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lundi, 06 août 2012 07:09

Râzi, figure de proue de la médecine moderne (2)

La plupart des ouvrages de médecine de Râzi ont une forme encyclopédique et montrent ses vastes connaissances, d’où le surnom d’Encyclopédiste que les Occidentaux lui ont attribué. Les livres de Râzi ont été les références utilisées pour l’enseignement de la médecine pendant cinq siècles en Europe et dans les pays musulmans. Deux livres de Râzi – intitulés Al-Hâvi et Al-Mansouri – sont même considérés par certains historiens européens comme les deux livres les plus importants d’enseignement de la médecine dans le monde au cours de la période précédant l’époque moderne.

Al-Hâvi

Al-Hâvi est une encyclopédie médicale dans laquelle Râzi recense toutes les maladies humaines et leur traitement jusqu’à son époque. Pour chaque maladie, il écrit d’abord l’avis des médecins célèbres qui l’ont précédé, puis donne son avis personnel. On ne sait pas combien de volumes avait ce traité, car une grande partie de ce livre a disparu. Selon certains historiens, Al-Hâvi avait près de 70 volumes au départ. En 1969, 20 volumes de cette encyclopédie ont été recensés à partir des manuscrits gardés dans plusieurs bibliothèques du monde. Al-Hâvi contient les observations médicales personnelles de Râzi et les conclusions auxquelles il est arrivé au cours des années où il exerçait la médecine à Bagdad et à Rey. Dans ce livre, Râzi réfute les idées de Galien à propos de plusieurs maladies en se basant sur ses propres observations, ce qui est tout à fait nouveau au Moyen Age. Al-Hâvi contient en particulier trente trois comptes rendus de cas cliniques rédigés par Râzi qui montrent la précision de sa pensée et la clarté avec laquelle il donnait son avis sur le diagnostic et le traitement. Ces cas cliniques montrent que Râzi examinait ses patients avec attention et avait recours aux examens complémentaires. Il semble que Râzi ait rassemblé des notes pendant plusieurs années pour écrire cette encyclopédie, mais il est décédé avant de pouvoir les mettre en ordre ; le livre à été édité grâce à ses élèves après sa mort. Al-Hâvi a été traduit la première fois en latin en 1486 par Gérard de Crémone sous le titre Continens-Rasis.

Al-Mansouri

Al-Mansouri est un livre moins volumineux qu’Al-Hâvi. Râzi l’avait dédicacé à Mansour Ibn Eshâgh, gouverneur de Rey entre 902 et 908, d’où le titre du livre. Les Européens connaissent ce livre sous différents titres dont Traité de Mansouri, Liber medicinalis Almansِris, et Ad Almansoreum Libri. Al-Mansouri a été traduit plusieurs fois en latin au Moyen Age, la meilleure traduction ayant été celle de Gérard de Crémone, imprimée en 1510 en Italie. Il est constitué de dix articles consacrés chacun à un sujet : l’anatomie humaine, les tempéraments humains, les effets des médicaments et des aliments, l’hygiène corporelle, des maladies touchant l’aspect extérieur de la personne (la peau, les cheveux, les dents, les yeux), les recommandations pour les voyageurs, le traitement des fractures et de l’épistaxis, le traitement de différents types d’empoisonnement, les différents types de fièvre. Le neuvième article du livre comporte 94 chapitres dans lesquels Râzi répertorie toutes les maladies humaines de la tête aux pieds et mentionne leur traitement médical et chirurgical. Le septième et le neuvième article d’Al-Mansouri ont été traduits et imprimés séparément à de nombreuses reprises et les médecins tant orientaux qu’occidentaux ont écrit de nombreux commentaires à leur sujet.

