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mercredi, 29 octobre 2014 08:40

Le Tazieh : célébration de l’épopée de Karbala (1)

Tazieh désigne en Iran un genre théâtral religieux traditionnel, commémorant essentiellement le martyre de l’Imam Hossein (troisième imam des Chiites) et les passions des Gens de la demeure prophétique. Dans ce genre théâtral, la récitation des paroles qui sont presque toujours en vers prime sur la mise en scène et l’action.

Le terme tazieh veut dire littéralement "soulagement", qui se manifeste notamment en rendant visite aux gens endeuillés qui ont perdu un être cher. Dans certaines régions iraniennes, comme dans le Khorasan, le mot désigne une "cérémonie de commémoration" faisant partie des traditions funéraires. Parmi les Chiites non iraniens (en Irak et dans le sous-continent indien), le mot Tazieh n’est pas utilisé pour désigner les représentations théâtrales aux thèmes religieux, mais pour parler des cérémonies lors desquelles des obsèques symboliques sont organisées le 10 du mois de moharram,  l’Achoura et le 20 du mois de safar, Arbaïn, où les participants portent un cercueil qu’ils inhument pour commémorer le martyre de l’Imam Hossein. L’Allemande Annemarie Schimmel écrit qu’au 13e siècle de l’Hégire (XIXe siècle), des représentations théâtrales proches du Tazieh existaient pourtant dans la cour des gouverneurs locaux musulmans dans certaines régions du sous-continent indien, mais Mme Schimmel n’en a pas donné plus de détails.

Dans la région des Caraïbes surtout à Trinité-et-Tobago, cette même cérémonie est célébrée au mois de moharram et elle consiste à noyer un cercueil symbolique dans l’eau. Des cérémonies similaires existent dans d’autres régions du monde et notamment en Indonésie, dans lesquelles le "cercueil" joue un rôle principal.

Pour certains chercheurs, les racines du Tazieh remontent à l’antiquité iranienne : passion de Mithra, deuil de Siavash  et Mémoires de Zariran. D’autres attribuent l’apparition du Tazieh à l’influence des éléments mythiques mésopotamiens, anatoliens et égyptiens. Quelles que soient les racines lointaines du Tazieh, les spécialistes sont unanimes pour dire qu’il apparaît tel que nous le connaissons aujourd’hui, à partir des premiers siècles de la période islamique pour commémorer le martyre de l’Imam Hossein à Karbala. Aux Xe  et XIe  siècles, sous la première dynastie  iranienne des Bouyides, le Tazieh prend une forme plus complète et solennelle. Cependant, cette représentation théâtrale sous sa forme actuelle n’aurait pas existé avant la période de la dynastie safavide, de 1501 à 1722. Le voyageur italien Pietro Della Valle (1586-1652) a notamment décrit les cérémonies de deuil des dix premiers jours du mois de moharram de l’an 1027 de l’Hégire (1618) auxquelles il avait assisté à Ispahan, capitale des Safavides. Il a évoqué des représentations théâtrales courtes et simples consacrées à des thèmes religieux. Les descriptions faites par le Français Jean-Baptiste Tavernier qui a assisté aux cérémonies de moharram à Ispahan, sous Shah Safî Ier (1629-1642), le sixième empereur safavide, nous permettent de mieux comprendre l’évolution progressive de ce genre théâtral destiné à reproduire symboliquement les événements de l’Achoura et du martyre de l’Imam Hossein ainsi que de ses compagnons à Karbala. Tavernier relate que les gens endeuillés portaient des cercueils dans lesquels étaient assis des enfants, en commémoration des jeunes enfants du camp de l’Imam Hossein, qui ont trouvé le martyre à Karbala. Devant les cercueils, on promenait des chevaux sans cavalier symbolisant les montures des martyrs. Un siècle plus tard, William Franklin, orientaliste et officier anglais ayant visité la Perse pendant deux ans sous la dynastie Zand (1750-1794), décrit dans son récit de voyage les cérémonies de moharram à Chiraz, capitale des Zand. Franklin relate que les jeunes se divisaient en deux groupes, et se battaient symboliquement pour reproduire les scènes de combat de Karbala, entre les hommes de l’Imam Hossein et l’armée des Omeyyades. A l’époque des Qadjar, le Tazieh devient un genre théâtral très populaire, ce qui favorise le développement de la mise en scène, plus riche et plus dramatique qu’autrefois. Le Tazieh devient, pendant cette période, un genre théâtral religieux à part entière.

Sous le règne du roi Nâssereddîn Shâh (1831-1896), qui était lui-même un grand admirateur du Tazieh, ce genre théâtral atteint sa perfection. Selon le comte Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882), à l’époque de Nassereddin Shah, près de deux cents lieux (Tekyeh, Hosseinieh, …) étaient consacrés au Tazieh à Téhéran, pendant le mois de moharram.

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