This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
jeudi, 03 novembre 2011 06:20

L'islam chiite (31)

Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nos dernières émissions nous avaient amenés à examiner de plus près la version du testament du Prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, célèbre parmi les musulmans sunnites, version selon laquelle il aurait déclaré « Je laisse parmi vous ce grâce à quoi vous ne vous égarerez pas après moi si vous vous y tenez : l’Écrit de Dieu et ma Sonna », c’est-à-dire « ma pratique » ou « mes faits et dires », tandis que pour les musulmans shiites, dans la version authentique de ce testament, les deux trésors légués par le Prophète sont «l’Écrit de Dieu et ma famille, les Gens de ma Demeure ».

Alors que pour le commun des musulmans sunnites, la version où le second trésor est la Sonna est généralement la seule qu’ils connaissent, notre examen a montré qu’elle n’apparaît dans aucun de leurs six livres fondamentaux, c’est-à-dire ni dans les Sahîh-s de Bokhârî et de Moslim, ni dans les Sonan-s de Tirmidhî, d’Ibn Mâdjah, d’Abû Dâwûd et de Nasâ’î ; qu’elle ne se trouve même pas dans le Mosnad d’Ibn Hanbal, dont les sunnites les plus rigoureux disent que « ce qui ne se trouve pas dans le Mosnad ne saurait être authentique » ; qu’elle n’apparaît que dans deux sources anciennes — la Mowatta'a de Mâlik et la Sîra de Ibn Hishâm —, mais chaque fois sans la moindre chaîne de transmission, ce qui en fait, selon la « science du hadith », un propos « faible » ; que des auteurs bien plus tardifs évoquent bien trois chaînes de transmission, mais que d’une part ce sont des chaînes de rapporteurs uniques, qui ne comportent à chaque génération qu’un seul et unique transmetteur — ce qui implique qu’aucune confirmation par recoupement n’est possible — et que de plus elles comportent toutes au moins un maillon faible rejeté à l’unanimité par les spécialistes sunnites de la science du hadith eux-mêmes.

Pour les deux chaînes données par Ibn 'Abd al-Barr, on a vu que des savants aussi respectés que Dhahabi et Ibn Hadjar rapportaient de tous leurs éminents prédécesseurs que les quatrièmes maillons de chacune d’elles n’étaient pas fiables et que l’on ne pouvait prendre en compte les hadiths qu’ils rapportaient.

Reste la troisième et dernière chaîne de transmission, qui est donnée par Hâkim Nishapouri dans son Mostadrak et par Bayhaqî dans ses Sonano l-kobrâ . Cette dernière chaîne passe par deux personnages qui sont Ibn Abî Oways et son père, Abû Oways, quatrième et cinquième maillons d’une chaîne de sept transmetteurs. Or, que nous disent d’eux toujours les mêmes spécialistes sunnites de la science du hadith ?

Dans la très longue et très intéressante notice que leur consacre Ibn Hadjar, on peut entre autres lire :

« D'après Ibn Mo'în: "Ibn Abî Oways et son père attribuent faussement des hadiths. D'après Yahya: "Il mélange les choses et ment; il ne vaut rien". […] Ad-Doulâbî a rapporté dans [son livre sur] Les Transmetteurs faibles : "Ibn Abî Oways est un fieffé menteur […]" et "[…] ne vaut pas deux sous". […] Ibn Hazm a rapporté dans al-Mohallâ qu'Ibn Abî Oways inventait des hadiths. »

Ibn Hadjar rapporte ensuite d’un contemporain d'Ibn Abî Oways qu’il a entendu ce dernier dire lui-même :

« Il m'est souvent arrivé de forger des hadiths pour les gens de Médine lorsqu'ils divergeaient à propos de quelque chose. »

Au total, donc, Ibn Abî Oways invente des hadiths et son père Abou Oways vaut encore moins que lui.

Musique

Ainsi, dans les sources sunnites elles-mêmes, le fameux hadith prophétique évoquant « l’Ecrit de Dieu et ma Sonna » est :

absent de tous les Sahîh-s ;

absent de tous les Sonan-s ;

absent du Mosnad de Ahmad Ibn Hanbal ;

sans aucune chaîne de transmission dans la Mouwatta'a et la Sîra d’Ibn Hishâm ;

et, pour finir, affublé chez des savants plus tardifs de trois chaînes de rapporteurs uniques qui ont chacune au moins un maillon faible et rejeté à l'unanimité par tous les spécialistes sunnites de la science du hadith.

