Simin Daneshvar, la traversée du roman (1)
C’est dans la nuit de jeudi à vendredi, que celle qui fut la première romancière du paysage contemporain de la littérature persane s’est éteinte. Née le 28 avril 1921 à Chira - la ville de grands poètes dont Saadi et Hafez - dans une famille où la littérature occupait une place de choix, Simin Daneshvar a vécu une enfance peuplée des Grands Classiques de la poésie persane. Son père, le Dr Mohammad Ali Daneshvar faisait partie du cercle des épris de Hafez, qui se recueillaient tous les vendredis sur la tombe du chantre de la poésie lyrique persane et récitaient ses ghazals. Sa mère Qamar al-Saltaneh Hekmat avait un grand engouement pour la peinture ; elle apprit même la peinture à ses enfants et fut chargée pour un certain temps de la direction de l’Ecole des Beaux-arts pour fille de Chiraz. Bref ce fut dans une telle famille que la jeune Simin a grandi pour s’engager dans un parcours qui en fit une universitaire, romancière renommée, nouvelliste, traductrice des œuvres littéraires.
Après avoir terminé ses études primaires et secondaires à Chiraz, elle se rendit en 1942 à Téhéran où elle continua ses études supérieures à l’Université de Téhéran, embrassant sans surprise la langue et la littérature persanes. Elle s’adonna entièrement à sa thèse de doctorat « L’esthétique dans la littérature persane », qu’elle a soutenue en 1949. Et l’année suivante, elle se maria avec le grand nouvelliste Jalal Alahmad.
Simin est pratiquement la première femme iranienne à embrasser de manière professionnelle, une carrière de romancier. Il y avait certes avant lui d’autres femmes écrivains comme Amineh Pakravan, qui écrivait des romans en français ; mais c’est Simin Daneshvar qui est considérée comme la première femme romancière iranienne ; en fait Simin Daneshvar a fait dans le roman ce que Fourq Farrokhzad avait fait pour la poésie.
Ce fut en 1948, qu’elle signa son premier recueil de nouvelles Le feu éteint, réunissant 16 nouvelles qui avaient déjà paru dans le journal Keyhan et la revue « La femme et l’espoir ». Lorsqu’elle présenta son recueil à Sadeq Hedayat et lui en demanda son avis, l’auteur de la Chouette aveugle lui dit : si je te disais comment tu devrais écrire et ce que tu devrais faire, tu ne serais plus toi-même ; laisse donc aux injures et aux gifles de se rabattre sur toi afin que tu puisses trouver ta voie. « Et j’ai précisément agi de la sorte. »
A suivre…



