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mardi, 21 décembre 2010 19:22

L'Islam chiite (17)

 
Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, chers auditeurs, nos dernières émissions nous ont donné l’occasion de voir quelle place centrale et fondamentale était assignée par l’islam shiite à l’intelligence et à la réflexion. Cette place est ce qui fonde la doctrine shiite des « fondements de la religion », fondements qui, on l’a vu, doivent être déduits par chaque être humain par un effort de réflexion personnelle à la mesure de ses capacités intellectuelles. On ne saurait certes exiger de tout homme qu’il soit philosophe ou théologien, mais il est requis de tout un chacun de ne pas accepter aveuglément ce qu’il hérite de ses ancêtres et de poser au contraire les bases de sa vision du monde par une réflexion fondamentale personnelle.

 

Une telle exigence ressort déjà de plusieurs passages du Coran, comme le verset 170 de la sourate 2 qui dit :

Lorsqu’on leur dit : « Suivez [donc] ce que Dieu a fait descendre [comme révélation] », ils disent : « Nous suivrons [bien] plutôt ce que nous avons vu que nos pères [suivaient]. » — Fût-ce alors que leurs pères ne comprenaient rien ni ne suivaient la bonne voie ?

Ou encore les versets 17 et 18 de la sourate 39, qui disent :

Annonce la bonne nouvelle à Mes serviteurs qui sont attentifs à ce qui se dit et en suivent le meilleur. Voilà ceux que Dieu a guidé et ceux qui sont doués de cœurs intelligents.

Ces versets coraniques exigent ainsi une réflexion primordiale mettant en cause toute tradition reçue des ancêtres, quitte à y revenir par la suite le cas échéant, mais sur la base de conclusions personnelles cette fois et non plus par suivisme servile.

Pour l’islam shiite, cette réflexion primordiale permet à tout homme de déduire les cinq fondements de la religion qui sont, rappelons-le, l’unicité divine, la justice divine, la prophétie, l’imamat et le jugement dernier. Avant même la mission des Prophètes divins, c’est en raison de cette faculté proprement humaine qu’est l’intelligence que Dieu peut exiger de l’homme qu’il connaisse qu’il y a un Créateur et le reconnaisse comme Seigneur. Cette intelligence est le tout premier argument de Dieu envers les humains : elle est pour tout humain son premier prophète intérieur, comme les Prophètes sont l’intelligence matérialisée dans le monde extérieur. C’est bien là le sens de ce hadith du chapitre de l’intelligence et de l’ignorance que nous explorons depuis plusieurs émissions :

Dieu a deux arguments envers les gens, un argument extérieur et un argument intérieur : l’extérieur, ce sont les Envoyés, les Prophètes et les Imams, la Paix soit avec eux ; l’intérieur, ce sont les intelligences.

Et comme les intelligences sont diverses, la rigueur de cet argument varie selon cette diversité, comme le précise un autre hadith du même chapitre :

Les comptes que Dieu demandera aux serviteurs au jour de la résurrection seront serrés à la mesure de l’intelligence qui leur a été donnée en ce bas monde.

Tout commence dont par l’intelligence et par ce qu’elle déduit de ses réflexions, à commencer par l’unicité divine, ainsi que le dit ce passage d’un long hadith tiré toujours du même chapitre :

La première des choses, leur principe, leur force et leur édification, sans laquelle on ne saurait tirer profit de rien, est l'intelligence, dont Dieu a fait une parure et une lumière pour Ses créatures : c’est par l’intelligence que les serviteurs connaissent leur Créateur et [savent] qu’ils sont créés, qu’Il est Celui qui les gère et qu’eux sont gérés, qu’Il subsiste et qu’eux s’éteignent. Grâce à leurs intelligences, ils raisonnèrent sur ce qu’ils voyaient de la création – le ciel, la terre, le soleil, la lune, la nuit, le jour… –, déduisirent qu’elle et eux avaient un Créateur et Organisateur qui est depuis toujours et sera à jamais, connurent le bien du laid, surent que les ténèbres étaient dans l’ignorance et la lumière dans la connaissance… Voilà ce que l’intelligence leur montre.

Il est de nombreuses voies pour établir l’existence et l’unicité d’un Principe de l’univers, les plus communes et les plus accessibles à toutes les intelligences étant celles qui partent de la réflexion sur la finitude et sur l’ordre du monde pour établir l’existence d’un Créateur et d’un Ordonnateur.

Ce ne sont certes pas là les démonstrations les plus puissantes, même si elles ont été retenues par de bien grands philosophes d’Aristote et sa fameuse doctrine du Premier moteur immobile à Voltaire et sa célèbre phrase « plus j’y pense et moins je puis songer que cette horloge tourne et n’ait pas d’horloger ». On sait aussi que, dans sa Critique de la raison pure, le célèbre philosophe allemand Kant opposa à ces preuves de l’existence de Dieu des objections de poids qui portèrent des coups quasi-mortels à la métaphysique occidentale.

Ce n’est d’ailleurs pas à ces preuves inductives que les plus grands philosophes et gnostiques attachent le plus d’importance, leur préférant incommensurablement les preuves déductives qui établissent d’abord le Principe sans rien faire intervenir d’autre que Lui et partent ensuite de Lui pour établir Ses productions. Cette démarche, qui porte chez les philosophes musulmans le nom de « preuve des Justes », borhâno s-siddîqîn, atteint un sommet chez Mollâ Sadrâ, grand philosophe et gnostique shiite du 17e siècle, et l’on aura l’occasion d’y revenir lorsqu’on abordera les approfondissements intellectuels et spirituels de l’islam shiite.

Pour le moment, cependant, ce sont les bases qui nous occupent, celles qui concernent tous les shiites quels qu’ils soient, et à ce niveau-là, ce sont bien les voies inductives, remontant de la création au Créateur, qui s’imposent.

Ces raisonnements inductifs peuvent naturellement connaître bien des variantes en fonction des diverses mentalités et surtout en raison des objections variées qui peuvent y être faites et des multiples doctrines et raisonnements opposés qui peuvent coexister à différentes époques et en différents lieux. Il va ainsi de soi que ces raisonnements ne sauraient être en tout identiques dans un milieu polythéiste et idolâtre, dans un milieu monothéiste, dans un milieu dualiste ou dans un milieu athée.

C’est ainsi que l’on en rencontre déjà diverses formes tant dans les premières révélations coraniques, qui s’adressent à la société arabe idolâtre de La Mecque, que dans les hadiths des Imams, qui soutinrent des controverses avec des adeptes de doctrines parfois très opposées, allant du monothéisme judéo-chrétien au dualisme manichéen en passant par les diverses écoles théologiques musulmanes naissantes. On n’y trouve par contre pas trace d’opposition avec un athéisme matérialiste radical qui ne semble pas avoir eu d’existence attestée avant le monde moderne, ce qui implique naturellement que de nouvelles variantes apparaissent en réponse à de nouveaux défis et développements de la pensée humaine, sans que cela touche pour autant à la démarche fondamentale de ces raisonnements sur lesquels nous reviendrons dans notre prochaine émission.

 

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