Le Traité sur la variole et la rougeole

Un autre livre très célèbre de Râzi est son Traité sur la variole et la rougeole. Ce livre est considéré comme l’ouvrage médical le plus important de tout le Moyen-âge. C’est la première étude dans le monde à propos des maladies infectieuses. Râzi y décrit, pour la première fois dans l’histoire de la médecine, les différences entre la variole et la rougeole dans un langage simple et très précis. Il y évoque également la varicelle. Le livre comprend treize chapitres qui traitent des raisons qui favorisent l’infection d’une personne par la variole, les signes de la maladie, les complications, le pronostic et les moyens de prévenir l’aggravation des symptômes, les précautions à prendre pour les yeux, la gorge et les oreilles, les traitements et les aliments à prescrire, et le diagnostic différentiel entre la variole et la rougeole. Le Traité sur la variole et la rougeole a été traduit en latin en 1498 sous le titre De Pestilentia (ou Le livre de Pestilence) et en grec en 1548. Il existe d’autres traductions de ce livre, effectuées au XVIIIe, au XIXe et au début du XXe siècle, en français, en anglais et en allemand. Les traductions du Traité sur la variole et la rougeole de Râzi ont été imprimées près d’une quarantaine de fois en Europe. C’est le livre de médecine datant de la période faste de la civilisation islamique qui a été le plus traduit et réimprimé.

Les principes thérapeutiques de Râzi

Râzi utilisait les boissons (en particulier les jus de fruit) et les aliments comme remèdes de première intention et n’avait recours aux médicaments que si le traitement par le régime alimentaire s’avérait inefficace. Il a préconisé ce principe dans la plupart de ses livres. Il a même écrit un livre d’automédication intitulé Teb-ol-Fogharâ où il propose des traitements à base d’aliments et de boissons pour un certain nombre de maladies courantes. Un autre livre célèbre de Râzi est un traité de nutrition dans lequel il mentionne les effets bénéfiques et néfastes de tous les groupes d’aliments - pains, boissons alcooliques et non alcooliques, viandes, laitages, œuf, légumes, fruits, condiments, pâtisseries, etc. - et mentionne leurs indications et contre-indications chez les personnes en bonne santé et les malades. Le dernier chapitre est à propos de la digestion, de l’appétit, des jeûnes à préconiser en cas de maladies diverses et des régimes alimentaires à prescrire en cas de certaines intoxications. Plusieurs autres médecins dont Avicenne ont écrit des traités de ce genre après Râzi.

Un autre principe de Râzi était de privilégier la monothérapie ; il n’utilisait plusieurs médicaments en même temps que si la monothérapie s’avérait inefficace, car il considérait que trop de médicaments nuit à la santé. Avenzoar, médecin andalou, a suivi Râzi dans cette voie. Tous les médecins musulmans du Moyen Age ont ensuite suivi ce principe thérapeutique.

Les découvertes de Râzi en médecine et en chimie

Râzi a introduit en médecine l’expérimentation et les déductions qui en découlent, au point que les Occidentaux l’ont surnommé l’Expérimentateur. Il ne s’est pas limité à ce qu’Hippocrate et Galien avaient écrit, et tout en ayant un grand respect pour ces deux médecins, il a réfuté leur avis quand ce qu’ils avaient écrit ne concordait pas avec ses propres observations. L’esprit scientifique de Râzi et sa méthode lui ont permis de faire des découvertes en médecine et en chimie et ont constitué le fondement de la médecine moderne. Les découvertes de Râzi sont nombreuses. Par exemple, outre le diagnostic différentiel entre la variole et la rougeole, Râzi a été le premier à décrire la tuberculose des articulations des doigts et à avoir identifié certains nerfs faciaux. Il a également décrit l’anatomie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière ainsi que les conséquences d’une lésion de celle-ci. Dans le domaine de la chimie, Râzi a découvert l’alcool éthylique par la distillation des produits contenant du sucre, et a découvert l’acide sulfurique par l’analyse du sulfate de fer. Râzi a probablement découvert ces composés chimiques au cours de ses expériences d’alchimie, mais il les a utilisés ensuite dans les traitements des maladies et a été ainsi à l’origine de grands progrès dans le domaine thérapeutique.

À suivre

 

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