This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
mardi, 21 décembre 2010 19:28

L'islam chiite (25)

L'islam chiite (25)
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans nos dernières émissions, nous avons vu comment, selon l’islam shiite, la raison suffit à établir cinq principes fondant la religion en raison, les deux premiers étant la nécessité qu’il y ait une Cause première unique à l’origine de toute la succession de causes et d’effets qui constituent l’univers et que cette unique Cause première soit absolument juste. De ce second principe découle alors directement la nécessité d’un monde et d’une vie posthumes où chacun connaîtra à l’identique les effets des pensées, paroles et actions, bonnes ou mauvaises, dont il fut l’auteur en ce monde.

La question se pose alors de savoir si, pour échapper aux affres de l’au-delà et connaître le meilleur devenir posthume, l’homme peut se contenter de sa connaissance rationnelle ? L’Imam %âdiq, sixième Imam du shiisme, répond que l’homme se rend bien compte qu’au-delà de principes éthiques fondamentaux, sa raison ne parvient pas à déterminer le statut de toute action, parole ou pensée.

En suivant son intelligence, dit-il […], l’intelligent comprend […] qu’il est pour son Créateur des choses aimées et des choses détestées, des actes d’obéissance et des désobéissances. Or, il ne voit pas son intelligence le guider en cela et il comprend qu’il n’y parviendra que par la connaissance [de ces choses] et en la recherchant et qu’il ne tirera pas profit de son intelligence s’il ne parvient à connaître cela. L’intelligent se voit donc en devoir de rechercher la connaissance et règle sans laquelle il n’aura point de droiture.

 

Dans un autre hadith du Kâfî, qui inaugure le chapitre intitulé « Livre de l’Argument », c’est-à-dire de l’Argument de Dieu envers Ses créatures, le même Imam, la Paix soit avec lui, revient sur cette question dans le cadre d’une discussion avec un zindîq, c’est-à-dire une sorte de libre penseur de l’époque niant le monothéisme et la révélation. Diverses parties de cette discussion se retrouvent à divers endroits du Kâfî suivant les thèmes qui s’y trouvent abordés. Après qu’il lui ait donné certains arguments établissant les deux premiers fondements rationnels de la religion, à savoir l’existence d’une Cause première unique possédant toutes les perfections, dont la justice, à la perfection, le zindîq en arrive à interroger l’Imam sur les arguments établissant l’existence des Prophètes et Envoyés.

L’Imam, la Paix soit avec lui, répond alors que l’existence d’intermédiaires entre Dieu et l’homme est impliquée par le fait que nous n’avons aucun contact direct avec la Cause première et que nous ne pouvons donc connaître la guidance de Sa sagesse que par le biais d’un intermédiaire la recevant par révélation et chargé de nous le transmettre :

« Comme nous avons établi, dit-il, que nous avons un Créateur et Artisan qui est bien au-dessus de nous et de tout ce qu’Il a créé [comme on l’a vu à propos du premier fondement de la religion], et que cet Artisan est sage et très-haut [puisqu’il possède toutes les perfections à la perfection], il n’est [donc] pas permis que Ses créatures Le contemplent où Le touchent, de sorte qu’Il serait directement en contact avec elles et elles avec Lui et qu’Il échangerait des arguments avec elles et elles avec Lui [ce qui impliquerait un rapport et un contact directs entre l’infime et l’Infini, ce qui est impossible] ; il est [par là même] établi que [Dieu] a, parmi Ses créatures, des ambassadeurs qui énoncent pour Ses créatures et serviteurs ce qui leur vient de Sa part et qui les guident vers ce qui est dans leur intérêt et pour leur profit ainsi que ce qui assure leur survie et dont l’abandon entraînerait leur perte. »

 

Si Dieu, en effet, laissait des créatures qu’Il a douées d’intelligence s’empêtrer dans l’égarement ou la perplexité sans les aider de Sa guidance, Il commettrait une injustice flagrante, ce qui serait contraire à la justice divine que l’on a rationnellement établie dans le second fondement de la religion. La justice divine exige donc que Dieu intervienne pour guider les hommes, les sortir de leur égarement et perplexité et leur faire connaître ce qui est bon pour eux et ce qui leur est nuisible tant pour leur vie en ce monde que pour leur devenir posthume.

Cependant, Sa perfection et Son infinitude ne permettent pas qu’Il intervienne directement et Sa guidance ne peut donc parvenir à l’homme que par des intermédiaires. En effet, toute une hiérarchie de causes à effets sépare la Cause première et transcendante du bas-monde physique et de l’état humain, et il est impossible qu’il y ait un contact direct entre les deux extrêmes de cette hiérarchie en laissant de côté tous les maillons intermédiaires. Mais la hiérarchie séparant ces deux extrêmes est aussi la chaîne qui les relie et qui répercute tout acte de la Cause première jusqu’au dernier effet. C’est donc par cette chaîne de causes à effets que la guidance du Sage parfait peut et doit parvenir à l’homme.

Et le dernier maillon de cette chaîne, véritable interface entre le monde humain et le suprasensible, doit avoir lui-même deux faces, l’une lui permettant de recevoir la guidance d’une source suprasensible, l’autre lui permettant de la transmettre à son destinataire humain. Autrement dit, cet ultime intermédiaire doit tout à la fois partager la même condition humaine que ceux à qui la guidance est transmise et avoir quelque chose qui dépasse cette condition et le relie à l’au-delà et dont le signe et la marque sont les charismes et miracles qu’il est seul à pouvoir accomplir à l’exclusion de tout autre humain.

 

Le terme général de Prophète — nabî en arabe, peyghambar en persan — désigne en islam shiite cet intermédiaire humain chargé de transmettre la guidance divine aux hommes. Le troisième fondement rationnel de la religion est ainsi la nécessité de la Prophétie, qui comprend les trois impératifs que l’on vient d’évoquer, à savoir : 1. La nécessité d’un intermédiaire entre Dieu et les hommes pour transmettre Sa guidance ; 2. La nécessité que cet intermédiaire soit lui-même humain ; et 3. La nécessité qu’il jouisse par ailleurs d’un état spirituel spécifique dont la marque sont les connaissances et les miracles qui signalent et prouvent aux hommes la réalité de son rôle d’intermédiaire et de sa mission de transmettre la Révélation divine. L’Imam %âdiq, la Paix soit avec lui, réunit ces trois nécessités dans la conclusion de son propos au zindîq :

Ainsi sont établis ceux qui, parmi Ses créatures, ordonnent et interdisent de la part du Sage et Savant et qui énoncent ce qui leur vient de la part du Très-Haut et Majestueux : ce sont eux les Prophètes et Son élite parmi Ses créatures, des sages éduqués par la sagesse et envoyés avec elle, qui n’ont rien de commun avec les hommes dans aucun des états qui sont leurs, bien qu’ils partagent la même condition de créature et la même conformation, [des sages] assistés par la sagesse de la part du Sage et Savant. Et cela est établi en tout temps et toute époque par les indices et les preuves que les Prophètes et Envoyés ont apportées afin que la terre ne soit pas vide d’un Argument ayant avec lui une connaissance attestant de la véridicité de ses propos et de l’effectivité de sa justice ».

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir