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vendredi, 11 mai 2012 15:15

L'Islam chiite (82)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous avons vu dans nos dernières émissions que restreindre à la manière sunnite l’infaillibilité des Prophètes à la seule transmission du message divin implique aux yeux des shiites un fidéisme rationnellement injustifiable. En effet, l’idée d’un Dieu qui ne serait ni sage ni juste étant rationnellement inacceptable, il est a fortiori contradictoire et inadmissible que Dieu aurait pu doter l’homme de raison, puis promettre la perdition à qui la suivrait et le salut à qui s’en détournerait.

 

Des divergences sur l’infaillibilité et impeccabilité prophétiques découlent des visions radicalement différentes de la personne et de la vie des Prophètes. Dans la version « salafie » ou « wahhabite » du sunnisme, un Prophète n’est finalement qu’un « facteur » : seuls comptent le message et son divin Auteur, l’homme qui l’apporta n’étant maintenant plus qu’ossements en attente de résurrection. D’autres sunnites, en particulier adeptes du soufisme, reconnaissent aux Prophètes une nature spirituelle transcendante préexistant à leur mission prophétique et lui survivant à jamais.

Tous, cependant, admettent à un degré ou un autre que les Prophètes commettent, avant ou après leur mission, des fautes et péchés dont le Coran ferait selon eux état : David aurait ainsi séduit la femme d’un général, se débarrassant de lui en l’envoyant se faire tuer au front ; Abraham aurait dans un premier temps été adorateur des astres ; Mohammad se serait fâché contre un pauvre aveugle s’étant adressé à lui pendant qu’il prêchait d’aristocrates Mecquois ; etc. etc. Autant de fautes et défaillances, et bien d’autres encore, dont chacune suffirait à délégitimer et définitivement invalider toute prétention à être écouté et suivi comme divinement guidé. Les shiites n’y voient donc que pures calomnies à l’image de celles de l’Ancien Testament.

 

Nous nous étions quittés sur le récit particulièrement célèbre du conseil donné par Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, aux Médinois de ne plus recourir à la pollinisation manuelle des palmiers. Ayant suivi sans discuter l’avis du Prophète, ils furent fort déçus de n’en tirer qu’une maigre récolte. Interrogé, le Prophète leur aurait répondu qu’ils étaient « plus instruits que lui des affaires de leur monde ».

Pour avoir un aperçu de l’immensité du gouffre séparant les visions sunnite et shiite du Prophète et de ses Compagnons, il suffit de voir combien ce récit est valorisé et mis à l’honneur en milieu sunnite, tandis qu’un shiite ne saurait y voir qu’un tissu d’ineptes forgeries au service d’un sombre dessein politique.

Que ce récit n’est que pure invention sans le moindre fond de réalité, le ramassis d’invraisemblances qu’il comporte suffit à le montrer. Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, a en effet grandi et toujours vécu dans un monde où la culture du palmier-dattier est la plus importante activité agricole. Qu’un tel homme puisse ne pas réaliser les conséquences qu’aurait un arrêt de la pollinisation manuelle est aussi crédible qu’un paysan normand qui ne comprendrait pas ce qui se passerait si l’on ne menait plus les vaches au taureau.

 

Présenter le Prophète prodiguant semblable conseil est donc une caricature aussi crédible que le serait celle d’un paysan qui, au prétexte d’avoir des connaissances supérieures, n’hésiterait pas à conseiller aux paysans du terroir de ne plus mener leurs vaches au taureau. Et des Médinois obtempérant sans mot dire sont aussi caricaturaux et crédibles que des paysans normands qui s’empresseraient sans discuter de bien éloigner leurs vaches des taureaux …

Quand on sait ce qu’étaient les attitudes et comportements courants des Arabes avec le Prophète, dont des échos se laissent entendre jusque dans les reproches qui leur sont fait dans le Coran, comme celui de hausser le ton quand ils discutent avec le Prophète de ses vues et directives… Et voilà que ces médinois s’empresseraient d’appliquer sans discuter un conseil aussi manifestement et ridiculement absurde même venant d’un simple homme du coin, et combien plus encore dans la bouche de quelqu’un se disant agir sous guidance divine et avoir la mission de conduire les autres…

 

Le clou du récit, cependant, qui en trahit l’intention et portée véritables, du moins pour qui ne se laisse pas aveugler, reste l’aveu, indiscutable puisque énoncé par lui-même, de l’incompétence du Prophète pour les affaires de ce bas monde, bien mieux connues et gérées par ceux dont c’est proprement le monde, « leur monde », celui du Prophète étant donc l’« autre monde », celui de l’au-delà et de la religion.

Le propos vient ainsi fonder et justifier une sorte de « sécularisme à l’américaine » avant le terme, un régime politique comme celui qu’instaureront les premiers califes usurpateurs, et plus encore les Omeyyades après eux, en pouvant se prévaloir pour le légitimer de propos comme ceux fallacieusement mis ici dans la bouche même du Prophète.

« Vous êtes plus instruits de votre bas-monde que moi », aurait-il dit. Cela vaut donc a fortiori, pensera chacun logiquement, pour les Gens de sa demeure, ces Imams de sa famille qui sont ses héritiers et successeurs désignés, dont chacun est pour son temps comme le Prophète lui-même au cœur de la Communauté, et qui furent tous en leur temps des modèles exemplaires d’une perfection inégalée par qui que ce soit.

Certes, dira-t-on alors en mettant à profit ce prétendu hadith prophétique, mais les affaires qui leur reviennent sont uniquement celles de « leur monde », celles de l’au-delà et de la religion donc, car c’est de celles-là seulement que le Prophète et les siens sont plus instruits que d’autres. Quant aux affaires de « ce monde », celles de la politique et du gouvernement de la société, celles-ci reviennent de plein droit à ceux dont c’est précisément le monde, « leur monde », ceux-là même dont le Prophète aurait lui-même explicitement reconnu qu’ils en sont plus instruits que lui, et donc mieux à même de s’en occuper efficacement… comme dans la fameuse affaire des palmiers…

Et voilà, le tour est joué et l’affaire emballée… et cela dure encore et durera aussi longtemps qu’il y aura des musulmans qui se laisseront abuser…

 

 

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