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Dimanche, 26 Mai 2013

Mise à jour 00:34:52 UTC

Dimanche, 12 Février 2012 08:25

Teymour Toranj : un chant authentique (2)

Teymour Toranj : un chant authentique (2)

Jeu de langage, la poésie exprime la beauté, le sublime. Le poète jongle avec les mots, trame les sonorités dans le tissu poétique, harmonise les rythmes, pour éveiller en nous, ces moments d’intenses émotions que nous vivons, en prenant conscience de la beauté qui nous entoure. Fidèle à sa vocation, il nous empêche d’oublier la beauté, perdue dans le tourment du quotidien. Une mission majeure, que le poète assume, pleinement, et cela, pour la simple raison que la beauté est l’art pur. Elle est ce qui nous console dans la vie. Un proverbe persan exprime, parfaitement, cette prépondérance de la beauté, dans notre vie : «Si tu me donnes deux pains, j’en vendrai un, pour acheter des jacinthes pour nourrir mon âme».

L’enfant
S’endort sur les pages éparpillées du journal
Et la brise
Qui souffle de la gorge coupée des fleurs
Peuple
Ses rêves des ailes multicolores des papillons
O mon enfant
Ne te réveille pas
Ne te réveille pas
Nous
Nous nous baladons
Dans l’aire de la pierre et du mirage

Sur les traces de Teymour Toranj, nous vous proposons une escapade, dans l’univers limpide et authentique de la poésie persane. Nous avons, déjà, esquissé, dans la première partie de cet exposé, le portrait de ce poète militant. Ce fut un 21 mai 1954, dans un village, confiné, dans les hauts massifs du Zagros légendaire, qu’a vu le jour Teymour Toranj, qui fut emporté une quarantaine d’années plus tard, en 2004, par un cancer, nous laissant en héritage trois recueils de poèmes : "La voix des gens de la profondeur", "Tu pleures comme mes poèmes" et "L’humeur de la mer n’est pas toujours bleu". Cette édition sera consacrée au premier en date, "La voix des gens de la profondeur".

Paru, dans les vitrines des librairies, en 1993, "La voix des gens de la profondeur", premier recueil de poèmes de Toranj, a eu une bonne répercussion, dans les milieux littéraires, témoignant du talent d’un jeune poète, quoique toujours sous l’influence des figures de proue de la poésie moderne persane. Toranj n’a pas encore réussi à parvenir, dans ce premier opus, à son propre langage et style, mais il a su toucher les frontières de la poésie moderne, s’approcher à ses critères. Limpide et sincère, l’écriture poétique coule sous la plume de Toranj, reflétant, tel un miroir, son âme pure et modeste.

Ni le regard de la biche
Ni le sang de la fleur
Sur l’aile de l’hirondelle !
O terre
O terre assoupie
Où est-il mon printemps ?

Grandi sur la terre brûlante du Sud, qui se jette dans les eaux azurées du golfe Persique, Toranj est l’enfant de la vague, de la tempête, de la perle. Il y puise son authenticité inaltérable, s’y mesure à l’aune de l’identité de plusieurs millénaires de cette terre ancienne. Sa poésie de résistance s’y ressource, perpétuellement. A l’image des larges feuilles des fiers palmiers, elle s’élève vers le ciel, sollicitant la lumière salvatrice du soleil, tandis que ses racines s’enfoncent, profondément, dans la terre, en quête de la source vivifiante de l’eau cristalline et fraîche. Enfant de la Révolution, le poète militant se veut le chantre des idéaux sublimes de ces hommes et femmes preux, qui avancent, résolument, vers la source même de la lumière.

Les cheveux emportent leurs preux cavaliers
Que je me lève
Pour embaumer
Mes chansons
Avec le parfum de ton nom
L’anémone ensanglantée
Germe dans mon cœur
Et empourpre
Ma gorge

Toranj n’est pas parvenu, dans son premier recueil, "La voix des gens de la profondeur", à son propre langage et style, mais il a su toucher les frontières de la poésie moderne, s’approcher des critères qui caractérisent la poésie nimaienne. Il a, donc, pu trouver sa place, sur la scène de la poésie contemporaine. Ton dominant du recueil, l’épique s’enchevêtre dans la trame narrative d’un discours, solidement, échafaudé, qui touche, parfois, les frontières d’une poésie en prose, embellie d’images les plus subtiles.

La mère
S’assied sur l’escalier en pierre de l’attente
Et ouvre
la pelote lumineuse de son chant

J’ai une anémone ensanglantée dans le gosier
Et un oiseau blessé
Dans le cœur

La mère
S’assied sur l’escalier en pierre de l’attente
Et regarde l’horizon lointain
Un oiseau blessé
Tombe sur la terre
Et l’anémone pourpre
Lève la tête.

Pour Mohammad Kazem Alipour, critique de l’œuvre de Toranj, "La voix des gens de la profondeur", est l’œuvre d’un poète, qui glisse sur ce terrain, n’arrivant pas encore à maîtriser les mots, quoique le recueil renferme des poèmes dignes d’intérêt, peuplés d’images subtiles et de métaphores pittoresques, émergeant du fond d’une poésie contemplative.

L’horizon, ligne de mélancolie
Sauf la fleur parfumée de ton sourire
Qui s’envole au-delà des mers
De fenêtre en fenêtre

Poète-narrateur, Toranj raconte le quotidien du peuple, ses souffrances et ses joies, exalte son courage, relate les sacrifices de ces hommes altiers, qui, durant huit longues années de la Défense sacrée, ont dédaigné la mort.

Ils arrivent
Et de leurs veines
Ils sèment
Les grains du printemps
Sur la terre
Des tréfonds de la terre
Les anémones
Chantent
L’hymne vert de la floraison

À suivre

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