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mardi, 24 juillet 2012 09:04

Les marionnettes en Iran

Le théâtre  puise ses racines dans les rites et us et coutumes anciens des sociétés humaines. Les rites appartiennent, en général, aux cérémonies sociales ou liturgies religieuses (on pourrait même penser à une cérémonie de mariage) et aux fêtes ou carnavals collectifs particuliers, qui se déroulent, dans différents pays du monde, et qui ont été, souvent, accompagnés de spectacles. Bien que de nos jours, les origines rituelles du théâtre soient plus marquées et, largement, privilégiées, il existe, aussi, des chercheurs qui établissent des liens entre le théâtre, considéré dans ses origines, et l’art ou l’acte, même, de raconter des histoires. «Raconter des histoires, écouter une histoire et s’identifier à ses personnages font parties des caractéristiques les plus originelles de l’Homme», disent ces chercheurs. Le spectacle de marionnettes est un art dont on peut dire qu’il existe depuis des milliers d’années. Personnes ne sait où et comment naquirent les premières marionnettes, mais on est quasiment sûr que les marionnettes avaient une fonctionnalité religieuse, dans les sociétés primitives.

D’après Hérodote,  historien grec du Ve siècle avant J.- C., du théâtre de masques, sont nées deux formes de performances théâtrales : la première était le spectacle de marionnettes et la deuxième était un pur spectacle de comédiens débarrassés de leurs masques. Une fois séparé du comédien, le masque a trouvé sa nouvelle place, en haut de la tête du comédien qui secouait sa marionnette à la barre. Cette marionnette qui, au départ, gesticulait à l’aide des mains du comédien, s’est séparée, au fil des jours, de ces mains, pour adopter ses célèbres ficelles, d’ailleurs, toujours, dépendantes des mains du marionnettiste.

Une chose est certaine : le berceau du spectacle de marionnettes, c’est, bel et bien, l’Orient. Le spectacle de marionnettes a eu son public, parmi les gens ordinaires, dans les sociétés orientales et parmi les pays de l’Orient, l’Iran, l’Inde et la Chine sont réputés pour être le grand foyer de ce spectacle. Bien que les cérémonies et rituels traditionnels des Perses aient subi l’influence de différentes cultures, dans différentes parties de ce territoire, se déroulent, toujours, des cérémonies incroyables, qui, même, de façon sporadique, accueillent, entre autres, les marionnettes. On peut citer, à titre d’exemple, les cérémonies de «Takam-gardâni», le mot «takam» se disant d’une effigie de l’âne, qui fait le tour de tout un village, lors des fêtes du nouvel an iranien, le Nowrouz, dans la région de l’Azerbaïdjan, au Nord-ouest de l’Iran, mais aussi, une autre cérémonie dite « la petite prière de la pluie», se faisant, également, dans cette région. Le personnage principal de cette cérémonie s’appelle «Tchamtcheh» ou «tchamtchameh», une petite et simple marionnette faite d’une cuillère en bois qu’on trouve entre les mains des fillettes azéries ; la petite marionnette gesticule et sa petite performance incarne la joie et l’espoir d’une population attendant du ciel qu’il pleuve !

Les documents historiques montrent que le spectacle de marionnettes, en Iran, a été, à son apogée, au 5e siècle de l’hégire lunaire (XIe siècle). En outre, les termes spécifiques du spectacle de marionnettes abondent dans les œuvres littéraires et les recueils de poèmes persans. Lorsqu’il décrit l’instabilité et les innovations de la nature, dans son œuvre épique, le Garshâsb Nâmeh, (La lettre de Garshâsb), poète iranien, Assadi Toussi, parle des «deux rideaux pendus dans la nature», pour décrire l’alternance du jour et de la nuit. Il relate aussi «les images qui se forment, avec les jeux d’ombre, au sein de la nature, et qui prennent, à notre regard, les formes de différentes créatures ; or, elles sont le reflet d’une autre vérité». De même, un quatrain d’Omar Khayyâm, nous donne une idée du lexique du spectacle de marionnettes :

«Nous sommes des marionnettes et le ciel est le montreur

Sur fonds d’une vérité, pas un simple jeu

Sur la scène de la vie, nous faisons trois petits tours…

Puis, un à un, retombons dans la caisse du néant».

Dans ce quatrain de Khayyâm, on trouve le mot «lo’bat» ou «lo’batak», qui veut dire marionnette, et, aussi, «lo’bat-bâz», qu’on pourrait traduire «montreur», ou «marionnettiste». Aussi, l’expression «Nat’-e vojoud», signifie «la scène de l’existence» et «sandouq-e ‘adam», évoque la caisse dans laquelle se reposent les marionnettes, une fois le jeu terminé. Une petite, mais riche terminologie, montrant l’ancienneté de l’art de la marionnette, en Iran, étant donné que le mathématicien, astronome, poète et libre penseur iranien, Omar Khayyâm, vivait vers le 5e siècle de l’l'hégire (XIe siècle).

