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vendredi, 11 mai 2012 15:16

L'Islam chiite (83)

L'Islam chiite (83)
 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous nous sommes concentrés dans nos dernières émissions sur un épisode de la biographie sunnite du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, abondamment cité pour établir indiscutablement l’humaine faillibilité des Prophètes pour tout ce qui relève des affaires d’ici-bas. On avait ainsi souligné les grossières invraisemblances du fameux hadith de la pollinisation des palmiers, qui interdisent que ce récit ait pu avoir la moindre réalité historique, puis on avait montré comment les implications politiques immédiates de ce propos laissent aisément entrevoir les intentions qui motivèrent cette invention et forgerie.

 

Ceux qui voulaient à tout prix s’emparer de la direction et du gouvernement de la société musulmane devaient avant tout invalider les prétentions des Gens de la Demeure prophétique, la Paix soit avec eux, alors éminemment représentés par l’Imam ‘Alî, son épouse Fâtima, fille de Mohammad, et leurs deux fils Hasan et Hoseyn. Comme personne ne pouvait prétendre rivaliser avec eux dans les vertus et les connaissances religieuses, d’autant que le Prophète les avait à maintes reprises mis à pied d’égalité avec lui, ne laissant aucune occasion d’enjoindre à la Communauté de les suivre pour ne pas s’égarer, la meilleure solution qu’ils trouvèrent fut de restreindre leurs qualités et leur guidance à la religion et aux affaires spirituelles, qu’ils leur abandonnaient volontiers du moment qu’ils pouvaient en contrepartie produire une justification légitimant leur mainmises sur le pouvoir et les affaires politiques et économiques.

 

On peut d’ailleurs subodorer que c’est pour les mêmes raisons que des conduites proprement incroyables et inadmissibles furent attribuées par ceux qui rédigèrent les textes de l’Ancien Testament aux personnages les plus vénérables de leur propre histoire religieuse. On refuserait par exemple catégoriquement d’excuser n’importe quel homme qui abuserait de son pouvoir pour faire tuer un de ses subordonnés dont il aurait auparavant séduit et mise enceinte l’épouse. Comment alors pourrait-on l’admettre de la part d’un dirigeant sensé être élu par Dieu pour guider son peuple et comment un aussi ignoble comportement pourrait-il nous amener à suivre un tel personnage plutôt qu’à le fuir ? Pourtant, c’est bien sous un tel jour que l’Ancien Testament présente le Roi-Prophète David et que juifs, chrétiens et musulmans sunnites le vénèrent.

Quant aux musulmans shiites, il leur suffit de savoir que David était investi de sa mission par Dieu pour savoir ipso facto qu’il ne saurait s’être rendu coupable d’une telle ignominie, car elle suffirait à elle seule à invalider définitivement toute prétention à une élection divine et toute obligation divine de vénérer et d’obéir à un tel individu. De même qu’il leur suffit de voir en Abraham et Noé des guides investis par Dieu pour savoir qu’ils n’ont rien pu faire qui soit en contradiction avec une telle investiture.

On peut par contre fort bien comprendre que des dirigeants politico-religieux dont l’histoire a gardé bien des traces de pratiques et comportements incompatibles avec leurs prétentions aient eu le plus grand intérêt à pouvoir excuser et justifier leurs propres écarts de conduite en les couvrant par les écarts incomparablement plus graves de vénérables Patriarches, Prophètes et Rois consacrés.

 

Bien qu’on l’ait déjà signalé, insistons encore sur le fait que ces attitudes radicalement contradictoires ne découlent pas d’une divergence dans les données historiques concernant les biographies des Prophètes en général et de leur Sceau en particulier, mais au contraire d’une divergence de principe fondamentale quant à la conception de la divinité. Pour les shiites, l’attribut divin fondamental est celui de justice, qui ne saurait souffrir la moindre infraction ni être contredit par aucun autre attribut. Pour les sunnites, au contraire, la qualité divine première est l’omnipotence, qu’aucune considération ne saurait remettre en cause.

Pour eux, comme Dieu est omnipotent, il fait absolument ce qu’Il veut et personne n’a le moindre titre pour pouvoir y redire, fût-ce en invoquant la justice. Dieu pourrait ainsi fort bien décider de jeter Prophètes, saints et fidèles en Enfer et d’ouvrir les portes du Paradis aux mécréants, et nul ne saurait y redire quoi que ce soit, pas même que ce serait injuste, car c’est la volonté divine qui détermine ce qui est juste et non pas une justice humainement conçue qui déterminerait et limiterait la souveraineté divine. Quoi donc que Dieu fasse, Ses serviteurs doivent le tenir pour juste, quoi qu’ils puissent en penser avec leurs capacités de compréhension si faibles et défectueuses.

Il n’y a donc pas lieu de s’offusquer que Dieu prescrive des comportements sans qu’aucune raison ne s’impose à lui pour déterminer et limiter sa souveraine décision, qu’Il prédétermine ensuite tout aussi souverainement ce que feront Ses créatures, fût-ce en faisant agir Ses plus grands Prophètes contrairement à Ses prescriptions et en faisant agir moralement et saintement de purs mécréants, puis qu’Il demande néanmoins à chacun des comptes pour des actes qu’il n’était pas en leur pouvoir de décider ce qu’ils seraient, puisqu’une telle décision est le privilège de l’omnipotence divine, et enfin qu’Il décide toujours aussi souverainement et sans autre raison que Son bon vouloir, libre de toute influence et détermination, de châtier qui Il veut et de récompenser qui Il désire.

 

Une telle conception n’est qu’une pure aberration aux yeux d’un shiite et un être aussi inconséquent ne mériterait aucunement d’être pris pour Dieu et vénéré. Seul mérite d’être tel un être qui est en soi pur Bien, pure Vérité, pure Justice et pure Sagesse. Se connaissant lui-même comme pur Bien, Il connaît par là-même tous les biens et en veut la réalisation du fait même qu’ils sont des biens, même si chacun de ces biens a ses propres limites, chacun selon son rang, faute de quoi il n’y aurait rien d’autre que le Bien pur et absolu, autrement dit Dieu lui-même et rien d’autre.

Il crée donc chaque bien limité à la place qui lui revient dans la meilleure configuration possible selon l’ordre du bien. Il édicte ensuite ses ordres en raison des biens qu’ils impliquent et des maux qu’ils limitent et chacun fait ses actes volontaires en vertu de sa propre volonté et de sa propre nature, sans la moindre contrainte extérieure à lui-même, quand bien même Dieu a pleinement et éternellement connaissance de tous les êtres et de leurs actes.

Il est donc parfaitement justifié à leur demander compte de tout ce qu’ils ont pu faire volontairement, tout en tenant bien entendu compte de tous les éléments indépendants de leur volonté qui ont eu part à la formation et constitution de leur nature et des conditions dans lesquelles ils se sont trouvé agir.

Reste l’objection sunnite que Dieu serait alors bien peu libre de Ses actes, Ses choix étant déterminés par quantité de raisons qui Lui imposent certains actes et lui en interdisent d’autres et ses décrets dépendant de considérations autres que Son pur et simple bon vouloir et Son entière liberté de choix, à laquelle on verra quelle réponse y font les shiites.

 

 

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