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jeudi, 10 mai 2012 06:48

L'Islam chiite (61)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, avant de revenir à la biographie du prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, et des Gens de la Demeure prophétique, il nous reste à corriger l’erreur peut-être la plus importante ayant cours à propos de l’islam shiite, à laquelle nous devrons consacrer plusieurs émissions. Il est en effet courant d’entendre, parmi les musulmans sunnites, dire que les shiites n’auraient pas le même Coran que les autres musulmans ou encore que les shiites considèrent que le Coran aurait été volontairement falsifié par les Compagnons à l’instar des autres Écritures révélées.

 

Un spécialiste universitaire, Mohammad-‘Alî Amir-Moezzi, a qui plus est soutenu et répandu depuis quelques années l’idée que telle aurait bien été la position de ce qu’il considère être le shiisme « originel », à tel point que, selon lui, les Imams auraient été jusqu’à enseigner que le Coran dont les musulmans disposent ne représenterait qu’un tiers seulement de la Révélation d’origine. Selon lui, toujours, ce n’est qu’après la fondation de l’école théologique de Baghdad, au 10e siècle, que le shiisme duodécimain se serait peu à peu démarqué de cette position première pour se rapprocher des conceptions sunnites et adopter finalement la thèse, aujourd’hui quasi-unanime parmi les musulmans, d’un Coran 100% intact et conforme à l’original.

Pour diverses raisons, dont en particulier l’absence de contradiction, de discussion et d’examen scientifique rigoureux, cette théorie a dans une grande mesure réussi à s’imposer malgré son inexactitude et les failles considérables de son argumentaire. Il importe donc de s’y attarder autant que nécessaire et que possible dans le cadre et les limites d’émissions radiophoniques.

 

Il importe avant tout de bien poser la question et son cadre. Comme on a déjà eu l’occasion de le dire, du vivant du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, la Révélation du Coran n’a pas connu de mise par écrit intégrale, ni par le Prophète lui-même ni par quiconque d’autre. Il semble que ce point fasse l’unanimité et ne soit remis en cause par personne.

À la mort du Prophète, donc, seuls quelques fragments de Révélation auraient été mis par écrit par certains musulmans sur des supports rudimentaires, parfois même des omoplates de chameaux, et dans une écriture alphabétiquepeu élaborée et défectueuse. La Révélation était donc pour l’essentiel confiée à la mémoire des musulmans, la mémorisation et la récitation du Coran étant à leurs yeux une des œuvres les plus méritoires qui soient, à telle enseigneque jusqu’à nos jours il y eut sans cesse de nombreux musulmans connaissant le Coran entièrement par cœur.

Les questions qui se posent sont alors : quand et comment s’est faite la mise par écrit du Coran ? Y en eut-il une seule version ou plusieurs, et en ce dernier cas avec quelles marges de divergences ? Enfin, par quelles étapes est-on passé pour en arriver à la version qui est actuellement, avec des variantes fort minimes, répandue parmi tous les musulmans.

 

Selon la version traditionnelle sunnite, la mise par écrit du Coran se fit en deux étapes. Environ un an après la mort du Prophète, lors d’une guerre contre une rébellion arabe menée par un certain Moseylima, qui se prétendait Prophète, de nombreux Compagnons connaissant le Coran par cœur furent tués. Le futur second Calife, ‘Omar, suggéra alors au Calife en titre, Abou Bakr, de rassembler le Coran, de peur qu’il ne disparaisse avec la mort ceux qui l’avaient mémorisé. Ils réunirent ainsi un premier corpus, détenu par Abou Bakr pendant les derniers mois de sa vie, puis par ‘Omar pendant les dix années de son califat, puis par sa fille, Hafsa, qui avait été une épouse du Prophète.

La seconde étape, qui fut cruciale, intervint au milieu du règne de douze ans du troisième calife, ‘Othmân, c’est-à-dire vers l’an 650. À mesure que les conquêtes s’étendaient vers l’Afrique du Nord et l’Inde en passant par l’Égypte, le Moyen-Orient et la Perse,plusieurs corpus coraniques avaient été écrits à partir de ce que récitaient différents Compagnons et leurs élèves dispersés dans toutes ces régions.Or, il y avait entre ces corpus des divergences suffisamment importantespour que, par crainte destroubles, le Calife veuille imposer un corpus unique.Il chargea donc quelques membres de la tribu de Qoreysh —la tribu du Prophète —d’établir un tel corpus en se basant : 1. Sur le corpus d’Abou Bakr ; 2. Sur ce que des Compagnons encore vivants avaient en mémoire ; 3. En cas de divergences, en retenant ce qui était conforme au dialecte de Qoreysh.

Le corpus achevé, ‘Othmân en envoya des copies aux quatre coins de l’Empire en ordonnant de détruire toute autre version, ce qui ne manqua pas de susciter la résistance de Compagnons, parfois de premier ordre, qui n’entendaient pas renoncer à leur propre corpus. Celui de ‘Othmân finit néanmoins par s’imposer et depuis lors jusqu’à nos jours, c’est ce seul et unique corpus que tous les musulmans connaissent.

 

Ne subsisterait-ilalors plus aucune variation d’aucune sorte ? Si, mais elle ne consiste plus qu’en variantes de « lecture ». Pour comprendre ce dont il s’agit, il faut préciser que l’écriture alphabétique arabene note que les consonnes et non les voyelles, lesquelles sont mentalement déduites par le lecteur de la forme du mot et de sa fonction dans la phrase. Qui plus est, à l’époque ancienne, plusieurs consonnes s’écrivaient exactement de la même manière et ce n’est que plus tard qu’on les distingua par des points situés au-dessus ou au-dessous de ces lettres. Un même signe pouvait donc, avant cette réforme, représenter jusqu’à cinq consonnes différentes, que l’on pouvait de plus prononcer avec six voyelles différentes, soit 35 possibilités en théorie de lire un même signe graphique.

Toutefois, ces multiples possibilités de lectures en théorie sont en pratique limitées par le contexte,si bien qu’il n’y a jamais en réalité 35 lectures possibles, mais qu’il arrive toutefois souvent que l’on hésite entre deux, trois, et jusqu’à six ou sept lectures.Ainsi, pour un même verbe écrit, la lecture pourra par exemple varier entre « tu ne demandes pas », « il ne demande pas », « on ne te demande pas », « on ne lui demande pas », « ne demande pas », « qu’il ne demande pas » ou « qu’on ne lui demande pas ».

On comprend ainsi comment, malgré la restriction du texte écrit du Coran à l’unique corpus de ‘Othmân, il subsistait encore des divergences entre diverses lectures de ce texte. Quelque quatorze lectures furent recensées, dont sept furent pleinement reconnues à l’intérieur même de l’islam sunnite, les autres étant considérées comme plus ou moins « hors norme ».L’introduction des points diacritiques, sur et sous les consonnes, qui fut l’œuvre d’un vizir omeyyade particulièrement tyrannique et sanguinaire nommé al-Hajjâj, ne parvint pas non plus à éliminer complètement ces variantes de lecture, pas plus que ne le put ensuite l’introduction de signes notant les voyelles.Ainsi, jusqu’à nos jours encore, la plupart des Corans imprimés en Afrique du Nord suivent une lecture différente de ceux imprimés au Moyen-Orient.

 

 

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