La lanterne magique a été un instrument très courant, dont les anciens artistes de la Perse utilisaient, pour réaliser leur théâtre des ombres. Il s’agissait, selon les encyclopédies, d’une lanterne ronde avec une bougie allumée à l’intérieur. Tout autour de la lanterne, on créait des images faites de papier. On faisait rouler la lanterne et des silhouettes étaient projetées sur une toile ou sur une muraille blanche, à l'aide de la source lumineuse provenant de l’intérieur. Il existait, aussi, en Iran ancien, une autre forme du théâtre des ombres. Ce spectacle se jouait à l’intérieur d’une tente et avec des marionnettes faites de cuir. On allumait un feu, au centre de la tente et le public se plaisait à regarder le jeu d’ombres et de lumières apparu sur les murs de la tente qui faisait office d’écran.

Le plus courant de ces spectacles, qui, malgré une simplicité étonnante, restent attractifs et saisissants, s’appelle «Kheymeh-shab Bâzi» et qui était souvent exécuté par des acteurs ambulants. Les éléments essentiels de ce spectacle sont : «kheymeh» ou tente, des marionnettes à fils, «Kamancheh» (un instrument de musique à corde) et «Tombak», une sorte de tambour à l’iranienne. Les personnages principaux de «Kheymeh-shab Bâzi» sont «Mobârak», «Yâqout», «Almâs», «Pahlevân-kachal» ou l’athlète chauve, «Pahlevan-panbeh» ou le fanfaron, «Arous» ou la nouvelle mariée et «Sultan Salim». D’autres personnages pourraient être ajoutés au jeu, si l’histoire l’exige, histoire, qui est souvent populaire et qui raconte les joyeux événements de la vie quotidienne des gens. La plupart du temps, le narrateur du spectacle joue, aussi, de l’un des instruments de musique, et adresse des répliques comiques, aux personnages. Ce spectacle badin et divertissant a toujours ses amateurs, parmi les gens, surtout, les enfants.

Avec toutes ses particularités et son ancienneté, le spectacle de marionnettes, en Iran, se réserve un festival spécial et indépendant, dont 14 éditions ont eu lieu, jusqu’à aujourd’hui. Le premier festival du spectacle des marionnettes a eu lieu, il y a 24 ans. Le festival avait lieu, annuellement, jusqu’à 5 tours, et puis, et jusqu’à nos jours, on a eu un festival, tous les deux ans. Le festival de spectacles de marionnettes de l’Iran a été, dès son commencement, l’hôte des groupes étrangers, donnant ainsi lieu à une compétition entre les artistes iraniens et non iraniens. Le 14ème «Festival international de spectacle de marionnettes de Téhéran-Mobarak» a eu lieu, du 30 juin au 5 juillet 2012, en mémoire du défunt artiste iranien, Davad Zolfaqari. Cette année, le festival s’est adapté à différents genres théâtraux et à différentes catégories incluant la performance scénique et en plein air, le secteur universitaire, la catégorie enfants et adolescents, une exposition et un atelier de spectacle. Des groupes de théâtre venus d’Allemagne, d’Italie, de la Biélorussie, de la Corée du Sud, de l’Inde, de l’Afghanistan, de la Turquie et de la Géorgie, ont participé au festival. Des expositions et ateliers de spectacles ont eu lieu, en plus de Téhéran, dans 5 autres villes du pays, faisant le bonheur d’un grand nombre d’amateurs.

L’opéra marionnette «Hafez» de Behrouz Gharibpour a été l’un des spectacles majeurs à avoir été monté sur une scène, au cours de ce 14ème festival, et qui a su connaître un accueil presque, sans précédent, du public, des amateurs et des critiques d’art. Le spectacle raconte une étape particulière de la vie de Hafiz, grand poète et mystique iranien du 14ème siècle (ère chrétienne). Ce projet est le 5ème spectacle du genre réalisé par Behrouz Gharibpour et son groupe. La très belle musique du spectacle a été enregistrée, en Bulgarie, avec 17 chanteurs principaux.

Un autre spectacle à être longuement applaudi, au cours du festival, s’appelait «Shâh-e âlamtâb, kanizak-e bitâb, sonât-e mahtâb» qui veut dire, en français «Le roi Soleil, la petite servante impatiente et la sonate du clair de lune». Son metteur en scène, Rassoul Najafian dit de son œuvre qu’il s’agit d’un spectacle inspiré du théâtre comique iranien «Takht-e howzi» adapté au spectacle de marionnettes. Le spectacle raconte, d’un langage tendre et amoureux, une histoire retirée du Mathnawi de Roumi, sur le passage de l’amour irréel, à l’amour réel. Toujours, selon cet acteur, comédien et metteur en scène iranien, les spectacles traditionnels et rituels, riches d’une ancienneté de quelques milliers d’années, ont toujours été une partie inespérable de la vie des Iraniens, et si l’on est témoin, aujourd’hui, de la présence brillante des groupes de théâtre de marionnettes iraniens aux festivals internationaux, nous devons, dans une large mesure, cette réussite, à cette riche et vielle histoire.

«La riche et très enrichissante culture iranienne a toujours su se manifester, de la plus belle manière, dans les spectacles et  rites traditionnels des Perses, et grâce  aux efforts persévérants des amateurs et des professionnels du théâtre, en Iran, ces traditions ont été, heureusement, sauvegardées, et retransmises, de génération en génération, jusqu’à nos jours, ajoute Rassoul Najafian, qui considère, d’ailleurs, le Festival international du spectacle de marionnettes de Téhéran, comme une vitrine parfaite et propice à présenter les potentialités des protagonistes de cet art, au monde entier.

 

 

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