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vendredi, 11 mai 2012 15:14

L'Islam chiite (80)

L'Islam chiite (80)
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, après avoir montré l’inanité de préjugés et accusations répandus à propos de l’islam shiite, nous avons commencé à voir certaines des différences réelles et profondes qui distinguent les conceptions shiites et sunnites de la Révélation et de la Prophétie et a fortiori leurs visions respectives de la personnalité et de la biographie du Prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens.

Nous avons pour cela distingué plusieurs questions :

1. Celle du rapport entre la Prophétie et l’Imamat ;

2. Celle du rapport entre Mohammad et ses Imams, d’une part, et les Prophètes et Imams antérieurs, d’autre part, Dieu les bénisse tous et leur donne la paix.

3. Enfin, ce qu’impliquent ces conceptions pour les visions sunnite et shiite des Prophètes évoqués par le Coran.

 

Avant d’aborder ces questions, nous avons précisé en quoi la notion islamique de « Prophétie » se distingue de ce que ce même terme désigne en français courant et dans la Bible, qui en sont les emplois les plus familiers pour des francophones. Nous avons alors vu que les emplois bibliques et courants du mot « prophétie » évoquent essentiellement l’idée de « prédictions » concernant l’avenir, tandis que cette même idée n’est pas constitutive de la notion islamique de « Prophétie », dont l’idée fondamentale est celle d’inspiration divine et de révélation.

 

Le terme coranique nabî, que l’on traduit par « Prophète », dérive d’une racine évoquant l’idée d’« informer » et désigne toute personne recevant une révélation divine, quel que soit son contenu et sans impliquer qu’elle doive être transmise à quelqu’un d’autre que celui qui la reçoit. D’autres termes coraniques relatifs à la Prophétie impliquent par contre la transmission, voire la proclamation : le participe passé morsal qualifie ainsi un Prophète « envoyé » à d’autres humains et le nom rasûl désigne proprement un « messager », chargé d’un « message » et d’une « mission » désignés tous deux par le terme de risâla.

La question sur laquelle divergent alors fondamentalement les diverses conceptions islamiques de la Prophétie est celle de la ‘isma des Prophètes, c’est-à-dire de leur infaillibilité et impeccabilité. Les Prophètes sont-ils prémunis contre l’erreur et la faute ou sont-ils au contraire, comme tous les humains, susceptibles de se tromper et de fauter ?

 

Les réponses sunnites à cette question se contentent généralement d’une garantie minimale, à savoir qu’un Prophète n’est à l’abri de l’erreur et de la faute qu’en ce qui relève de la transmission du message divin dont il est chargé. Pour eux, un Prophète peut fort bien avoir commis des erreurs ou des fautes avant d’avoir reçu sa mission et

même continuer d’en faire après, pour autant qu’elles ne portent pas atteinte à l’intégrité du message. Certains vont parfois jusqu’à admettre que des erreurs se soient glissées, sous l’effet d’oublis ou d’inspirations sataniques, dans le message lui-même, la Révélation ayant toutefois été corrigée ensuite par des interventions divines.

Une telle vision est totalement inacceptable pour les shiites, car elle impliquerait de s’enfermer dans un fidéisme aveugle. En effet, dès lors qu’un homme se présente avec la prétention inouïe d’être élu par Dieu pour recevoir et transmettre Sa Révélation et pour guider d’autres humains qui doivent donc se soumettre à son autorité et le suivre, on est pleinement justifié à se demander et à lui demander ce qui garantit une telle prétention et que ses faits et dires doivent être pris pour l’expression même de la vérité et de la volonté divine.

En l’absence d’une telle garantie, on ne saurait avoir aucune certitude que cette personne ne puisse se tromper ou s’illusionner, même si elle est unanimement connue et reconnue pour être sincère, véridique et digne de foi, car nul ne peut humainement prétendre à l’infaillibilité en tous ses faits et dires. Or, une confiance aussi dépourvue de raisons objectives n’est qu’un fidéisme aveugle, car elle n’est fondée que sur un pur acte de foi. Et un tel acte de foi est encore plus déraisonnable et injustifié s’il doit être fait quand bien même on constaterait des erreurs ou des fautes dans les faits et dires de cette personne.

 

Un acte de foi aussi irrationnel est contraire à l’idée que se font les shiites tant de l’homme que de Dieu. Leur idée de l’homme est que ce qui le distingue des autres animaux est son intelligence rationnelle et que le seul et unique instrument dont il dispose pour chercher la vérité et la distinguer de l’erreur est cette intelligence et ses critères rationnels. Quant à leur idée de Dieu, elle repose sur les deux attributs rationnellement établis de sagesse et de justice : un être dépourvu de ces attributs est tellement imparfait qu’il ne mérite aucunement d’être considéré comme Dieu.

Or, d’une part, il faut être bien déraisonnable pour engager sa vie et son devenir posthume sur la base d’un acte de foi dépourvu de toute raison, voire contraire aux bonnes raisons de se défier. Et Dieu serait par ailleurs bien inconséquent et injuste d’avoir doté un être de raison, d’avoir fait d’elle son guide pour rechercher la vérité, puis de lui demander d’agir en totale contradiction avec ce guide et ses raisons et de récompenser alors ceux qui auraient accepté d’agir à l’encontre des bonnes raisons de ce guide et punir au contraire ceux qui auraient agi conformément à cette raison dont Il a fait leur guide.

Ni un tel homme ne mériterait d’être dit humain, ni un être aussi inique et inconséquent d’être pris pour Dieu.

 

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