauvais. Si par contre il choisit d’agir en totale contradiction avec son jugement sain et conscient, ce ne saurait être par effet de sa liberté, mais au contraire sous celui d’une force limitant ou dominant son libre choix, qu’il s’agisse de personnes ou conditions extérieures le privant de sa liberté d’agir ou qu’il s’agisse en lui-même de sentiments tels que l’amour, la peur, la cupidité, l’ambition ou toute autre passion ou penchant susceptible de dominer l’homme et de le faire agir contrairement à ce qu’il juge juste et bon.

 

Ainsi, plus un être conscient est libre, plus son choix sera déterminé par son jugement de ce qui est juste et bon ou injuste et mauvais, et vice-versa, plus un être agira contrairement à son jugement de ce qui est juste et bon ou injuste et mauvais, moins cet être sera libre et plus il sera assujetti à des forces extérieures ou intérieures dominant sa conscience.

Que donc l’homme puisse mal agir n’est en rien la marque d’une liberté qui serait supérieure à celle des anges, mais au contraire d’une moindre liberté qu’eux en raison de son assujettissement aux désirs et passions de l’âme, et si les anges sont incapables de commettre le mal, ce n’est point pour être moins libres, mais au contraire pour l’être plus, car entièrement affranchis des considérations mondaines et des appétits charnels.

Enfin, l’être absolument libre n’est pas celui dont le choix serait un pur caprice entièrement dépourvu de raisons, mais au contraire celui dont le choix n’est déterminé que par la plus sublime raison, à savoir la pleine et entière connaissance du Bien, sans rien qui soit hors de Lui ni en Lui pour le détourner d’agir conformément à Sa connaissance de ce Bien qui n’est autre que Lui-même.

 

 

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