Autrement dit, il vaut zéro + zéro + zéro + zéro + zéro, ce qui est toujours égal à zéro.

Comment pourrait-on admettre qu'un tel hadith aurait été prononcé lors du Sermon d'Adieu, un sermon auquel assistèrent des milliers de musulmans et compagnons du Prophète, alors qu'on ne trouve pas une seule chaîne de transmission fiable pour le rapporter ? D’autant qu’il n’en va pas de même de la version rivale, bien au contraire.

En effet, la version du testament du Prophète retenue comme authentique par les musulmans shiites, dans laquelle les deux trésors légués sont « le Livre de Dieu et ma parenté, les gens de ma demeure », se retrouve non seulement dans les sources shiites, mais même dans presque toutes les sources sunnites. Une liste de ses références occuperait plus d'une page et l'on se contentera donc de citer les sources sunnites les plus importantes, à savoir :

MUSLIM, as-Sahîh, K. fadâ'il as-sahâba, bâb fadâ'il 'Alî, had. 36-37 ;

TIRMIDHI, as-Sunan, bâb manâqib ahli bayti n-nabî, had. 31 ;

IBN HANBAL, al-Musnad, III/14, 17, 26, 59, IV/366-367, 371, V/181-182 ;

DARIMI, as-Sunan, K. fadâ'ili l-Qur'ân, bâb fadli man qara'a l-Qur'ân, had.11 ;

HAKIM NAYSABURI, al-Mustadrak 'alâ s-sahîhayn, Halab, Maktab al-matbû'âti l-islâmiyya, sd., (avec en bas de page le Talkhîs al-mustadrak de Dhababî), III/109, 110, 148, 533 ;

TABARANI, al-Mu'djam al-kabîr, éd. Hamdî 'AM. Salafî, Beyrouth, Dâr Ihyâ'i t-turâthi l-'arabî (offset de l'édition du Caire, Maktaba Ibn Taymiyya, sd.), III/62-64 had. 2678-2681, V/182 had. 5026, V/186 had. 5040, etc. ;

IBN KATHIR, Tafsîr, en commentaire de Cor. 42.23 ; etc.

Outre le fait qu'il est cité par toutes ces sources sunnites importantes, il faut remarquer que ce hadith n'y est pas rapporté d'une même origine, mais d'après plusieurs compagnons, à tel point que Ibn Hadjar a dû reconnaître dans ses as-Sawâ'iq al-muhriqa (éd. 'AW. 'Abd al-Latîf, Le Caire, Maktabat al-Qâhira, 1375/1956, p.148 et 226), qui est pourtant une œuvre de polémique anti-shiite :

« Il nous est parvenu par de nombreuses voies de transmission remontant à une vingtaine de compagnons »

De plus ce hadith a été explicitement déclaré authentique (sahîh) par les plus grands savants sunnites, y compris de farouches salafi-s comme Dhahabî et son élève Ibn Kathîr. Ainsi, dans son Talkhîs al-Mustadrak (en marge du Mustadrak as-Sahîhayn, III/109, 110, 148 et 533), Dhahabî écrit que ce hadith est « authentique suivant les conditions de Bukhârî et de Muslim » (sahîh 'alâ sharti sh-Shaykhayn) et Ibn Kathîr confirme ce point dans al-Bidâya wa n-nihâya (Beyrouth, Maktabat al-ma'ârif, 1966, V/209) et dans son Tafsîr en commentaire du verset 33.33 (Beyrouth, Dâr al-ma'rifa, III/485-486).

Dans al-Bidâya wa n-nihâya, Ibn Kathîr situe même ce hadith lors du prône de ghadîr Khumm, ce qui en rend la signification encore plus explicite puisque, après avoir dit :

« Je laisse parmi vous les deux trésors: le Livre de Dieu et ma parenté, les gens de ma demeure ; ils ne se sépareront pas jusqu'à ce qu'ils viennent à moi au Bassin », le Prophète prit la main de 'Alî, que la Paix soit avec lui, et dit : « Celui dont je suis le maître (mawlâ), celui-ci est son maître. O mon Dieu, sois l'ami de son ami et l'ennemi de son ennemi" (voir al-Bidâya wa n-nihâya, V/209 et aussi Mustadrak as-Sahihayn, III/109).

Bref, le hadith des deux trésors mentionnant les Gens de la Demeure prophétique comme guides inséparables du Coran s'impose à tous les savants sunnites comme un hadîth sahîh mutawâtir, qui est la meilleure qualité de hadith possible, suivant immédiatement le Coran lui-même dans l’échelle de valeur des sources musulmanes.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir