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mardi, 21 décembre 2010 19:25

L'Islam chiite (20)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans nos dernières émissions, nous avons vu comment, selon l’islam shiite, l’intelligence humaine pouvait établir par son propre raisonnement la nécessaire existence d’une Cause première à l’origine du monde ainsi que le fait que cette Cause est unique, car sinon nous n’aurions pas affaire à un monde harmonieusement ordonné, mais à une cacophonie de mondes, qu’elle n’est pas composée de parties, car sinon elle serait dépendante de ses éléments constitutifs, et qu’elle est éternellement depuis toujours et à jamais, car l’existence lui est intrinsèque et non pas conférée par une cause antérieure et que ce qui est intrinsèque ne saurait cesser ou disparaître.

 

Bref, nous avons vu que l’intelligence humaine pouvait établir le tout premier fondement de la religion, à savoir l’unicité divine, le tawhîd. Car c’est bien cette Cause première et cet Être nécessaire que l’on nomme en français Dieu, en arabe Allâh et par d’autres noms encore en d’autres langues.

Dans un entretien sur ce sujet avec un zindîq, c’est-à-dire probablement un dualiste manichéen, entretien rapporté dans le fameux Livre suffisant, le Kâfî, qui est, rappelons-le, une des plus fondamentales et des plus anciennes sources de l’islam shiite, l’Imam Sâdiq, la Paix soit avec lui, le sixième Imam, déclare à propos des mots désignant Dieu et de leur sens :

Quand je dis Allâh, je ne veux pas établir ces quatre lettres A, L, L, H, mais je reviens à une idée, [l’idée de] Quelque chose qui est le créateur et artisan des choses : par ce que les lettres décrivent — c’est-à-dire l’idée — on Le dénomme Dieu, Tout-Miséricordieux, Très-Miséricordieux, Tout-Puissant et d’autres de Ses noms, et Il est Celui qui est servi, le Tout-Puissant et Majestueux.

Celui qui l’interrogeait dit alors : « Nous ne pouvons concevoir qu’une chose créée. »

[L’Imam], que la Paix soit avec lui, répondit : « Si c’était comme tu le dis, nous serions dispensés du monothéisme, car nous n’avons été chargés que de ce qui est concevable. » […]

Celui qui l’interrogeait dit alors : « Tu L’as limité puisque tu as établi Son existence ! » [L’Imam] répondit : « Je ne L’ai pas limité, je L’ai établi, car il n’y a pas d’intermédiaire entre la négation et l’affirmation [et si je n’affirmais pas son existence, je devrais la nier]. »

Le second fondement de la religion est, selon les shiites, la justice divine, dont nous avons vu que sur ce point ils étaient en accord avec l’école sunnite mo’tazilite, aujourd’hui disparue, et en désaccord avec les autres écoles sunnites, en particulier ash‘arite et salafite. Nous avons vu que pour ces derniers, nulle chose n’a de valeur intrinsèque, de sorte que Dieu serait contraint d’agir conformément à cette valeur, ce qui serait à leurs yeux contraire à Sa toute-puissance. Dieu pourrait donc, selon eux, punir les bons et récompenser les méchants et Il n’en serait pas pour autant injuste, car c’est précisément Son acte qui détermine ce qui est juste et non pas ce que l’homme décrète juste qui déterminerait l’acte de Dieu.

Pas du tout, répondent les shiites – comme les mo’tazilites, mais de manière continue à travers l’histoire –, il y a incontestablement des biens et des maux intrinsèques et l’intelligence est tout à fait capable de les distinguer, même si elle peut hésiter ou rester incapables de se prononcer sur la valeur de certaines choses. Ainsi, nulle intelligence normalement constituée n’admettra jamais que récompenser le mal et punir le bien puisse être bien et vice-versa. Dieu ne saurait donc récompenser le mal et punir le bien et se doit au contraire de récompenser le bien et punir le mal. Cela ne limite d’ailleurs en rien Sa toute-puissance, car c’est bien en toute liberté et sans la moindre contrainte extérieure qu’Il fait cela.

Reste cependant à établir que Dieu doit être juste. Ne serait-il pas concevable que la Cause première puisse être injuste, puisque rien ne la précède ni ne la domine et que tout autre qu’elle n’est qu’un de ses effets proche ou lointain dans la chaîne de causes à effets dont elle est le Principe existentiateur et ordonnateur ?

La question que l’on poserait alors en retour est : serait-il concevable qu’il se trouve dans la chaîne de causes à effets dont l’Être nécessaire est le Principe une perfection, quelle qu’elle soit, qui ne se trouve pas auparavant de manière au moins aussi parfaite dans ce Principe ?

Toute chose dont l’existence est préférable à l’inexistence ou, dit autrement, toute chose dont l’inexistence est considérée comme une privation ou une déficience est une perfection. Ainsi, la vie, la vue, l’ouïe, la parole, le pouvoir, la volonté, etc. sont des perfections parce que, chaque fois que l’une de ces choses est envisageable, son existence est préférée à son inexistence et cette inexistence est considérée comme un manque : la vie vaut mieux que la mort, la vue que la cécité, l’ouïe que la surdité, la parole que le mutisme, le pouvoir que l’incapacité et la volonté que l’inertie, et chacun des seconds termes de cette énumération est un manque ou une déficience de la perfection absente ou défectueuse.

Or, n’importe laquelle de ces perfections, si elle existe quelque part dans la chaîne des causes à effets, doit bien avoir son origine et son principe dans l’Être nécessaire qui est la Cause première, car sinon d’où pourrait-elle bien provenir ? Par contre, il est possible et même certain que toute perfection se trouvant à la fois dans l’Être nécessaire qui est la Cause première et dans la chaîne des causes à effets ne peut que se trouver de manière moins parfaite dans les effets que dans la Cause, car sinon les effets auraient plus de perfection que leur principe et l’on se demanderait à nouveau d’où cette perfection pourrait bien provenir ?

Bref, toute perfection se trouvant dans l’existence existe nécessairement de manière plus parfaite, et même de la manière la plus parfaite possible dans la Cause première de l’existence, et elle se retrouve nécessairement de manière déficiente et moins parfaite dans les effets, et même de manière de plus en plus déficiente au fur et à mesure que l’on s’éloigne dans la chaîne des causes à effets.

Or, la justice, quelle que soit la définition qu’on veuille en donner, est incontestablement une de ces perfections qui ont quelque réalité dans le domaine de l’existence, dont l’existence y est préférable à l’inexistence et dont l’inexistence est soit un manque total de justice soit une justice défectueuse. L’Être nécessaire doit donc nécessairement être juste et même être la perfection de la justice car, encore une fois, en tant que Cause et Principe de tout, Il ne peut qu’être la perfection de toute perfection en sa plénitude, tandis que toute autre réalité de la chaîne des causes à effets ne saurait que participer imparfaitement à ces perfections, et même de plus en plus imparfaitement en fonction de son éloignement dans cette chaîne.

Le second fondement de la religion, la justice divine, se trouve ainsi à son tour pleinement fondé en raison.

 

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