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vendredi, 11 mai 2012 15:17

L'Islam chiite (84)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous avons vu dans nos dernières émissions que les visions fort opposées que les musulmans sunnites et shiites ont des Prophètes et de leur Sceau ne résultent pas de divergences sur leurs histoires et biographies, mais découlent d’une opposition de principe à propos de Dieu. Pour les shiites, l’attribut divin fondamental de justice ne souffre pas la moindre faille tandis que pour les sunnites c’est l’omnipotence qui est la qualité divine première que rien ne saurait restreindre.

 

Pour eux, l’Omnipotent ne suit que son seul bon vouloir, sans contrainte ni limite, et ce qu’Il veut et fait détermine ce qui est juste, sans que de déficients et faillibles esprits humains puissent y redire quoi que ce soit sur la base de leurs conceptionsimparfaites, voire erronées. Pour les shiites, par contre, un acte de volition, fut-elle divine, ne saurait déterminer ce qui est juste. C’est au contraire ce qui est en soi juste et bon qui est en toute liberté choisi par Dieu.

Autrement dit, pour un sunnite, le libre choix de Dieu pose ce qui est juste, tandis que pour un shiite, ce qui est en soi juste entraîne le libre choix divin. Pour l’un, il n’existe en soini essences ni lois, seulement de purs choix divin ; pour l’autre, Dieu ne crée pas les lois et natures universelles, mais crée selonles lois et natures éternellement connues de Sa science.On pourrait ainsi dire, en termes philosophiques, que le sunnite serait nominaliste et volontaristetandis que le shiite professerait rationalisme et réalisme métaphysiques, ou encore que les sunnites ont sur ce point une vision cartésienne tandis que les shiites partagent celle de Leibnitz.

 

L’ultime objection des sunnite est qu’un Dieu dont les choix seraient déterminés par des raisons Lui imposant certains actes et lui en interdisant d’autres et dont les décrets dépendraient donc de considérations autres que Son pur et simple bon vouloir et Son entière liberté de choix, un tel Dieu serait bien peu libre et ne mériterait pas d’être dit tout-puissant, ce qui est pourtant un attribut nécessaire de la divinité.

À cela, les shiites répondent que la toute-puissance qui est un attribut nécessaire de la divinité implique seulement qu’Il soit, selon l’expression coranique, « puissant sur toute chose ». Or, n’est une chose que ce qui est possible, l’impossible n’étant tout simplement rien du tout, autrement dit un pur néant. Dès lors, le fait de ne pouvoir l’impossible n’est pas une limitation de la Toute-puissance divine, car rien ne saurait être limité par le néant, qui n’est rien du tout, mais seulement par une chose qui a un minimum de réalité, ce minimum étant d’être possible.

D’ailleurs, nul ne saurait prendre prétexte de la Toute-puissance divine pour prétendre que Dieu pourrait faire absolument tout, s’Il le voulait. Par exemple, tous seront bien obligés d’admettre à tout le moins que Dieu ne pourrait pas faire qu’Il ne soit pas ou qu’Il ne soit pas Dieu ou au contraire créer un ou plusieurs Dieux qui seraient exactement tels que Lui-même. Dès lors qu’on aura admis cela — et l’on ne saurait faire autrement que l’admettre —, on aura ipso facto reconnu qu’il est des impossibilités qui ne relèvent pas de la Toute-puissance divine, sans pour autant que cette Toute-puissance soit limitée, car ces impossibilités sontde purs « zéros » qui, ajoutés ou multipliés autant de fois qu’on voudra ne seront jamais plus qu’un zéro qui ne saurait être considéré comme une limite de l’infini.

 

Or, l’une de ces impossibilités est précisément le fait que Dieu puisse commettre la moindre injustice. Reste à savoir si l’homme peut rationnellement connaître et distinguer le juste de l’injuste et le bien du mal ? Le sunnite répond que non et que seule la Révélation lui procure la connaissance du juste et de l’injuste comme du bien et du mal, les deux s’identifiant aux prescriptions et recommandations faites par Dieu et communiquées par son Prophète.

À cela, le shiite rétorquera tout d’abord que celui qui ne peut connaître et distinguer le bien du mal et le juste de l’injuste et de ce simple fait irresponsable, comme l’est pour cette même raison l’enfant ou le fou, et que Dieu ne saurait demander des comptes à un irresponsable. Qui plus est, si l’homme ne peut rationnellement connaître ni distinguer rien de ce qui est bien et juste ou mal et injuste, comment pourrait-il bien reconnaître un authentique Prophète d’un vulgaire mage ou charlatan, puisqu’aussi bien l’un que l’autre pourraient se livrer à n’importe quels actes en prétendant suivre en cela des ordres divins et que ces actes sont donc pure justice et pur bien même s’ils semblent tout le contraire aux yeux de la raison humaine

Si l’homme peut être considéré comme responsable de ces actes, c’est bien uniquement parce qu’il a le moyen de distinguer le bien du mal et le juste de l’injuste, à tout le moins dans leurs principes et grandes lignes, même si l’on peut aisément concéder qu’il ne puisse en connaître avec certitude tous les détails et nuances. Il en va de ces principes et de leurs ramifications comme de ceux des mathématiques ou de la logique, par exemple, dont l’homme peut fort bien connaître rationnellement avec une certitude inébranlable certaines lois fondamentales, même s’il ne peut pour autant prétendre en connaître ainsi la totalité des lois

 

Ainsi, le fait que la reconnaissance ou la fidélité à ses engagements soient en soi des actes justes et bons tandis que l’ingratitude et l’infidélité à ses engagements sont au contraire mauvais et injustes est pratiquement aussi évident que le fait que deux et deux font quatre ou qu’un tout est plus grand que n’importe laquelle de ses parties, si bien qu’on ne trouvera jamais d’individu ou de communauté humaine qui penseraient le contraire, cela même parmi les brigands les plus mécréants et ceux qui seraient eux-mêmes affligés des vices en question. Comment donc peut-on alors considérer qu’il serait possible à Dieu de considérer le contraire ou d’agir en contradiction ou encore de l’admettre d’un de Ses prophètes, voire de le lui enjoindre !

Bref, on se retrouve ramené à ce principe que le shiite ne saurait admettre que Dieu, Ses prophètes et la religion qu’ils enseignent puisse être irrationnel, car cela serait en totale contradiction avec la nature humaineet la rationalité qui la caractérise, qui est le premier et principal moyen dont l’homme disposedans sa recherche de connaissances vraies et d’actions justes et qui est précisément ce qui fait de lui un être responsable à l’exclusion de tous les animaux.

 

 

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