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vendredi, 11 mai 2012 15:02

L'Islam chiite (69)

L'Islam chiite (69)
 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous en sommes arrivés à la dernière émission consacrée à la plus grave erreur répandue à propos des shiites, à savoir qu'ils n’auraient pas le même Coran que les autres musulmans. L'examen de cette accusation infondée nous a permis de voir que pratiquement tous les musulmans, shiites comme sunnites, considèrent que c'est le troisième Calife, ‘Othmân, qui fit constituer un corpus coranique unique et éliminer toutes les variantes existantes et que toute tentative de dater ce corpus plus tardivement se heurte à un problème majeur : après la profonde division des musulmans qui suivit l’assassinat de ce calife, aucun des groupes n’aurait en effet pu imposer aux autres un même corpus et des versions dissidentes et apocryphes se seraient inévitablement conservées, ce qui n’est pas le cas. Non seulement les shiites n'ont pas de Coran particulier — et il suffit pour s'en convaincre d'en consulter tout exemplaire présent dans n'importe quelle mosquée ou famille shiite —, mais ils sont également fort loin de penser que le Coran partagé par tous les musulmans serait altéré comme le sont à leurs yeux les autres Ecritures saintes. Tout au plus admettent-ils une modification dans l'ordre des versets et un oubli du sens de la Révélation sans disparition de sa lettre, seul une petite minorité de littéralistes s'en tenant au sens apparent de traditions évoquant l'omission de versets. Plus encore : les shiites et leur traditions sont unanimes pour exclure catégoriquement l'ajout d'un quelconque passage, fut-ce un unique verset ou partie d'un verset, dans le Coran que tous les musulmans connaissent, reconnaissent et partagent depuis aussi longtemps qu'on en a trace. Cela seul suffit à distinguer le Coran, quoi qu'on en pense, des autres Ecritures saintes, dont il est bien établi qu'elles contiennent quantité de pages et chapitres dont la rédaction est bien postérieure aux Prophètes auxquels ils sont attribués et qui ne sauraient donc faire partie de leur Révélation.

 

 

Certaines personnes, sincères ou malintentionnées, invoquent parfois le terme de mishaf, qui apparaît dans des traditions shiites évoquant un mishaf 'Alî et un mishaf Fâtima, pour affirmer que les shiites croiraient à l'existence d'un "Coran" propre à 'Alî ou à Fâtima. Le mot mishaf désigne en arabe, de manière générale, tout recueil de feuillets écrits, mais il est plus spécifiquement utilisé pour désigner les recueils des pages du Coran et, par extension, le texte contenu dans ces recueils. Le terme est bien employé en ce sens particulier dans l'expression mishaf 'Alî, mais pas du tout dans celle de mishaf Fâtima, où il a simplement sa signification générale. Il est en effet explicitement précisé dans les hadiths et traditions qui évoquent ce mishaf de Fâtima qu'il s'agit d'un recueil de feuillets bien plus volumineux que les recueils coraniques, mais qu'il ne s'y trouve rien qui relèverait du Coran. On ne saurait être plus clair et il faut soit de l'ignorance soit de la mauvaise foi pour accuser malgré tout les shiites de croire à un illusoire "Coran de Fâtima"

 

Quant au mishaf de 'Alî, il est si loin d'être une "croyance shiite" qu'il est, en compagnie des recueils de Compagnons tels qu'Ibn 'Abbâs ou d'Ibn Mas'oud, une des principales références de l'ouvrage sunnite fondamental sur les divergences entre les recueils coraniques de ces personnalités, le fameux Livre des mishaf-s écrit au 9e siècle par le grand traditionniste Abou Dawoud Sedjestânî. Précisons à ce propos qu'à la différence des divergences qui relèvent seulement des diverses lectures possibles d'un même texte écrit dans l'écriture arabe archaïque — dont on a vu qu'elle ne notait pas les voyelles et ne différenciait pas toutes les consonnes —, il est bien ici question de différences du texte écrit de ces recueils coraniques. Le recueil attribué à 'Alî avait une importance particulière, non seulement en raison de la proximité particulière de ce Compagnon — qui était à la fois cousin et gendre du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, qui avait été élevé par lui et dont il avait fait son frère de pacte et son homme de confiance pour les questions les plus importantes —, mais aussi et surtout parce qu'il était le plus intime confident et le plus fiable dépositaire des Révélations faite à Mohammad, après la mort duquel il s'était retiré du monde durant plusieurs mois pour se consacrer à la mise par écrit du premier recueil intégral du Coran. Ceux qui avaient pris sa place à la tête de la Communauté rejetèrent malheureusement ce premier et plus sûr mishaf, y compris pour l'élaboration du mishaf de 'Othmân, si bien qu'il devint l'héritage exclusif des Gens de la Demeure prophétique, la Paix soit avec eux, et resta ignoré du reste des musulmans.

 

L'histoire de ce mishaf est si loin d'être propre aux shiites qu'on la retrouve entre autres sous la plume de l'exégète coranique sunnite al-Kalbî, un Andalou du 14e siècle aussi éloigné que possible de toute sphère d'influence shiite. Il écrit ainsi dans les premières pages de son commentaire du Coran : Du vivant du Messager de Dieu, Dieu le bénisse et lui donne la Paix, le Coran était épars sur des feuillets et dans les poitrines des hommes [c’est-à-dire dans leurs mémoires]. Lorsque le Messager de Dieu, Dieu le bénisse et lui donne la Paix, mourut, 'Alî fils d'Abû Tâlib, que Dieu soit satisfait de lui, resta enfermé dans sa maison et le rassembla selon l'ordre de sa révélation. Si son recueil était retrouvé, on y trouverait une grande science, mais il ne l'a pas été. […] [Le futur second Calife] ‘Omar suggéra au [premier Calife] Abou Bakr […] de rassembler le Coran […], ce qu'il fit dans un recueil dont les sourates n’étaient pas ordonnées, lequel resta en sa possession, puis en celle de ‘Omar, puis en celle de sa fille Hafsa […]. Pendant ce temps, des recueils écrits à partir de ce que rapportaient les Compagnons s'étaient répandus sous tous les horizons et il y avait des divergences entre eux. […] [Le troisième Calife] ‘Othmân [… voulut] réunir les gens sur un recueil unique. […] Lorsqu'il fut prêt, il en fit faire des copies qu’il envoya dans les diverses grandes villes, ordonnant de détruire les autres [recueils]. L'ordre des sourates tel qu'on le connaît aujourd'hui est donc l'œuvre de ‘Othmân […] et de ceux qui rédigèrent avec lui le recueil. Certains ont dit qu'il était l'œuvre du Messager de Dieu, Dieu le bénisse et lui donne la Paix, mais c'est improbable et réfuté par les traditions rapportées à ce propos.1

 

 

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