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mardi, 03 juin 2014 03:22

Rhazès : un esprit scientifique et rationaliste

Médecin, chimiste et philosophe iranien, Mohammad Ibn Zakariâ Râzi, Rhazès pour les Occidentaux,  est l’auteur de nombreux ouvrages médicaux qui ont eu non seulement une grande influence dans le monde de l’Islam mais aussi en Europe. De tous les médecins anciens, Razi est celui qui ressemble le plus aux praticiens hospitalo-universitaires de l’ère contemporaine.

 Il est né vers 865 à Rey, ville très ancienne fondée en période préislamique, située à proximité de l’actuelle ville de Téhéran ; le mot « Râzi » signifie d’ailleurs « natif de Rey ». Il a vécu la plus grande partie de sa vie dans cette ville et y est décédé en 935. Il n’y a pas beaucoup d’informations exactes sur sa vie, les faits ayant été ponctués à des légendes comme pour la plupart des hommes célèbres ; il existe même des doutes sur la date de sa naissance et de sa mort. Il semble qu’il ait commencé à étudier la médecine alors qu’il avait dépassé la trentaine, après avoir consacré sa jeunesse à d’autres sciences, en particulier la philosophie, les mathématiques, l’astronomie et l’alchimie. On sait également qu’il a dirigé l’hôpital de Bagdad pendant quelques années – probablement au temps du califat de Mo’tazed, calife abbasside de 892 à 902 – et qu’il est retourné ensuite à Rey et a dirigé l’hôpital de cette ville.

Râzi a écrit près de deux cents livres, dont plus de la moitié étaient des traités de médecine et de pharmacie, les autres étant des livres d’alchimie, d’astronomie, de philosophie et de théologie. Les livres écrits par Râzi, du moins ceux qui existent encore de nos jours – car il ne reste plus aucune trace d’un grand nombre d’entre eux - montrent que c’était un scientifique exceptionnel et un médecin hors pair. Tous les historiens, orientaux et occidentaux, pensent que Râzi a été le plus éminent médecin du Moyen-âge, même plus éminent qu’Avicenne, en particulier pour la qualité de ses observations cliniques, ses découvertes scientifiques et ses innovations thérapeutiques.

Faisant preuve d'un esprit hautement scientifique et rationaliste et méfiant envers les dogmes établis, Râzi insiste sur l’importance d’un interrogatoire minutieux des malades, sur la recherche des symptômes avant de procéder aux déductions diagnostiques et thérapeutiques.

Sa méthode d’enseignement au lit du malade était très appréciée. Entouré de ses disciples et assistants, Râzi écoutait avec attention les questions que les étudiants lui posaient. Les réponses étaient faites par les plus jeunes, puis par les plus expérimentés. A la fin Râzi se chargeait lui-même d’en faire la synthèse. C’est un homme de terrain. Ses réflexions perspicaces témoignent d’une grande expérience clinique et sont encore d’actualité : « Si un patient n’a pas la volonté ou le désir de guérir, les mains du médecin restent liées. » Il transforme le triangle médecin-malade- maladie en un carré, en y associant l’entourage du malade : « Il faut que le malade et ses proches soient avec le médecin et non contre lui, qu’ils ne lui cachent rien de ses états. »

La différence entre les livres de Râzi et ceux des autres hommes de science du Moyen-âge est liée au fait que les écrits de Râzi sont basés sur ses observations et ses expériences personnelles. Râzi a été très honnête dans la transmission de ses connaissances. La plupart de ses livres de médecine ont une forme encyclopédique et montrent ses vastes connaissances, d’où le surnom d’Encyclopédiste que les Occidentaux lui ont attribué. Les livres de Râzi ont été les références utilisées pour l’enseignement de la médecine pendant cinq siècles en Europe et dans les pays musulmans. Deux livres de Râzi – intitulés Al-Hâvi et Al-Mansouri – sont même considérés par certains historiens européens comme les deux livres les plus importants d’enseignement de la médecine dans le monde au cours de la période précédant l’époque moderne.

La plupart des ouvrages de médecine de Râzi ont une forme encyclopédique et montrent ses vastes connaissances, d’où le surnom d’Encyclopédiste que les Occidentaux lui ont attribué. Les livres de Râzi ont été les références utilisées pour l’enseignement de la médecine pendant cinq siècles en Europe et dans les pays musulmans. Deux livres de Râzi – intitulés Al-Hâvi et Al-Mansouri – sont même considérés par certains historiens européens comme les deux livres les plus importants d’enseignement de la médecine dans le monde au cours de la période précédant l’époque moderne.

 

Quelles sont les principes thérapeutiques de Râzi ? Râzi utilisait les boissons (en particulier les jus de fruit) et les aliments comme remèdes de première intention et n’avait recours aux médicaments que si le traitement par le régime alimentaire s’avérait inefficace. Il a préconisé ce principe dans la plupart de ses livres. Il a même écrit un livre d’automédication intitulé Teb-ol-Fogharâ où il propose des traitements à base d’aliments et de boissons pour un certain nombre de maladies courantes. Un autre livre célèbre de Râzi est un traité de nutrition dans lequel il mentionne les effets bénéfiques et néfastes de tous les groupes d’aliments - pains, boissons alcooliques et non alcooliques, viandes, laitages, œuf, légumes, fruits, condiments, pâtisseries, etc. - et mentionne leurs indications et contre-indications chez les personnes en bonne santé et les malades. Le dernier chapitre est à propos de la digestion, de l’appétit, des jeûnes à préconiser en cas de maladies diverses et des régimes alimentaires à prescrire en cas de certaines intoxications. Plusieurs autres médecins dont Avicenne ont écrit des traités de ce genre après Râzi.

