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mardi, 21 décembre 2010 19:26

L'Islam chiite (21)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans nos dernières émissions, nous avons vu que, selon l’islam shiite, l’intelligence humaine suffit pour établir par le raisonnement cinq principes de base nommés osûlo d-dîn, c’est-à-dire « racines » ou « fondements » de la religion.

 

Tout d’abord, avons-nous vu, la réflexion rationnelle aboutit à la nécessité d’une Cause première à l’origine de toute la succession de causes et d’effets qui constitue l’univers. La raison détermine aussi que cette Cause première est nécessairement une et unique, et qu’il ne saurait y avoir plusieurs « causes premières ». Ces premières conclusions rationnelles constituent le premier fondement de la religion, nommé tawhîd, qui signifie littéralement « unification » et qui désigne le principe de l’unicité divine, autrement dit le monothéisme.

Nous avons ensuite vu qu’il serait rationnellement contradictoire que la Cause première soit dépourvue d’une qualité ou d’une perfection se trouvant dans le monde. En effet, la Cause première étant la source de toute existence, elle est a fortiori la source de toutes les qualités et perfections existantes. Et comme il est évident qu’on ne peut donner que ce que l’on possède, la Cause première possède nécessairement toutes les qualités et perfections, et cela au plus haut degré de perfection possible, car on ne saurait donner plus que ce que l’on a. Or, la justice est une qualité et une perfection, l’injustice étant au contraire un défaut et une imperfection. La Cause première doit donc être nécessairement et éminemment juste et ne saurait en aucun cas commettre la moindre injustice.

Ce principe de la justice divine, désigné par le terme arabe ‘adl, est le second fondement de la religion établi par la raison, et son importance est cruciale puisque c’est de ce principe que découlent les trois autres fondements de la religion, à savoir : la Prophétie, l’Imamat et le Jugement dernier au Jour de la Résurrection. Réunis sous la dénomination d’« Argument divin » — en arabe, al-$oddja —, la Prophétie et l’Imamat constituent le point d’articulation entre les fondements de la religion et la religion elle-même. De ce fait, pour faciliter le suivi de l’exposé, on commencera par évoquer maintenant le dernier fondement rationnel de la religion, le Jugement dernier au Jour de la Résurrection, désigné par le terme arabe ma‘âd, qui signifie littéralement « le retour », c’est-à-dire le retour des créatures à Dieu.

La nécessité d’une vie après la mort au cours de laquelle la personne connaîtra les conséquences des actes qu’elle a accompli durant sa vie terrestre peut être établie par plusieurs raisonnements, dont l’un des plus fondamentaux est le suivant : on constate sans cesse que la justice est fort loin de régner en ce monde et que, par exemple, bien des méchants jouissent tranquillement jusqu’à leur mort de biens qu’ils ont spoliés tandis que bien des gens honnêtes subissent jusqu’à leur mort des injustices qu’ils ne voient jamais réparées. Si tout devait finir avec la mort, le monde serait donc dominé par l’injustice, ce qui serait en totale contradiction avec le principe de la justice divine, puisque le Principe suprême laisserait bien des injustices impunies et bien des justes souffrir sans jamais voir les conséquences de leurs propres bienfaits.

Le principe de justice divine nécessite donc qu’il y ait un autre monde et une autre vie après la mort où chacun verra les conséquences de ses actes, au sens le plus large du terme, c’est-à-dire en incluant aussi ses pensées et ses paroles. Un monde et une vie, donc, où tout mal retombera sur celui qui l’a commis et où tout bienfait bénéficiera à son auteur, où chacun devra compenser toute injustice qu’il a perpétrée et où aucune bonne action, parole ou pensée ne restera sans effet adéquat.

On pourrait objecter à ce raisonnement que les méfaits causent inévitablement un tourment dans l’âme de celui qui les commet et qu’au contraire les bienfaits suscitent une satisfaction personnelle même s’ils n’ont aucun effet extérieur. Ainsi, chacun subirait déjà en son for intérieur les conséquences de ses actes, sans qu’il soit pour cela besoin d’une vie après la mort.

A cela, on répondra que, même en admettant qu’il en soit bien ainsi, la justice ne serait pas pleinement réalisée, car le tourment intérieur de l’injuste n’est aucunement comparable avec le tourment qu’ont enduré ses victimes de même que l’autosatisfaction du bienfaiteur n’est pas équivalente aux biens qu’il a faits. D’autant plus qu’il n’est pas du tout sûr que l’âme du méchant soit toujours capable de souffrir de remords et qu’il semble même bien, au contraire, que l’âme de certains méchants soit devenue suffisamment insensible pour ne rien ressentir des souffrances qui ne la touchent pas elle-même.

Pour que la justice soit pleinement réalisée, il faut que la peine subie soit au moins du même ordre et équivalente à la peine causée et un simple tourment intérieur ne saurait être la juste rétribution des tourments extérieurs infligés. De même, la satisfaction de bienfaits accomplis ne saurait être considérée comme pleinement équivalente à ces bienfaits.

Ce dont il est besoin pour que l’on puisse vraiment considérée que justice a été faite, c’est d’un monde et d’une vie où tout le bien ou le mal fait puisse réellement être vécu par son auteur au même niveau et dans la même mesure, y compris donc au niveau physique si le bien ou le mal faits étaient à ce niveau. Il faut donc que cette vie après la mort comporte également une dimension corporelle pour pouvoir connaître les effets d’actes qui furent eux-mêmes d’ordre corporels.

Cependant, il faut également que cette dimension corporelle n’ait pas les limitations de la corporalité physique que nous connaissons en ce monde, car sinon, ces limitations empêcheraient la réalisation d’une pleine et entière justice. En effet, si l’on prend le cas d’un tyran qui a fait périr quantité de personnes, la justice exige qu’il puisse souffrir autant de morts qu’il en a fait subir. Or, dans notre monde, même si la justice venait à condamner ce tyran, il ne pourrait subir qu’une seule fois la mort. De même, un corps physique aussi limité que le notre en ce monde ne permettrait pas que ce tyran subisse toutes les tortures et souffrances qu’il a infligées à de nombreuses personnes et il mourrait donc inévitablement bien avant d’avoir connu l’équivalent de ce qu’il a fait subir.

Pour qu’il puisse véritablement et pleinement subir les conséquences des ses actes, il faut donc non seulement qu’il jouisse d’un corps susceptible de goûter à la mort et à la souffrance sensorielle, mais aussi que cette vie corporelle ne soit pas limitée par nos limitations physiques, mais qu’elle puisse au contraire endurer sans limites l’équivalent, et même l’identique des souffrances causées.

Pour cette raison, on peut donc dire que, même si la meilleure justice possible était établie sur terre, les limitations des conditions de notre monde ne permettraient pas que cette justice soit pleine et entière, et il faut donc nécessairement, pour que le principe de justice divine soit respecté, qu’il existe après la mort un autre monde et une autre vie dont les conditions soient telles que la justice puisse y être pleinement et entièrement accomplie.

 

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