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mardi, 21 décembre 2010 19:24

L'Islam chiite (19)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, dans notre dernière émission, nous avons vu comment l’intelligence pouvait établir la nécessité d’une ou plusieurs cause(s) première(s), qui sont le ou les principe(s) de la chaîne de causes à effets qu’est le monde, dont nous faisons partie.

 

Résumons : la chaîne de causes à effets qui produit le monde que nous constatons ne peut ni régresser à l’infini, chaque cause étant indéfiniment précédée par une autre, ni former un cercle vicieux, le dernier effet étant la cause de la première cause. Dans ces deux cas de figures, en effet, le monde n’existerait pas, car sans une ou plusieurs première(s) relation(s) de cause(s) à effet(s), aucune relation de cause à effet ne verrait le jour et le monde n’existerait donc pas. Or, il existe et donc ces deux hypothèses sont fausses. La seule et unique possibilité restante est donc qu’il existe une ou plusieurs cause(s) première(s) qui sont à l’origine de la chaîne de causes à effets qui produit le monde.

Cette ou ces cause(s) première(s) n’est/ne sont elle(s)-même(s) l’effet d’aucune cause, car sinon elles ne seraient pas premières, et elle(s) existe(nt) donc par elle(s)-même(s) depuis toujours et à jamais, puisque l’existence lui est / leur sont intrinsèque et non advenue par une cause extérieure. Cette ou ces cause(s) première(s) sont donc un ou des « être(s) nécessaire(s) ».

Reste à voir si l’intelligence peut déterminer s’il ne peut y avoir qu’une seule et unique cause première ou s’il peut y en avoir une multiplicité.

S’il y avait une pluralité de cause(s) première(s), celles-ci devraient toutes être totalement indépendantes les unes des autres, car si elles ne l’étaient pas et que certaines d’entre elles dépendaient d’une manière ou d’une autre de certaines autres, les causes dépendantes ne seraient plus des causes premières, mais des effets des causes dont elles dépendent. Ainsi, si certaines d’entre elles avaient en commun un ou plusieurs élément(s) et se distinguaient par un ou plusieurs autre(s) élément(s), cet ou ces éléments serai(en)t une ou des causes nécessaires à leur existence.

Si donc il y avait une pluralité de causes, chacune d’elles formerait avec toute la chaîne de causes à effets dont elle est le principe un univers totalement indépendant des autres chaînes de causes à effets découlant des autres causes premières et sans la moindre interaction entre elles. Ce ne serait alors pas un monde ou un seul ensemble d’interrelations de causes à effets que l’on aurait sous les yeux, mais un ensemble de mondes, chacun constitué de sa propre chaîne de causes à effets qui n’auraient pas le moindre contact ni la moindre relation entre eux.

Or, le monde que nous voyons nous apparaît au contraire comme un ensemble harmonieux dans lequel règne un équilibre d’interrelations qui se répondent et se contrebalancent sans cesse et non pas comme une multiplicité d’ensembles n’ayant rien à voir les uns avec les autres. On exprime souvent de nos jours cette intime interrelation entre tous les éléments du monde en disant que le battement d’aile d’un papillon d’un côté du globe est la cause ou partie de la cause qui produit un ouragan d’un autre côté du globe.

L’argumentation par l’ordre du monde est l’une des plus simples et communes pour décréter la nécessaire unicité de la Cause première, qui est l’Être nécessaire. Il y est fait allusion dans la Révélation coranique, par exemple au verset 91 de la sourate 23, qui dit :

Dieu n’a pas pris de fils et il n’est point de dieu avec Lui – car alors chaque dieu prendrait ce qu’il a créé et l’un surpasserait l’autre…

Ou encore au verset 22 de la sourate 21, où il est dit :

S’il s’y trouvait [i.e. dans les cieux et la terre] des divinités hormis Dieu, ils seraient en proie au chaos…

Même s’ils ne s’y trouvent exprimés que par allusions, les arguments donnés par ces versets sont bien ceux que l’on retrouve développés ailleurs par les philosophes qui déduisent l’unicité de la Cause première de l’harmonie constatée dans le monde qui en est l’effet et la production.

À cette étape, le premier fondement de la religion selon la conception shiite, à savoir l’unicité divine ou tawhîd, se trouve pleinement établi par un pur raisonnement rationnel. Il doit alors être complété par un raisonnement établissant que la justice, al-‘adl, est un attribut fondamental du Principe de l’univers.

Ce second des fondements de la religion est aujourd’hui propre aux shiites, mais il fut à un moment de l’histoire également professé par l’école sunnite mo‘tazilite, aujourd’hui disparue même si certains réformateurs appellent de temps à autre à la revivifier.

Bien évidemment, cela ne signifie pas que les sunnites non mo’tazilites – principalement représentés par les écoles ash‘arites et salafites – croiraient en l’injustice de Dieu. Ce qui est en question, c’est de savoir si l’intelligence humaine peut elle-même déterminer que certaines choses sont en soi bonnes ou mauvaises, auquel cas Dieu serait tenu par sa justice de les accomplir ou de s’en abstenir, ou si au contraire les choses n’ont pas de valeur intrinsèque et que c’est seulement Dieu qui détermine une chose comme bonne, en le disant ou en la faisant, et une autre comme mauvaise, en le disant ou en ne la faisant pas.

Toujours soucieux de préserver la toute-puissance divine, les théologiens sunnites non-mo’tazilites pensent que si l’on dit que Dieu doit faire ou ne peut pas faire telle ou telle action parce que cette action est intrinsèquement bonne ou mauvaise et qu’elle est reconnue comme telle par l’intelligence, cela revient à limiter la toute-puissance de Dieu et à le contraindre dans Ses choix, ce qui est impossible. Ils vont ainsi jusqu’à professer que Dieu pourrait fort bien punir les bons pour leurs bonnes actions et récompenser les méchants pour leur mauvaises action et qu’Il n’en serait pas pour autant injuste, car c’est précisément ce qu’Il fera qui sera juste et non pas ce que l’homme décrète juste qui s’imposerait à Dieu.

Pour les shiites, au contraire, comme pour les mo’tazilites, mais de manière unanime et continue à travers toute l’histoire, il y a incontestablement un bien et un mal intelligibles et l’intelligence est parfaitement apte à distinguer que certaines choses sont intrinsèquement bonnes et d’autres intrinsèquement mauvaise, même si elle peut hésiter ou rester incapables de se prononcer sur la valeur de certaines autre choses. Ainsi, nulle intelligence normalement constituée ne conviendra jamais que récompenser le mal et punir le bien puisse être bien ou que récompenser le bien et punir le mal puisse être mal. Dès lors, Dieu ne sachant faire le mal et ne pouvant que faire le bien, Il ne saurait récompenser le mal et punir le bien et se doit de récompenser le bien et punir le mal. Cela ne limite d’ailleurs en rien Sa toute-puissance ni Sa liberté de choix, car c’est en toute liberté et sans la moindre contrainte extérieure qu’Il fait cela. Si même contrainte il y a, elle n’est jamais que celle qu’Il s’impose à Lui-même de son propre chef, ce qui est précisément une marque de libre choix.

 

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