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mardi, 21 décembre 2010 19:28

L'islam chiite (24)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans nos dernières émissions, nous avons vu que, selon l’islam shiite, la raison suffit à établir cinq principes, nommés oùûlo d-dîn, qui fondent la religion sur des bases rationnelles. La réflexion commence par établir la nécessité d’une Cause première unique à l’origine de toute la succession de causes et d’effets qui constituent l’univers, établissant ainsi le tawhîd, c’est-à-dire le « monothéisme ». La raison montre ensuite que cette unique Cause première doit nécessairement être absolument parfaite et juste.

 

De ce principe de justice divine, nommé ‘adl, découle alors directement la nécessité de l’existence, après la mort, d’un autre monde et d’une autre vie où chacun connaîtra à l’identique les effets des pensées, paroles et actions, bonnes ou mauvaises, dont il fut l’auteur en ce monde.

Mais que doit faire l’homme pour connaître le meilleur devenir posthume et échapper aux affres de l’au-delà ? Si l’homme peut rationnellement connaître certains principes éthiques fondamentaux, sa raison ne se suffit pas à elle-même pour déterminer les conséquences posthumes de toute action, de toute parole et de toute pensée.

Cette question est clairement évoquée dans le dernier hadith du livre de l’intelligence et de l’ignorance, dont nous avons déjà cité le début. Dans ce hadith, rappelons-le, l’Imam Dja‘far %âdiq, la Paix soit avec lui, le sixième Imam du shiisme, disait :

La première des choses, leur principe, leur force et leur édification, sans laquelle on ne saurait tirer profit de rien, est l'intelligence, dont Dieu a fait une parure et une lumière pour Ses créatures : c’est par l’intelligence que les serviteurs connaissent leur Créateur et [savent] qu’ils sont créés, qu’Il est Celui qui les gère et qu’eux sont gérés, qu’Il subsiste et qu’eux s’éteignent. Grâce à leurs intelligences, ils raisonnèrent sur ce qu’ils voyaient de la création – le ciel, la terre, le soleil, la lune, la nuit, le jour… –, déduisirent qu’elle et eux avaient un Créateur et Organisateur qui est depuis toujours et sera à jamais, connurent le bien du laid, surent que les ténèbres étaient dans l’ignorance et la lumière dans la connaissance… Voilà ce que l’intelligence leur montre.

Quelqu’un demande alors à l’Imam : « Les serviteurs se suffiraient-ils donc de l’intelligence à l’exclusion d’autre chose ? » Et l’Imam de répondre :

En suivant son intelligence, en quoi Dieu a mis sa droiture, sa parure et sa guidance, l’intelligent comprend que Dieu est le Vrai Réel et qu’Il est son Seigneur et il comprend qu’il est pour son Créateur des choses aimées et des choses détestées, des actes d’obéissance et des désobéissances. Or, il ne voit pas son intelligence le guider en cela et il comprend qu’il n’y parviendra que par la connaissance [de ces choses] et en la recherchant et qu’il ne tirera pas profit de son intelligence s’il ne parvient à connaître cela. L’intelligent se voit donc en devoir de rechercher la connaissance et règle sans laquelle il n’aura point de droiture.

 

C’est là qu’interviennent, selon le shiisme, les deux autres fondements rationnels de la religion, la Prophétie et l’Imamat, qui sont regroupés dans les hadiths du Kâfî, l’une des plus anciennes et des plus fondamentales sources de références du shiisme, dans le chapitre intitulé « Livre de l’Argument », c’est-à-dire de l’Argument de Dieu envers Ses créatures.

Le premier hadith de ce chapitre, rapporté du même Imam, la Paix soit avec lui, nous le présente en discussion avec un zindîq, c’est-à-dire une sorte de libre penseur de l’époque niant le monothéisme et la révélation. Diverses parties de cette discussion se retrouvent à divers endroits du Kâfî suivant les thèmes qui s’y trouvent abordés. Dans le passage qui nous concerne, après avoir discuté certains arguments établissant rationnellement l’existence d’une Cause première unique, le zindîq en arrive à demander à l’Imam %âdiq sur quoi il se base pour établir qu’il y aurait bien des Prophètes et des Envoyés, ce à quoi l’Imam lui répond :

« Comme nous avons établi que nous avons un Créateur et Artisan qui est bien au-dessus de nous et de tout ce qu’Il a créé, et que cet Artisan est sage et très-haut, il n’est pas permis que Ses créatures Le contemplent où Le touchent, de sorte qu’Il serait directement en contact avec elles et elles avec Lui et qu’Il échangerait des arguments avec elles et elles avec Lui ; il est [par là même] établi qu’Il a, parmi Ses créatures, des ambassadeurs qui énoncent pour Ses créatures et serviteurs ce qui leur vient de Sa part et qui les guident vers ce qui est dans leur intérêt et pour leur profit ainsi que ce qui assure leur survie et dont l’abandon entraînerait leur perte.

Ainsi sont établis ceux qui, parmi Ses créatures, ordonnent et interdisent de la part du Sage et Savant et qui énoncent ce qui leur vient de la part du Très-Haut et Majestueux : ce sont eux les Prophètes et Son élite parmi Ses créatures, des sages éduqués par la sagesse et envoyés avec elle, qui n’ont rien de commun avec les hommes dans aucun des états qui sont leurs, bien qu’ils partagent la même condition de créature et la même conformation, [des sages] assistés par la sagesse de la part du Sage et Savant. Et cela est établi en tout temps et toute époque par les indices et les preuves que les Prophètes et Envoyés ont apportées afin que la terre ne soit pas vide d’un Argument ayant avec lui une connaissance attestant de la véridicité de ses propos et de l’effectivité de sa justice ».

 

Dans son commentaire sur ce passage du Kâfî, Mollâ %adrâ, qui fut au 17e siècle un des plus grands philosophes gnostiques du shiisme, voire de toute l’histoire de la philosophie, écrit ceci :

Ce hadith contient une démonstration intellectuelle décisive pour établir les Prophètes et Envoyés, [démonstration] qui est basée sur un certain nombre de prémisses intellectuelles [la plupart préalablement établies dans les deux premiers fondements rationnels de la religion ou découlant de ces deux fondements…]. Ces prémisses une fois posées, il apparaît clairement établi qu’il doit nécessairement y avoir un Prophète, que ce dernier doit nécessairement être humain, qu’il doit nécessairement avoir une spécificité qui n’existe pas chez les autres hommes — ce sont les […] miracles — et qu’il doit nécessairement établir des règles pour les hommes, avec la permission de Dieu et sur Son ordre, par révélation […]. Et le propos [de l’Imam] « afin que la terre ne soit pas vide d’un Argument […] » vient en justification de son propos « cela est établi en tout temps » […].

Nous aurons l’occasion dans notre prochaine émission de revenir plus en détail sur ces points.

 

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