Un autre principe de Râzi était de privilégier la monothérapie ; il n’utilisait plusieurs médicaments en même temps que si la monothérapie s’avérait inefficace, car il considérait que trop de médicaments nuit à la santé. Avenzoar, médecin andalou, a suivi Râzi dans cette voie. Tous les médecins musulmans du Moyen Age ont ensuite suivi ce principe thérapeutique.

 Râzi a introduit en médecine l’expérimentation et les déductions qui en découlent, au point que les Occidentaux l’ont surnommé l’Expérimentateur. Il ne s’est pas limité à ce qu’Hippocrate et Galien avaient écrit, et tout en ayant un grand respect pour ces deux médecins, il a réfuté leur avis quand ce qu’ils avaient écrit ne concordait pas avec ses propres observations. L’esprit scientifique de Râzi et sa méthode lui ont permis de faire des découvertes en médecine et en chimie et ont constitué le fondement de la médecine moderne. Les découvertes de Râzi sont nombreuses. Par exemple, outre le diagnostic différentiel entre la variole et la rougeole, Râzi a été le premier à décrire la tuberculose des articulations des doigts et à avoir identifié certains nerfs faciaux. Il a également décrit l’anatomie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière ainsi que les conséquences d’une lésion de celle-ci. Dans le domaine de la chimie, Râzi a découvert l’alcool éthylique par la distillation des produits contenant du sucre, et a découvert l’acide sulfurique par l’analyse du sulfate de fer. Râzi a probablement découvert ces composés chimiques au cours de ses expériences d’alchimie, mais il les a utilisés ensuite dans les traitements des maladies et a été ainsi à l’origine de grands progrès dans le domaine thérapeutique.

 

Râzi a mis en place des thérapeutiques nouvelles. Il a introduit l’utilisation des préparations chimiques en médecine. Il utilisait par exemple un onguent contenant du mercure pour accélérer la cicatrisation de la peau dans certaines dermatoses. Râzi a également été le premier médecin à utiliser des spécialités pharmaceutiques telles que des collyres ou des pommades pour les yeux, en particulier pour prévenir l’infection ophtalmique dans les cas de variole et de rougeole. Il a également fabriqué un onguent à base de carbonate de plomb dont il se servait pour cicatriser les plaies et à qui il a donné son nom : on l’appelle l’onguent blanc de Rhazès ou Blanc Rhasis.

Dans son livre sur les calculs du rein et de la vessie, Râzi a décrit les instruments chirurgicaux qu’il avait inventés et qu’il utilisait pour l’extraction des calculs non éliminés après le traitement médical. Dans d’autres livres, il a décrit les instruments qu’il avait construits pour la chirurgie des paupières en cas de fistules lacrymales et pour l’extraction des dents.

Certaines pratiques introduites par Râzi en médecine existent encore de nos jours. Elles ont été très longtemps utilisées par les médecins dans le monde. Par exemple, Râzi a été le premier médecin à utiliser du coton dans ses gestes médicaux. Il mettait du coton (ou un tissu très fin) sur les éruptions de variole pour que les éruptions ne se rompent pas quand les malades se grattaient. Il mettait également du coton imbibé d’eau de rose et de camphre dans les narines des malades atteints de variole pour empêcher l’extension de la maladie au niveau des voies respiratoires. Pour arrêter le saignement d’une artère, il mettait du coton au niveau de la plaie et imprimait une pression sur l’artère avec les doigts, ce qui est encore pratiqué de nos jours. Râzi utilisait également du coton dans les opérations chirurgicales. Râzi est également le premier médecin à avoir préconisé l’utilisation de la corde de harpe pour les sutures dans la chirurgie viscérale, et les crins de chevaux pour la suture des plans cutanés. Il a inventé le séton, qui était utilisé pour les drainages en chirurgie jusqu’au début du XXe siècle.

Avant d’utiliser un nouveau traitement pour traiter les malades, Râzi faisait des essais sur les singes, et il semble qu’il ait été le premier médecin à avoir fait des expérimentations sur les animaux pour les nouveaux médicaments.

Râzi a été également le premier médecin dans le monde à avoir instauré la rédaction d’un compte rendu journalier pour les patients hospitalisés dans les hôpitaux qu’il dirigeait ; cette pratique a été généralisée et existe encore de nos jours dans les hôpitaux du monde entier.

Un autre aspect exceptionnel de Râzi est sa méthode d’enseignement, qui est assez proche de celle pratiquée de nos jours : Râzi et ses étudiants se réunissaient dans une salle, on faisait entrer un patient, les étudiants les moins expérimentés commençaient à l’examiner et prononçaient un diagnostic, puis venait le tour des étudiants plus expérimentés, et Râzi donnait son avis en dernier.

 

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