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vendredi, 11 mai 2012 15:04

L'Islam chiite (70)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs,au moment de refermer la longue parenthèse que nous avions ouverte pour aborder et corriger diverses erreurs et confusions fondamentales répandues à propos de l'islam shiite, il n'est pas superflu, avant de reprendre notre route, de nous arrêter quelque peu pour faire le point sur le chemin parcouru ensemble jusqu'ici.

 

Au début de notre série d'émissions, nous avons vu que les shiites se représentent la religion comme un arbre dont les racines, nommées osûlo d-dîn, « fondements de la religion », sont les principes rationnels qui précèdent la Révélation et en constituent la base et la justification intellectuelle.

Le tronc de l'arbre de la religion, qui est comme l’axe autour duquel elle tourne, est la Révélation elle-même et ceux qui en sont le réceptacle indissociable, les Gens de la Demeure prophétique, ahlo bayti n-nobowwa. Par rapport à cet axe, l’attitude fondamentale de ceux qui y ont foi est faite de "soumission", qui est le sens même du mot islam, et d’un amour dévotionnel qui est désigné par le mot wilâya en arabe ou velâyat en persan, un concept fondamental qui est au cœur de l’islam shiite.

Enfin, les branches de la religion, forû'o d-dîn, sont les croyances et les pratiques tirées de la Révélation et des faits et dires des Gens de la Demeure prophétique.

Quant à la terre dans laquelle cet arbre plonge ses racines et sur laquelle il pousse,elle n'est autre que la nature même de l'être humain, la fitra en arabe,et plus précisément cette faculté spécifiquement humaine que l'on nomme « intelligence » ou « raison »,la primauté que lui accorde l'islam shiite étant sans conteste la caractéristique la plus fondamentale et remarquable de cette doctrine.

 

Nous avons donc commencé par découvrir la rationalité qui caractérise le shiisme dès ses sources les plus fondamentales, comme le célèbre Kitâb al-Kâfî ou Livre suffisant, une encyclopédie des enseignements des Gens de la Demeure prophétique réunis au 9e siècle (qui correspond au 3e siècle après l’Hégire).

Contrairement aux recueils sunnites de hadiths, qui tous évoquent dès l'ouverture la question de la foi et de la mécréance et ne comportent aucun chapitre d'enseignements prophétiques sur la raison et l'intelligence, cette encyclopédie shiite s'ouvre sur un traité « de l’intelligence et de l’ignorance » et n'aborde la foi et la mécréance qu'à la fin du second volume, après avoir longuement rapporté les propos du Prophète et des Gens de sa Demeure sur la primauté de la connaissance et de la réflexion etsur les arguments et raisonnements établissant l'existence d'un éternel et unique Principe de toute la création et de toutes les perfections, puis la nécessité qu'en tout temps un humain accompli reçoive, incarne et transmettela Guidanceconduisant l'humanité vers son accomplissement.

Ce n'est en effet qu'après avoir admis ces fondements que peut légitimement se poser la question d'avoir ou non foi en des personnes se présentant comme de tels Guides, des raisons justifiant cette foi ou ce rejet et des conséquences et implications qui en découlent. Et pour être justifiée devant le tribunal de la raison, l'adhésion à ces fondements et l'acte de foi qui s'ensuit doivent être non pas le fait d'une réception passive et irraisonnée, mais le fruit d'un effort personnel de réflexion dans la mesure des capacités intellectuelles de chacun. Tout homme ne saurait être philosophe, mais chacun se doit de ne pas accepter aveuglément ce qui lui est transmis de ses ancêtres ou de toute autre sourcesans le passer au crible de sa réflexion, tout particulièrement lorsqu'il s'agit des bases et fondements de toute sa vision du monde.

 

Cette rationalité répond d'ailleurs à une exigence intellectuelle déjà réitérée à plusieurs reprises dans le Coran, comme au verset 170 de la sourate 2 qui dit :

Lorsqu’on leur dit : « Suivez [donc] ce que Dieu a fait descendre [comme révélation] », ils disent : « Nous suivrons [bien] plutôt ce que nous avons vu que nos pères [suivaient]. » — Fût-ce alors que leurs pères ne comprenaient rien ni ne suivaient la bonne voie ?

Ou encore aux versets 17 et 18 de la sourate 39, qui disent :

Annonce la bonne nouvelle à Mes serviteurs qui sont attentifs à ce qui se dit et en suivent le meilleur. Voilà ceux que Dieu a guidé et ceux qui sont doués de cœurs intelligents.

C'est donc en conformité tant avec les exigences de la raison qu'avec leur confirmation dans les enseignements de la Révélation coranique et des Gens de la Demeure prophétique qui en sont les dépositaires qu'en islam shiite tout commence par une intelligence considérée commel'argument primordial de Dieu envers l'homme et le premier Prophète chargé deguider l’humanité, chacun devant en définitive rendre ses comptes « à la mesure, dit un hadith, de l’intelligence qui lui fut donnée. »

 

L’Imam Sâdiq, la Paix soit avec lui, sixième Imam des Gens de la Demeure prophétique, résume ainsi la démarche intellectuelle fondant la religion :

La première des choses, leur principe, leur force et leur édification, sans laquelle on ne saurait tirer profit de rien, est l'intelligence, dont Dieu a fait une parure et une lumière pour Ses créatures : c’est par l’intelligence que les serviteurs connaissent leur Créateur et [savent] qu’ils sont créés, qu’Il est Celui qui les gère et qu’eux sont gérés, que Lui subsiste tandis qu’eux s’éteignent. Grâce à leurs intelligences, ils raisonnèrent sur ce qu’ils voyaient de la création – le ciel, la terre, le soleil, la lune, la nuit, le jour… –, ils déduisirent qu’elle et eux avaient un Créateur et Organisateur qui est depuis toujours et sera à jamais, ils connurent le bien du laid et surent que les ténèbres étaient dans l’ignorance et la lumière dans la connaissance… Voilà ce que l’intelligence leur montre.

En suivant son intelligence […], l’intelligent comprend […] qu’il est des choses que son Créateur aime et d'autres qu'Il déteste et des actes d’obéissance et de désobéissance. Or, il ne voit pas son intelligence le guider en cela et il comprend qu’il n’y parviendra que par le savoir et en le cherchant et qu’il ne tirera pas profit de son intelligence s’il ne parvient à savoir cela. L’intelligent se voit donc en devoir de rechercher le savoir et critère sans lequel il n’aura point de droiture.

 

 

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