This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
mercredi, 12 octobre 2011 06:30

L'islam chiite (29)

L'islam chiite (29)
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nous avons vu que, pour l’islam shiite, la réflexion humaine suffit à établir cinq principes fondant la religion en raison : la nécessité d’une Cause première unique à l’origine de toute la succession de causes et d’effets qui constituent l’univers ; la nécessité que cette unique Cause première soit absolument parfaite et juste ; la nécessité d’un monde et d’une vie posthumes où chacun connaîtra les effets réels des pensées, paroles et actions dont il fut l’auteur en ce monde ; enfin, la nécessité en toute époque d’un intermédiaire transmettant aux hommes la guidance divine, intermédiaire qui doit tout à la fois être pleinement humain et jouir cependant d’un état spirituel exceptionnel qui le rend infaillible et impeccable et lui permet d’accomplir les miracles qui signalent et prouvent aux hommes la vérité de sa fonction d’intermédiaire et d’Argument entre Dieu et les hommes.

Cette fonction d’intermédiaire et d’Argument divin se subdivise alors en deux suivant qu’il est porteur d’une nouvelle révélation, auquel cas il est nommé Prophète au sens strict du terme, ou qu’il est dépositaire d’une révélation antérieurement transmise par un Prophète, auquel cas il est désigné par le terme d’Imam. Or, dans le Coran, au verset 40 de la sourate 33, le Prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, est qualifié de « Sceau des Prophètes », ce qui signifie qu’il n’y aura plus de nouvelle révélation divine après la sienne. La question se pose alors de ce qui sera désormais l’Argument de Dieu ?

Un hadith du Kâfî, l’une des plus anciennes et plus fondamentales sources de l’islam shiite, évoque cette question par la bouche d’un disciple direct du sixième Imam, Dja‘far %âdiq, la Paix soit avec lui, qui expose à son Maître son raisonnement à ce propos. Dans notre dernière émission, nous l’avons entendu résumer succinctement les prémisses de son raisonnement, le dernier étant l’authenticité de la mission du Sceau des Prophètes, dont le « signe » miraculeux le plus important, qu’il convient d’examiner en premier lieu, est le Coran.

 

Le terme arabe mo‘djiza, que l’on traduit par « miracle », désigne précisément quelque chose qu’un Prophète présente comme la preuve de sa véridicité du fait de l’incapacité des autres hommes de faire la même chose. L’art auquel les Arabes s’adonnaient corps et âmes étant l’éloquence, le Prophète Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens, les mit au défi de rivaliser d’éloquence avec le Coran. Or, il est avéré qu’ils n’ont pu répondre à ce défi, car sinon cela se serait su, tout comme sont connus les défis des poètes arabes et les poèmes qu’ils reçurent en réponse.

On ne peut donc nier le défi lancé à propos du Coran ni la compétence des Arabes de l’époque en leur art propre : or, les Arabes ont unanimement jugé prodigieuse l’éloquence du Coran et aucun d’eux ne l’a jamais remise en cause. Ainsi, malgré leurs capacités et leur intense désir de contrer le Prophète, fût-ce aux prix des longues et lourdes guerres qu’ils menèrent contre lui, ils restèrent incapables de répondre à ce défi, car s’ils l’avaient pu, cela se serait su et aurait été transmis et cela leur aurait évité toutes les peines qu’ils endurèrent dans leurs luttes contre les premiers musulmans.

Et si l’on voulait objecter qu’ils auraient pu le faire, mais que les guerres ou autre chose les a empêché de le faire, on répondrait qu’empêcher quelqu’un de faire ce qu’il peut et a l’habitude de faire est un miracle des plus grands et des plus patents. En effet, si un Prophète disait qu’« aujourd’hui je vais bouger mon doigt et aucun humain ne pourra en faire autant » et qu’effectivement personne ne pouvait le faire ce jour-là, sa véridicité se trouverait par là-même établie, car leur incapacité à faire ce simple mouvement serait un prodige des plus grands.

D’autant qu’à côté de ce miracle fondamental, d’autres actes extraordinaires comme la séparation de la lune en deux parties, le fait que des êtres non doués de paroles se sont mis à parler, que de l’eau a jailli d’entre ses doigts, que des graviers dans sa main ont proclamé la transcendance divine, qu’il a fait se multiplier une petite quantité de nourriture, etc. sont autant de signes authentifiant la mission prophétique de Mohammad, Dieu le bénisse lui et les siens.

 

Le disciple de l’Imam Dja‘far %âdiq, la Paix soit avec lui, poursuit alors son raisonnement :

J’ai dit aux gens : “Vous savez que le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, était l’Argument de Dieu envers Ses créatures ?

— Bien sûr ! répondirent-ils.

— Et lorsque le Messager de Dieu, Dieu le bénisse lui et les siens, disparut, qui fut l’Argument envers les créatures ?

— Le Coran, dirent-ils.”

Je considérais alors le Coran et voilà que [les partisans des différentes écoles théologiques de l’islam et même le libre-penseur], qui n’y croit [pourtant] pas, s’en servaient pour dominer les autres dans la controverse. J’ai alors compris que le Coran ne pouvait être un argument qu’avec quelqu’un qui l’établisse, en sorte que tout ce qu’il dira à son propos sera vérité. Je leur ai donc dit : “Qui est celui qui établit le Coran ?

 

Ce raisonnement sous-entend comme prémisse que la terre ne se retrouve pas vide d’un Argument de Dieu envers Ses créatures qui les guide vers la voie de leur Seigneur et leur enseigne le Livre apporté par le Messager ainsi que la Sagesse qu’il a reçue et transmise de la part de Dieu : il faut donc bien que Dieu ait, après le Messager, des Arguments envers Ses créatures qui possèdent la science du Livre et la Sagesse.

À ceux qui prétendent que le Coran serait lui-même l’Argument et que les créatures peuvent et doivent s’en suffire, Mollâ Sadrâ, grand penseur shiite du 16e siècle, répond que la plupart des intellectuels sont déjà incapables de lire les livres d’Aristote et de Platon et de comprendre les propos de philosophes tels qu’Avicenne ou Farabi : comment pourraient-ils alors avoir la science du Coran, alors que c’est un Livre rempli de symboles, de significations ésotériques et de versets ambigus apparemment contradictoires qui exigent d’être interprétés ?

Tout texte est en effet susceptible de lectures multiples et le Coran aussi peut être compris de manières contradictoires. Même des gens qui n’y croient pourtant pas y trouvent parfois des arguments confortant leur propre opinion. Il ne saurait donc être un Argument définitif aussi longtemps qu’un Interprète n’en aura pas explicité le sens, c’est-à-dire ce que Dieu entend et attend de l’homme par Ses paroles.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir