This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
mardi, 21 décembre 2010 19:27

L'Islam chiite (23)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans nos dernières émissions, nous avons vu que, selon l’islam shiite, la raison suffit à établir cinq principes, nommés oùûlo d-dîn, qui fondent la religion sur des bases rationnelles. La réflexion commence par établir la nécessité d’une Cause première unique à l’origine de toute la succession de causes et d’effets qui constituent l’univers, établissant ainsi le tawhîd, c’est-à-dire le « monothéisme ». La raison montre ensuite que cette unique Cause première doit nécessairement être absolument parfaite et juste. De ce principe de justice divine, nommé ‘adl, découle alors directement la nécessité de l’existence, après la mort, d’un autre monde et d’une autre vie où chacun connaîtra à l’identique les effets des pensées, paroles et actions, bonnes ou mauvaises, dont il fut l’auteur en ce monde.

 

Ce monde et cette vie d’outre-tombe doivent nécessairement posséder une dimension corporelle, car sinon les biens et les maux sensoriels causés ne sauraient y être ressentis à l’identique et la justice ne serait pas pleinement réalisée. Pour autant, les corps de l’au-delà ne doivent pas avoir les limitations physiques des corps matériels, car avec de telles limites, ils n’auraient pas la capacité de ressentir à l’identique toutes les jouissances ou souffrances causées, un tyran ne pouvant par exemple connaître qu’une seule fois la mort, même s’il l’a fait subir à des milliers de malheureux.

S’il est ainsi possible d’établir et de concevoir intellectuellement un tel monde et une telle vie, il n’est guère possible de se les représenter par l’imagination, dont le pouvoir se limite en fait à modifier et combiner des représentations de choses préalablement connues par notre expérience sensible. Ainsi, quand on imagine un cheval ailé fait d’or et de pierres précieuses ou un dragon gigantesque doté de dizaines de têtes crachant le feu ou toute autre chimère, on ne fait jamais que combiner et déformer des réalités perçues par nos sens. Par contre, on ne saurait se représenter et imaginer une couleur que nos sens ne perçoivent pas, alors que nous pouvons aisément concevoir qu’il existe de telles couleurs, comme les infrarouges ou les ultraviolets, dont nos appareils mesurent la fréquence, mais que nos yeux ne voient pas. De même que l’œil de certains animaux est aveugle à certaines couleurs que nous percevons, nos propres yeux sont aveugles à des couleurs dont nous pouvons aisément concevoir et établir l’existence, sans jamais pouvoir ni les voir ni même nous les représenter par l’imagination.

Il en va de même, donc, pour le monde et la vie de l’au-delà, que nous pouvons rationnellement concevoir et établir, sans jamais pouvoir les imaginer et nous les représenter tels qu’ils sont, puisque ce qui s’y trouve « nul œil ne l’a jamais vu, nulle oreille jamais entendu et nul cœur jamais imaginé », pour reprendre les termes d’une parole du Prophète, Dieu le bénisse lui et les siens.

Pour la plupart des gens, ce qu’ils ne perçoivent pas par leurs sens n’a pas d’existence effective et seul est vraiment réel pour eux ce qu’ils peuvent voir et toucher. Même ce qu’ils peuvent rationnellement concevoir reste en pratique du domaine de l’irréel aussi longtemps qu’ils n’en ont pas constaté les effets. Ainsi, les fréquences électriques n’ont de réalité que pour autant qu’on a pu les constater par le fonctionnement de l’éclairage et autres appareils électriques ou pour s’être électrocuté et les fréquences ultraviolettes n’existent qu’après qu’on en a constaté l’effet bronzant.

On peut même d’une certaine manière étendre cette considération à tous les humains. Jamais une réalité conçue et établie rationnellement n’est aussi concrètement vécue qu’une réalité perçue par nos sens ou à tout le moins représentée par notre imagination. À tel point que savoir que quelqu’un sait ce que je fais n’a pas le même effet sur moi que savoir qu’il voit ce que je fais, et même le fait de savoir qu’il me voit ne sera jamais aussi réel que le fait de voir moi-même qu’il me voit. Voir est toujours plus réel pour l’homme que savoir.

Le but des religions étant avant tout pédagogique — il s’agit d’éduquer l’être humain à se comporter en être vraiment humain — leur efficacité est d’autant plus grande qu’elles donnent à voir plus qu’à savoir. Enseigner à l’homme que Dieu sait ce que l’on fait n’aura jamais la même force que de lui dire que Dieu voit ce que l’on fait, et savoir que Dieu voit ce que l’on fait n’aura jamais la même force que de « voir » par l’imagination l’œil de Dieu fixé sur nous. Bref, la religion se doit, pour être efficace, de donner à voir plutôt qu’à savoir.

Pour donc donner à voir ce que « nul œil n’a jamais vu, nulle oreille entendu et nul cœur imaginé », les religions sont remplies d’images et représentations, inévitablement conçues à partir de ce que l’œil voit et l’oreille entend. Si la raison suffit à concevoir et établir l’existence d’un monde et d’une vie au-delà du monde et de la vie d’ici-bas, cette conviction intellectuelle ne devient pédagogiquement efficace que lorsqu’elle est complétée par une description de ce monde et de cette vie, mais cette description ne peut pour autant recourir qu’à des réalités du monde et de la vie d’ici-bas, quitte à les transformer et combiner.

D’où les descriptions de l’au-delà en termes de jardins de délices ou d’effroyables tortures. D’où les ruisseaux de lait, de miel ou de vins coulant au milieu d’un paradis où la riche végétation procure une ombre apaisante et où l’on n’a rien d’autre à faire qu’à se prélasser et jouir de tous les plaisirs imaginables de la chair. D’où les horribles geôles où les pires souffrances imaginables de ce monde se voient multipliées et combinées et où les corps brûlés et suppliciés voient leurs chairs se reconstituer pour endurer encore de nouvelles atrocités.

La question se pose alors de savoir si ces descriptions sont réelles ou symboliques et s’il faut les entendre au propre ou au figuré ? À quoi il faut répondre les deux ensemble ou aucun des deux. Elles ne sont pas réelles, puisque l’au-delà est fait de ce que « nul œil n’a jamais vu, nulle oreille entendu et nul cœur imaginé ». Elles ne sont pas non plus symboliques, si symbolique signifie « arbitraire » ou « irréel », car il est bien question de jouissances et de souffrances aussi réelles, et même plus réelles encore que celles de la chair de ce monde.

Mais elles sont bien tout à la fois symboliques et réelles, quand symbolique veut dire « correspondance adéquate », autrement dit une « traduction » en termes de ce monde de réalités d’un autre monde, une traduction qui est possible parce que les réalités de ce monde et de l’autre se correspondent si adéquatement que l’une est identique à l’autre, tout en ayant chacune son propre niveau et degré d’existence, comme se correspondent les notes identiques de différentes octaves.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir