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jeudi, 10 mai 2012 06:41

L'Islam chiite (57)

   
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, depuis plusieurs émissions, à l’occasion de notre survol de la vie du prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, et de la communauté musulmane naissante, nous avons été amenés à corriger certaines fausses représentations ayant cours à propos de l’islam et plus particulièrement de l’islam shiite. On a ainsi vu que l’accusation de placer ‘Alî au-dessus du Prophète, voire de le diviniser et adorer provenait d’une confusion plus ou moins volontairement entretenue entre divers groupes indistinctement qualifiés de « shiites » malgré tout ce qui les sépare.

 

L’école shiite qui représente la quasi-totalité des shiites tant à travers l’histoire que de nos jours a en effet sans cesse rejeté de telles croyances et qualifié ceux qui les professent d’« exagérateurs » faisant à propos des Imams des erreurs semblables à celles commises par les chrétiens à propos de Jésus-Christ et condamnées par le Coran. Pour l’islam shiite majoritaire, insistons-y, le Sceau des Prophètes, occupe explicitement le sommet de la hiérarchie spirituelle de l’humanité et les Imamslui sont tous subordonnés, même s’ils participent bien d’une seule et même réalité spirituelle.Aucun Imam ne saurait dès lors être divinisé, pas plus que le Prophète lui-même, et nul ne saurait se prévaloir d’une quelconque connaissance de l’Imam pour se dispenser des prescriptions d’une Révélation qui s’impose au Prophète lui-même comme à ceux qui héritent de lui le dépôt de cette Révélation et la charge de sa préservation.

 

Une autre accusation fort répandue à l’encontre des shiites est de considérer qu’ils insultent et considèrent comme œuvre pie d’insulter les Compagnons du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, voire même ses épouses. Là encore, il ne s’agit pas de prétendre qu’aucun shiite n’a jamais professé une telle pratique, mais là encore il faut insister sur le fait que l’islam shiite majoritaire à travers toute l’histoire et plus encore de nos jours, à savoir le shiisme duodécimain, a inlassablement condamné de telles pratiqueset qualifié leurs partisans et pratiquants de gholât, c’est-à-dire d’exagérateurs.

Comment d’ailleurs n’en serait-il pas ainsi quand le Coran va jusqu’à interdire aux musulmans d’insulter les idoles et les faux-dieux ? Le verset 108 de la sourate 6 dit en effet explicitement :

N’insultez pas ceux qu’ils invoquent en dehors de Dieu, en sorte qu’ils insulteraient Dieu.

Dans le même temps, il n’en est pas moins exigé du musulman qu’il condamne l’idolâtrie et le polythéisme et se désolidarise de ces pratiques et de ces faux-dieux. C’est que la condamnation de ce que l’on considère comme faux, voire mensonger, et la dénonciation de cette fausseté ou de ce mensonge peut et doit être faite d’une manière qui ne soit pas insultante et injurieuse pour la personne qui croit en la vérité de cette fausseté ou de ce mensonge.Autrement dit, il s’agit de condamner et dénoncer ce qui est faux ou mensonger à nos yeux sans pour autant insulter et injurier la personne qui y croit ni ce qui est à ses yeux sacré, vénérable et respectable.

Il en va a fortiori de même pour l’injonction de se désolidariser de tout ennemi de Dieu, de Ses prophètes et de Ses proches-amis, injonction qui est dans l’islam shiite le complément inséparable de l’ordre de prendre pour ami Dieu, Ses prophètes et Ses proches-amis, ces deux injonctions d’« adoption » du vrai et de « dénonciation » du faux, nommées tawallî et tabarrî, étant au fond les deux faces indissociables d’une seule et même attitude cohérente.

 

Il importe ici avant tout de bien réaliser que les musulmans sunnites et shiites n’ont pas du tout la même conception ni la même compréhension de ce que sont la « famille » et les « compagnons » du Prophète et que bien des quiproquos proviennent de la méconnaissance de cette divergence.

Commençons par les musulmans sunnites. Est pour eux « compagnon du Prophète » toute personne qui l’a connu et l’a suivi de son vivant, ne serait-ce qu’un laps de temps fort court. Qui plus est, tous ceux qui ont cette qualité jouissent pratiquement à leurs yeux de la même considération, quelle que fut la durée et la qualité de leur compagnonnage.Ainsi, un des Compagnons les plus vénérés, censé de plus avoir rapporté le nombre considérable de quelque 3000 hadiths prophétiques, ne connût le Prophète que durant trois ans.

Dès lors, les divergences intervenues entre « les Compagnons » après la mort du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens, sont regardées comme une question « tabou » dont il ne faut pas s’occuper ni étudier de manière historique, puisque toutes les parties en causes ont la qualité de Compagnon et jouissent donc d’une considération quasiment équivalente qui interdit non seulement de se prononcer en faveur de l’une ou de l’autre, mais même de pouvoir comprendre ce qui s’est réellement passé entre eux.

Quant à la « famille du Prophète », elle comprend, en plus de sa propre descendance, tous les descendants de ses oncles paternels, mais aussi toutes les épouses de Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens. C’est cependant, au bout du compte, en tant que « Compagnons » que certains membres de cette famille jouissent de la considération attachée à ce titre, et non en raison d’un lien de parenté qui, s’il peut justifier une certaine affection, ne confère par lui-même aucune considération particulière.

 

Pour les shiites, par contre, quelqu’un ayant suivi le Prophète de son vivant, mais s’étant détourné de sa voie après sa mort ne saurait véritablement mériter la qualité de « Compagnon ». Qui plus est, il ne saurait pour eux être question de mettre sur le même plan des fidèles de la première heure, sortis la tête haute de toutes sortes d’épreuves, et des convertis tardifs, voire des ennemis acharnés n’ayant finalement fait profession d’islam que lorsqu’ils n’entrevirentplus aucune autre échappatoire.

Considérons d’un côté ‘Ammâr, dont le père et la mère tombèrent martyrs sous les tortures de l’establishment mecquois et qui suivit lui-même comme une ombre non seulement le Prophète, mais son successeur désigné, ‘Alî, jusqu’à tomber en martyr dans la guerre déclenchée contre lui par Mo‘âwiya. Prenons en face ce même Mo‘âwiya, dont le pèrefut le plus acharné des ennemis de l’islam, celui-là même qui tortura à mort les parents de ‘Ammâr ; Mo‘âwiya dont la mère alla jusqu’à dévorer le foie de l’oncle du Prophète ; Mo‘âwiya qui ne se convertit, avec ses parents, qu’à la chute de La Mecque ; Mo’âwiya qui déclencha ensuite la première guerre intestine de l’islam, contre l’Imam ‘Alî, pour s’emparer d’un Califat auquel il ne pouvait prétendre à aucun titre, puis qui investit son fils, un dépravé notoire, comme successeur, introduisant dans l’islam la calamité du principe dynastique…Ehbien, les musulmans sunnites considèrent ce Mo‘âwiya comme un Compagnon vénérable et lui donnent même de fait prééminence sur ‘Ammâr, ce qui apparaît d’une épouvantable inconséquence et d’une insupportable injustice aux musulmans shiites.

 

 

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