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vendredi, 11 mai 2012 15:12

L'Islam chiite (78)

L'Islam chiite (78)
 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, maintenant que nous avons répondu aux principales accusations lancées contre le shiisme,dont on a vu qu'elles sont en réalité le fait de préjugés ou des méprises, le moment est venu d'évoquer des différences,bien réelles cette fois et souvent profondes, voire fondamentales, entre les conceptions shiites et sunnites de la Révélation et de la Prophétie et leurs visions respectives de la personnalité et de la vie du Prophète de l'islam, Dieu le bénisse lui et les siens.

 

La première question que nous avons commencé d'évoquer porte sur la nature même de la Prophétie, afin de voir ensuite quel est son rapport avec l’Imamat. Nous avons dit à ce propos que l'idée de « prédiction » d'évènements à venir, qui domine l'usage français courant aussi bien que les occurrences bibliques du mot "prophétie", n'est aucunement constitutive de la notion islamique de « Prophétie ».Même si un « Prophète » peut éventuellement faire des révélations concernant le futur, ce ne sera jamais qu'un élément accidentel de sa "Prophétie".

Le seul et unique trait essentiel qui fait d'un homme un Prophète n'est rien d'autre que le fait de recevoir une révélation divine, sans plus de précision quant à son contenu et sans condition non plus de transmettre cette révélation, tandis que le Grand Robert donne pour première définition du mot Prophète celui de « personne qui proclame la volonté divine ».

 

Le mot arabe nabî, que l'on traduit par "Prophète", dérive en effet d’une racine dont le sens fondamental est tout simplement l’idée d’« informer ». Le nabî est donc une personne qui reçoit une révélation divine, mais cette information peut fort bien n’être destinée qu'à lui-même, auquel cas il n’en parlera à personne.

D’autres termes coraniques ayant également trait à la notion de Prophétie impliquent par contre le fait de transmettre à un groupe plus ou moins important l’information révélée, voire de proclamer ouvertement un message divin. C’est le cas de deux mots dérivés d’une même racine qui évoque l’idée de « porter un message » :

• Il y a d’abord le participe passé morsal, que l’on traduit par « envoyé ». Pour désigner ces Prophètes, le Coran use parfois du nom nabî accompagné du qualificatif morsal et se contente d’autres fois du simple qualificatif, tout comme on peut en français recourir à la formule complète de « Prophète envoyé » ou se contenter du participe passé et parler d’un « envoyé ».

• Il y a ensuite le nom rasûl, qui désigne un « messager », le mot risâla dérivé de la même racinedésignant alors soit le « message » qu’il porte soit sa « mission » de messager.

 

On comprendra aisément que le fait d’être un « messager »implique naturellement d’être « envoyé » et a fortiori d’être « Prophète », alors que la réciproque n'est pas vraie puisqu’un Prophète peut fort bien n’être envoyé à personne et qu’un envoyé chargé de transmettre un information à un groupe plus ou moins importantn’est pas forcément porteur d'un message à proclamer.

Cette prophétologiecontenue en germe dans la terminologie coranique elle-même est développée par les théologies tant sunnites que shiites, cependant la doctrine shiite comporte des précisions absentes de la vision sunnite du fait qu’elles proviennent d’enseignements donnés par les Imams de la famille du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens. C’est en particulier le cas d’une typologie détaillant certaines modalités de la Révélation – par exemple l’Ange qui en est le vecteur peut être seulement entendu ou également vu et cela soit en état de veille soit pendant le sommeil. Des développements de cet ordre ne se retrouvent en milieu sunnite que dans des ouvrages de spirituels soufis.

Ces différences entre les prophétologies sunnite et shiite, voire entre celles des diverses écoles et points de vue à l’intérieur même de ces deux courants majeurs, ne portent toutefois que sur des points de détail. Il y a par contre une question qui est au cœur des divergencesfondamentales entre les différentes visions islamiques de la Prophétie : c’est celle de la ‘isma des Prophètes, terme qui évoque, on va le voir, les deux notions d’infaillibilité et d’impeccabilité.

 

De manière résumée, la question qui se pose est de savoir si un Prophète peut être sujet à l’erreur ou à la faute, tout particulièrement par rapport à la Révélation qu’il reçoit et transmet. Pour ce qui est des Prophètes n’ayant pas mission de transmettre quoi que ce soit, la question ne peut tout au plus qu’avoir un intérêt théorique, mais elle ne porte pas à conséquence puisque, en l’absence de toute transmission, personne n’a à prendre de position par rapport à eux.

Par contre, dès lors qu’un Prophète est chargé de transmettre une information, et plus encore s’il est porteur d’un message appelant à le suivre, la question a des conséquences pratiques considérables : quelle garantie avons-nous que l’information qui nous est donnée par un humain semblable à nous soit l’expression exacte de la vérité ou de la volonté divine ? Même si le transmetteur est reconnu pleinement digne de foi, sincère et véridique,ne peut-il se faire que l’information qu’il transmet ait été déformée, fût-ce en partie et involontairement,soit lors de sa réception soit lors de sa transmission ? Enfin, si le porteur du Message divin doit être, non seulement écouté, mais pris pour modèle et pour guide, quelle garantie avons-nous qu’il ne se trompe pas lui-même dans sa compréhension ou dans ses actes ?

Comme on le voit, dès lors qu’on ne se résigne pas à une attitude purement fidéiste et à une foi aveugle et naïve dépourvue de critères objectifs pour distinguer la vérité de l’erreur et la spiritualité de la malignité, dès lors que l’on entend au contraire justifier sa foi en raisonet l’épurer de la superstition, la question de la mesure de la fiabilité d’un homme se disant porteur d’une Révélation divine est bien évidemment des plus fondamentales qui soient.

 

 

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