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vendredi, 11 mai 2012 14:55

L'Islam chiite (63)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nos dernières émissionsabordaient la plus importante erreur ayant cours à propos de l’islam shiite, à savoir que les shiites n’auraient pas le même Coran que les autres musulmans. Répandue depuis longtemps en milieu sunnite, cette croyance a depuis quelques années reçu la caution d’un spécialiste franco-iranien, Mohammad-‘Alî Amir-Moezzi, qui soutient que le shiisme originel professait mêmeque les musulmans ne possèderaient plus qu’un tiers seulement de la Révélation et que ce ne serait qu’après le 10e siècle que l’école duodécimaine se serait peu à peu démarquée de cette position pour se rapprocher des conceptions sunnites jusqu’à adopter finalement la même thèse d’un Coran 100% intact et conforme à l’original.Malgré les erreurs et les failles de cette théorie, elle a reçu une large audience grâce au prestige de l’établissement où enseigne ce spécialiste et à l’absence de tout véritable débat scientifique sur la question.

 

Nous avons commencé par exposer la vision, aujourd’hui commune aux musulmans sunnites comme shiites, selon laquelle le troisième Calife, ‘Othmân, aurait ordonné, quelque vingt ans après la disparition du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, la constitution d’un corpus coranique unique et l’élimination des variantes enseignées par d’autres Compagnons. Nous avons alors expliqué que cette unification du texte coranique n’empêcha pas la coexistence de divergences de lectures traditionnellement reconnues, du fait de la défectuosité de l’écriture arabe ancienne, qui ne notait pas les voyelles ni ne distinguait toutes les consonnes. Ces lectures divergentes ne relèvent cependant pas d’une démarcation entre shiites et sunnites, puisque la même lecture domine aussi bien l’Iran shiite que la Turquie et l’Orient arabe sunnites, tandis que le Maghreb arabe sunnite en suit majoritairement une autre.

 

Nous avons ensuite évoqué les positions des orientalistes sur la question. Les premiers admirentune bonne part des récits traditionnels sur la constitution du corpus coranique, tout en y apportant des corrections et mises au point critiques. Une tendance dite « hypercritique » remit ensuite radicalement en cause cette vision et fit de l’établissement du texte coraniqueun processus long et complexe dépassant le Califat de Othmân de dizaines d’années, voire de plus d’un siècle.Les découvertes les plus récentes conduisirent cependant à revenir à une datation plus ancienne se rapprochant à nouveau de la période évoquée par la tradition.

En fait, le principal problème auquel devrait répondre toute tentative de datation tardive du Coran, mais que les chercheurs évitent de poser et d’examiner, est qu’après le Califat de Othmân, les musulmans connurent une période de divisions et de guerres intestines entre trois groupes de plus en plus radicalement séparés : les shiites, les khâridjites et ceux qui prendront par la suite le nom de sunnites. Si le corpus coranique définitif avait dû être établi après cette profonde division, il n’aurait en aucun cas pu être imposé par l’un de ces groupes aux deux autres et l’on aurait inévitablement conservé des versions « dissidentes », ce qui n’est pas le cas : shiites, sunnites et khâridjites ont en commun un même corpus coranique et l’on n’a à ce jour pas la moindre trace de quelque « version apocryphe » du Coran que ce soit, ni shiite, ni sunnite, ni khâridjite.

 

Reste à répondre à la thèse défendue par Mohammad-‘Alî Amîr Moezzi, à savoir que le shiisme primitif aurait professé la thèse de l’altération du Coran au point que les musulmans ne possèderaient plus qu’un tiers de la Révélation faite au Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens. Pour étayer cette thèse, ce spécialiste ne peut tout au plus produire qu’un seul et unique hadith attribué à un des Imams et un certain nombre de traditionnistes restés marginaux tout au long de l’histoire et défendant l’approche la plus littéraliste de la tradition, tout en passant sous silence tous les hadiths allant dans le sens contraire ainsi que les objections et réponses apportées par la quasi-totalité des savants shiites à travers les âges.

Pour rendre honnêtement compte de la position qui ressort de l’examen de l’ensemble du corpus traditionnel des Imams, et non d’une sélection orientée, ainsi que des écrits de la plupart des savants les plus anciens et les plus vénérés du shiisme, et non pas d’exceptions marginales, il faudrait commencer par distinguer entre trois sortes de modifications envisageables pour le texte coranique.

La première et la plus importante est l’altération par ajout dans le texte coranique de passages ne faisant pas partie de la Révélation. C’est une telle altérationque le Coran dénonce explicitement en disant au verset 79 de la sourate 2, à propos de certains scribes des Écritures juives :

Malheur à ceux qui écrivent l’Écriture de leurs mains, puis disent : « Ceci est de la part de Dieu. »

 

De tels ajouts, qui constituent l’altération essentielle et la plus importante dont le Coran fait état à propos des Révélations antérieures, sont formellement exclus à propos du Coran à l’unanimité des traditions et des savants shiites sans la moindre exception.

En effet, d’une part il n’existe pas le moindre hadith attribué à l’un des Imams ni le moindre écrit d’un savant shiite qui ferait état d’un tel ajout. Il existe par contre quantité de hadiths et de propos de savants niant explicitement l’existence d’un quelconque ajout.

Il existe par ailleurs plusieurs hadiths où les Imams font du Coran la pierre de touche pour vérifier l’authenticité des propos qui leur sont attribués. Or, si le Coran comportait quelque ajout inauthentique que ce soit, il ne pourrait plus être donné par eux comme critère infaillible d’authentification de leurs propos.

Enfin, le Coran lance à plusieurs reprises le défi de le contrefaire et fait de l’impossibilité à y parvenir une preuve de son caractère divin. Si donc quelqu’un avait pu à quelque moment introduire dans le Coran un passage contrefait, il n’aurait pas manqué d’en tirer parti pour invalider le Coran tout entier, puisqu’il aurait réussi à le contrefaire sans que nul ne s’en rende compte. Or, personne n’a jamais élevé la moindre prétention de cet ordre.

Il y a donc unanimité catégorique, tant explicite qu’implicite, de toute la tradition et de tous les savants shiites sans la moindre exception sur le fait qu’il n’existe pas dans le Coran le moindre passage qui ne ferait pas partie de la Révélation originelle faite au Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens. Ce point réfute ainsi sans la moindre ambiguïté l’aspect le plus essentiel et fondamental de toute prétendue altération du Coran.

 

 

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