This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
vendredi, 11 mai 2012 14:59

L'Islam chiite (66)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, pour examiner l’accusation infondée selon laquelle les shiites n’auraient pas le même Coran que les autres musulmans, nous avons vu que quasiment tous les musulmansconsidèrent aujourd’hui que c’est le troisième Calife, ‘Othmân, qui fit constituer un corpus coranique unique et éliminertoute variante.Si les orientalistes admirent souvent cette histoire en y apportant des corrections critiques, certains firentde l’établissement du texte coranique un processus bien plus long, avant que des découvertes récentes neles ramènent vers la période évoquée par la tradition. D’ailleurs, si le corpus coranique avait dû être établi après la profonde division des musulmans suite à l’assassinat du Calife ‘Othmân, aucun des groupes n’aurait pu l’imposer aux autres et des versions dissidentes et apocryphes se seraient conservées, ce qui n’est pas le cas.

 

Quant à la thèse selon laquelle le shiisme aurait primitivement professé l’altération du Coran avant de se rapprocher de la conception sunnite, nous y avons répondu en distinguanttrois modalités d’altération :

La première serait l’ajout de passages, que la tradition shiite rejette unanimement et catégoriquement.

La seconde serait la suppression de passages.Si les sunnites admettent l’« abrogation de lecture » (naskh at-tilâwa) —ainsi, la lapidation de l’homme et de la femme adultèresaurait selon eux été prescrite par un verset dont on ne trouve plus trace dans le Coran —, les shiites la rejettent, mais sont divisés sur l’omissionde passages du Coran : professée par une minorité de littéralistes akhbarî, elle est contestée par la majorité des rationalistes osûlî, qui interprètent l’altération évoquée dans des hadiths tant sunnites que shiites comme une altération du sens de la Révélation, non de sa lettre. D’autres enfin, concluent que si l’omission de passages devait avoir des conséquences sur la religion, elle aurait été rectifiée par les Imams infaillibles en charge d’en préserver l’intégrité. On est donc assuré que la religion tirée du Coran et de leurs enseignements est bien infailliblement intacte.

 

La troisième forme d’altération serait la modification de l’ordre des versets coraniques. Si certains savants shiites ont été jusqu’à l’exclure également, d’autres la considèrent indiscutable et en donnent pour exemple patent le verset 3 de la sourate 5.Entre l’énoncé d’une série d’interditset de la tolérance en cas de nécessité, une partie centrale sans le moindre rapport avec ce qui la précède et la suit énonce :

Aujourd’hui ceux qui mécroient sont au désespoir de votre religion ¬— ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui j’ai parfait pour vous votre religion, accompli Ma grâce envers vous et agréé pour vous la soumission pour religion.

Le fait que ce passage central brise la cohérence évidente du début et de la fin du verset est si patent que tous les savants musulmans, sunnites comme shiites, le disent étranger à ce contexte. Pour les sunnites, ce passage ne concerne pas les interdictions et la tolérance évoquées par le verset, mais la prescription du Hajj, le rite musulman du grand Pèlerinage. C’est lors du Pèlerinage que le Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, conduisit quelques mois avant de mourir, et que l’on nomme pour cette raison le « Pèlerinage d’adieu », que ce passage a été révélé le jour de ‘Arafeh et dans la plaine de ‘Arafât, autrement dit au point culminant du Pèlerinage.

Les shiites font alors remarquer que, quelle que soit l’importance du rite du Pèlerinage, elle ne saurait justifier des expressions telles que : « Aujourd’hui ceux qui mécroient sont au désespoir de votre religion ¬— ne les craignez donc pas et craignez-Moi. » En quoi le rite du Pèlerinage serait-il susceptible de mettre les mécréants au désespoir par rapport à l’islam ? Ce verset peut fort bien avoir été révélé à ‘Arafât le jour même de ‘Arafeh, cela ne signifie aucunement qu’il concerne ce rite, d’autant qu’il ne date pas de ce jour-là et qu’il était au contraire une pratique antique des Arabes, que le Prophète n’a fait que confirmer, mais dont l’instauration est attribuée au prophète Abraham.

 

À quoi réfère donc ce verset selon les shiites ? À rien moins que l’instauration de la succession du Prophète et la désignation de l’Imam ‘Alî pour cette fonction. C’est pourquoi ce verset, quel que soit le moment où il fut révélé, ne fut récité aux musulmans qu’à l’étape de l’étang de Khomm, neuf jours après le rite de ‘Arafeh, cinq jours après l’achèvement des rites du Pèlerinage, au dernier endroit et moment où la plupart des pèlerins étaient encore réunis avant que les diverses caravanes ne se séparent pour emprunter la route vers leur région d’origine.

Là, le verset prend tout son sens. En effet, ceux qui s'opposaient à la prédication de Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, avaient successivement vu échouer tous les moyens qu'ils avaient mis en œuvre pour le faire échouer : à La Mecque, d'abord, en faisant jouer les liens d'obligations du système familial et tribal, puis en tentant de l'acheter,en lui proposant une part aux intérêts et au pouvoir de l'aristocratie mecquoise et même d'accorder une place de choix à "son dieu" dans le panthéon arabe, enfin, pressions physiques, sociales et économiques envers lui et ses premiers fidèles, du boycott aux tortures, exécutions et tentatives d'assassinat ; et après l'émigration à Médine, une dizaine d'années de guerres de plus en plus ruineuseset dévastatrices s'achevant, malgré la mise en œuvre de toutes les alliances et coalitions possibles, par la prise de La Mecque et la soumission de toutes les tribus d'Arabie.

Il ne restait donc plus qu'un unique espoir à l'ancienne aristocratie mecquoise défaite et à ses alliés :simuler la foi, se faire bien voir des musulmanset se rapprocher autant que possible du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, pour tenter de reprendre les choses en main après sa disparition. Et voilà qu'au cours de ce Pèlerinage après lequel il ne devait survivre que quelques mois, il recevait l'ordre de désigner publiquement 'Alî fils d'Abû Tâleb comme Imam de la communauté après lui.Cette institution de l'Imamatpour préserver la Révélation de toute déviation avait bien de quoi remplir de désespoir ceux qui n'espéraient plus que la mort du Prophète et venait ainsi bien parachever sa mission et la Révélation.

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir