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jeudi, 10 mai 2012 06:45

L'Islam chiite (59)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, le survol de la vie du prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, nous a donné depuis plusieurs émissions l’occasion de corriger certaines erreurs courantes à propos de l’islam shiite. On a ainsi vu que c’est à tort que certains accusent les shiites d’insulter les Compagnons, voire les épouses du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens.Comment en serait-il ainsi quand le Coran, au verset 108 de la sourate 6, va jusqu’à interdire aux musulmans d’insulter les idoles et les faux-dieux en disant :

 

N’insultez pas ceux qu’ils invoquent en dehors de Dieu, en sorte qu’ils insulteraient Dieu.

Cependant, Dieu Lui-même n’hésite pas, dans la sourate 66, à gravement accuser et menacer deux épouses du Prophète, ‘Aïcha et Hafsa, et à les comparer à des femmes maudites en disant :

Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses,[…] elle en parla [à une autre] […] — Si vous revenez [toutes deux] vers Dieu repentantes, vos cœurs avaient bien déviés, et si vous vous épaulez contre [le Prophète, sachez] qu’en vérité Dieu est son protecteur […]. Son Seigneur pourrait bien, s’il divorçait de vous, lui donner à vos places meilleures épouses que vous, des musulmanes ayant la foi […], vierges ou ayant connu mari. […] Dieu donne comme exemples de ceux qui mécroient la femme de Noé et la femme de Loth : elles étaient sous l’autorité de deux de Nos serviteurs pieux et les trahirent, et ils ne purent rien leur épargner de Dieu. On [leur] dit : « Entrez dans le Feu [de l’Enfer] avec ceux qui y entrent. »

C’est qu’accuser quelqu’un d’une faute et le condamner à ce titre, fut-ce à tort, n’est en rien une insulte. Dénoncer et condamner l’erreur et l’injustice est pour l’islam shiite une prescription inséparable de l’ordre de prôner la vérité et la justice. Or, révérer au même titre de « Compagnons » des fidèles de la première heure sortis la tête haute de toutes les épreuves et des convertis de la dernière heure dont les actes démentent les paroles, voire qui sont « revenus » après la mort du Prophète sur leurs engagements envers Dieu et Son messager et qui les ont trahis, voilà qui est pour les shiites aussi injuste qu’inconséquent.

 

D’autant que la surestimation de « Compagnons » mis quasiment sur le même plan quoiqu’ils firent s’accompagne d’une dépréciation, tout aussi injuste et inconséquente aux yeux des shiites, de la famille du Prophète et de son rôle.

Dans la conception sunnite, la « famille du Prophète »comprend, outre sa propre descendance, d’une part tous les descendants de ses oncles paternels, et d’autre part aussi ses épouses. Par ailleurs, si ce lien de parenté peut motiver une certaine affection, elle ne confère en elle-même aucune considération particulière et c’est au bout du compte en tant que « Compagnons » que certains membres de cette famille jouissent aux yeux des sunnites d’une certaine considération.

C’est ainsi au titre de Compagnon, et non en tant qu’appartenant aux Gens de la Demeure prophétique, que ‘Alî fils d’Abû Tâleb est vénéré par les sunnites, et cette vénération ne se reporte donc pas sur ses deux fils, Hassan et Hossein, qui étaient encore enfants à la mort du Prophète. Quant au père de ‘Alî, Abû Tâleb, cet oncle du Prophète qui fut l’indéfectible protecteur de la communauté musulmane naissante face à l’establishment mecquois, les sunnites le placent malgré cela tranquillement en Enfer. Et ils mettent tout aussi sereinement au Paradis Abû Sofyân, ennemi acharné de l’islam à la tête de l’establishment mecquois, et sa femme Hind, la dévoreuse du foie d’un autre oncle du Prophète, du simple fait qu’ils se sont ralliés à l’islam lors de la chute de La Mecque, dans les dernières années de la vie de Mohammad.

 

Une telle injustice est insupportable aux shiites, pour qui il est inconséquent de s’en tenir ainsi aux apparences. Regarder sans préjugé les comportements des uns et des autres suffit à montrer que Abou Tâleb a caché sa foi pour pouvoir continuer à protéger les musulmans en vertu de sa position dans la société mecquoise, ce qu’il n’aurait pu faire s’il avait manifesté sa foi, ce qui l’aurait ipso facto déchu de son prestige et de ses prérogatives au sein de cette société.

Le même regard révèle qu’au contraire Abû Sofyân et Hind n’ont embrassé ouvertement l’islam que pour poursuivre de l’intérieur le combat qu’ils avaient perdu dans le conflit extérieur. Une fois convertie en apparence, la famille omeyyade, qui dominait l’establishment mecquois, put progressivement réinvestir des positions de force jusqu’à ce que l’un des leurs, Othmân, devenu Calife, place les membres et clients de cette famille à tous les postes clés du gouvernement, préparant ainsi la voie à Mo‘âwiya, fils de Hind et d’Abou Sofyân, pour faire des Omeyyades la première dynastie de l’islam.

La boucle était presque bouclée. Pour parachever la restauration de l’establishment mecquois, il ne restait plus à Yazîd, fils de Mo‘awiya, qu’à orchestrer le massacre du dernier petit-fils vivant du Prophète Mohammad, Hossein, fils de ‘Alî et Fâtima, et desautres hommes de la famille de Mohammad, massacre sur lequel nous aurons à revenir plus en détail.

 

Il faut cependant insister sur le fait que ce n’est pas en raison d’une sorte de conception dynastique que la famille du Prophète jouit d’une vénération particulière aux yeux des shiites. Le Prophète fut en effet lui-même le premier des musulmans à voir certains de ses proches se dresser contre lui et contre l’islam et certains de ses oncles furent même parmi ses pires ennemis et se trouvent expressément maudits par Dieu dans Sa révélation.

Ce n’est donc pas cette famille généalogique de Mohammad — qui comprend bien dans son sens large tous les descendants de ses oncles paternels, mais pas ses épouses — qui fait l’objet d’une vénération particulière, mais seulement ceux qui sont désignés par l’expression de « gens de la demeure », ahl al-bayt. Comme l’indique l’expression, cette famille restreinte est celle qui provient de la demeure même du Prophète. Il s’agit donc exclusivement de sa fille Fâtima, de son cousin ‘Alî — qu’il éleva lui-même dans sa demeure, dont il fit ensuite son frère et auquel il maria sa fille — et de leurs descendants, qui constituent d’ailleurs l’unique descendance du Prophète, voire de certains d’entre eux seulement.

C’est en effet de ces seules personnes que le Coran dit, au verset 33 de la sourate 33 : « Dieu ne veut qu’éloigner de vous la souillure, ô gens de la demeure, et vous purifier totalement. »

 

 

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