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vendredi, 11 mai 2012 14:57

L'Islam chiite (65)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous évoquons depuis plusieurs émissions maintenant l’accusation infondée selon laquelle les shiites n’auraient pas le même Coran que les autres musulmans. Nous avons ainsi vu que les musulmans, sunnites comme shiites, considèrent généralement aujourd’hui que c’est le troisième Calife, ‘Othmân, qui ordonna, une vingtaine d’années après la disparition du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, la constitution d’un corpus coranique unique et l’élimination des variantes enseignées par d’autres Compagnons. Nous avons également vu que les premiers orientalistes admirent en partie ce récit traditionnel en y apportant des corrections et mises au point critiques, puis que d’autres, dits « hypercritiques »,prolongèrent bien au-delà le processus d’établissement du texte coranique, avant que des découvertes récentes n’amènent à remettre en cause ces datations tardives pour revenir vers la période évoquée par la tradition.

 

Nous avons à ce propos signalé que le principal problème posé à toute datation tardive du Coran est qu’après le Califat de Othmân, les musulmans se divisèrent en trois groupes de plus en plus radicalement séparés. Si donc le corpus coranique avait dû être établi après cette profonde division, il n’aurait en aucun cas pu être imposé par l’un de ces groupes aux deux autres et des versions « dissidentes » auraient inévitablement été conservées, ce qui n’est pas le cas : shiites, sunnites et khâridjites partagent le même Coran sans qu’il existe la moindre « version apocryphe » que ce soit.

Enfin, pour répondre à la thèse selon laquelle le shiisme primitif aurait d’abord professé l’altération du Coran avant d’y renoncer pour se rapprocher de la conception sunnite,nous avons proposé de distinguer plusieurs modalités d’altération.

 

La première modalité à envisager est l’altération du Coran par ajout de passages qui ne feraient pas partie de la Révélation.Toute la tradition shiite rejette unanimement et catégoriquement une telle possibilité et l’on n’y trouve pas la moindre allusion à quelque ajout que ce soit, sauf peut-être, précisent certaines traditions, « une ou deux lettres » (harf aw harfeyn) qui ne se trouveraient pas telles quelles dans la Révélation originelle.

La seconde modalité d’altération est la suppression ou omission de passages qui auraient fait partie de la Révélation d’origine. Pour les sunnites, de telles suppressionsrelèvent de l’« abrogation de la lecture » (naskh at-tilâwa), l’exemple le plus connu en étant la lapidation de l’homme et de la femme adultères, qui aurait été prescrite par un verset dont on ne trouve pourtant plus trace dans le Coran. Les shiites n’ont jamais admis cette forme d’abrogation, mais se sont divisés sur la question de la disparition de passages du Coran.

Pour les littéralistes de l’école dite akhbarî, qui fût toujours extrêmement minoritaire, la suppression volontaire de passages du Coran par ceux qui en ont établi le texte sur ordre du Calife ‘Othmân ne fait aucun doute et ils invoquent à l’appui le nombre non négligeable de traditions qui en font état, autant d’ailleurs dans les sources sunnites que shiites.

La plupart des rationalistes de l’école dite osûlî, qui domine considérablement toute l’histoire du shiisme, répondent que ces hadiths et traditions évoquent en réalité l’omission de commentaires du Prophète ou des Imams explicitant certains passages du texte révélé, sans pour autant faire partie du texte même de la Révélation. L’omission de ces passages consiste donc à s’écarter du sens que ces commentaires donnent à la Révélation au profit d’un autre sens. L’altération ainsi infligée au Coran concernerait ainsi uniquement le sens de la Révélation et non sa lettre.

 

Entre ces deux positions extrêmes, les écrits du Shaykh Mofîd proposèrent au une analyse plus nuancée de la question, qui garda à travers les âges l’estime de bien des savants shiites de premier ordre. Il commence par remarquer que, contrairement à ce qu’il en est pour la question des ajouts textuels, aucun argument, ni rationnel ni traditionnel,ne permet d’exclure catégoriquementl’éventualité d’omissions textuelles, qu’elles fussent intentionnelles ou non. Il envisage alors deux cas possibles :

1. Soit les passages omis comportaient des éléments indispensables de la Révélation, sans lesquels la religion serait incomplète, qu’il s’agisse de questions doctrinales ou de prescriptions pratiques. En ce cas, les Imams infaillibles chargés par Dieu de préserver l’intégrité de la religion ne sauraient l’avoir laissée entachée d’une telle faille sans la combler. Or, d’une part aucun de leurs hadiths n’évoque de telles corrections et, d’autre part, on peut de toute manière et quoi qu’il en soitêtre assurés quela religion tirée du Coran et de leurs enseignements est bien infailliblement intacte.

2. La seconde possibilité est que les passages omis n’affectent en rien la complétude de la religion, parce que les points doctrinaux ou pratiques qu’ils comportaient se trouvent également évoqués dans d’autres passages du Coran. En ce cas, que les Imams infaillibles en aient fait état ou non, ces omissions ne portentpas à conséquence, puisque la religion n’en est aucunement affectée.

Le Shaykh Mofîd conclut donc que, bien qu’il pense personnellement qu’aucun des deux cas d’omissions ne s’est effectivement produit, leur éventualité, qui n’est ne peut être exclue ni par des arguments rationnellement ni par les données traditionnelles, n’impliqueraitau bout du compte aucune incomplétude dans la religion transmise par les Gens de la Demeure prophétique, la Paix soit avec eux.

 

Reste une troisième et dernière possibilité d’altération du texte coranique qui consiste en la modification de l’ordre des versets coraniques par rapport à ce qu’il devrait être. Bien que certains savants shiites aient été jusqu’à exclure également cette dernière modalité, de nombreux savants shiites des plus respectés, jusqu’au célèbre ‘Allâmeh Tabataba’i parmi les contemporains, ont considéré qu’elle était quasiment indiscutable tant il saute aux yeux que certains passages coraniques n’ont rien à faire à l’endroit où ils se trouvent.

C’est en particulier le cas, disent-ils, du verset 3 de la sourate 5, dont le cœur est constitué par le passage suivant :

Aujourd’hui ceux qui mécroient sont au désespoir de votre religion ¬— ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui j’ai parfait pour vous votre religion, accompli Ma grâce envers vous et agréé pour vous la soumission pour religion.

Or, le début du verset n’évoque qu’une série d’interdits, essentiellement alimentaires, énonçant :

Vous sont illicites le cadavre, le sang, la viande de porc, ce qui est sacrifié pour autre que Dieu [etc. etc.] : c’est là de l’impiété.

La fin du verset précise alors que Dieu pardonnera celui qui n’aura touché à ces impiétés que contraint par la nécessité et non par une volonté pécheresse. Ce début et cette fin apparaissent tout aussi clairement liés entre eux que sans rapport avec le passage central. Il est en effet patent que ces interdits et cette tolérance ne sont propres ni à causer le désespoir des mécréants ni à constituer la perfection de la religion et l’accomplissement de la grâce divine. Pourquoi cette partie centrale est-elle intercalée entre un début et une fin auxquels elle est étrangère et dont elle brise la cohérence ?

 

 

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