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mardi, 23 juin 2015 02:40

Un conte de Kelila et Dimna : le fieffé renard

Un conte de Kelila et Dimna : le fieffé renard

Il était une fois dans une forêt, un fieffé renard qui vivait avec un lion. Le sieur renard est connu dans le monde animal comme champion de la ruse et de la duperie, mais il est aussi célèbre pour son extrême paresse. N’ayant aucun engouement pour les exercices physiques, il se contentait des restes du lion que ce dernier daignait lui céder royalement ; et après avoir rempli sa panse, il sentait ses paupières s’alourdir,  il s’allongeait donc nonchalamment sous l’ombre d’un arbre, s’étiraient longuement et s’endormait. Les jours passaient ainsi pour le renard, qui ne demandait rien de plus, tout heureux qu’il était dans le ronronnement quotidien. Mais, comme il y a toujours un mais, les choses ne se sont pas tournées  en rond comme le souhaitait le sieur renard et un beau jour le lion tomba malade. Il devint si faible qu’il ne pouvait même plus se tenir sur ses pattes. Quant au renard, il était très inquiet ; il était plutôt inquiet pour lui-même, car paresseux qu’il était, il ne pouvait ni chasser ni supporter la faim.

Le pauvre lion restait tout le jour allongé, il ne cessait de geindre de douleur et se lamenter. Le renard qui perdait peu à peu la patience, ne put se retenir et lui demanda à la fin : Son Excellence le lion ! n’y a-t-il aucun remède à votre maladie ? Puisque je meure de faim ! mais il eut la prudence de garder cette partie de sa phrase pour soi-même. Le lion qui gémissait de douleur, et ne pouvait même parler, fit un grand effort et répondit enfin : Je ne sais pas ! Il paraît que la viande et la cervelle de l’âne en soient le remède et fortifient le corps. Si seulement je pouvais chasser un âne et manger sa viande. Le renard réfléchit un instant et se dit : si je pouvais chasser pour une fois un âne, le lion reprendrait ses forces, ce serait beaucoup mieux de mourir de la faim. Lorsque le lion sera guéri, je pourrai moi aussi reprendre ma vie normale. Il se tourna donc vers le lion et dit : C’est très facile sire ! j’ai constaté plusieurs fois un âne qui se rendait près de la source pour s’abreuver et se reposer. Je le conduirais ici. Le sieur renard fit passer la parole à l’acte et prit le chemin de la source. Une source d’eau limpide et fraîche qui abreuvait tous les animaux de la forêt. Le renard regarda bien autour de la source, mais il n’y avait nulle trace de l’âne ; il attendit un moment en vain ; très déçu, il voulut enfin rentrer chez le lion, lorsqu’il aperçut l’âne surgir derrière un arbre. Le renard ne put s’empêcher  de glousser de joie, et s’empressa de rejoindre l’âne. Il le salua et lui dit : cher âne, comme tu sembles bien harassé. Il s’est passé quelque chose ? L’âne fit un long hi han et répondit : pourquoi ne dois-je pas être épuisé ? j’ai tant travaillé, j’ai tant transporté de charge que je vais tomber de fatigue. Mon maître est si impitoyable qu’il me fait travailler plus que ma force. J’en ai assez de lui ; je me suis rendu ici pour me rafraîchir et me reposer un instant, à l’ombre de cet arbre. Le renard fronça les sourcils et dit : si ton maître te fait tant de mal, pourquoi tu ne t’enfuis donc pas ? L’âne hocha la tête désespérément et murmura : Où puis-je aller ? Là où je me rends, le ciel sera de même couleur pour les ânes. Ce sera un autre maître qui nous chargera ; tous les hommes se ressemblent.

Le renard prit son air sage, il prit son ton persuasif : à chaque problème, sa solution. Quant à toi, la solution à ton problème est de venir chez nous et y vivre en paix. Je te conduirais là où personne ne te maltraitera jamais. Là où tu pourras te reposer, manger et dormir tant que tu voudras. Pourquoi sacrifier ta jeunesse et ta vie au pied de ces hommes ingrats ? Tu sais lorsque tu seras vieux et que tu ne pourras plus travailler, ils t’abandonneront à ton sort jusqu’à ce que tu meures. Viens, viens je t’emmènerai là où tu n’as même pas vu dans tes rêves. Là où il n’y a nulle trace des hommes, du travail et des charges. Viens cher âne !

Le pauvre âne qui avait travaillé depuis son enfance, et qui n’avait pas vécu comme il l’aurait voulu, fut très tenté. Il s’imagina dans un endroit aussi beau que le paradis, où l’eau limpide coulait en abondance, où les herbes vertes tapissaient la terre, où le sol était si doux qu’il lui servait de litière. Pour un instant il oublia son maître et dit au renard : très bien, je te suis, j’en ai assez de cette vie, qu’advient ce qu’il adviendra ! Quant au sieur renard, il sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Ils se mirent en route ; alors que l’âne pensait au paradis qui l’attendait, le renard le voyait déjà dans l’estomac du lion. Après un bout de chemin, les deux compagnons arrivèrent devant le lion ; un lion tout affamé qui, en voyant l’âne s’approcher de ses propres pieds vers le piège, ouvrit sa gueule et rugit de toute sa force. Il prit son élan et sauta au cou de sa proie ; il blessa l’âne au cou ; paniqué, le pauvre âne qui ne s’attendait pas un tel accueil de la part d’une créature si effrayant, et qui sentait déjà les griffes du lion dans sa chair, commença à courir sans demander le reste. Furieux le renard qui voyait son plan si savamment concocté, tombé à l’eau, cria : Excellence pourquoi avez-vous laissé échapper l’âne ? Pourquoi vous ne l’avez pas pu tuer ? Si vous êtes si faible, que dois-je dire moi ; hélas, il n’y a plus d’intérêt de rester à vos côtés ; vous avez perdu si facilement une si belle proie !

Le lion qui se sentait tout penaud, répliqua : il fait quelques jours que je n’ai pas chassé, je me sens aussi faible qu’un enfant ; si tu me le ramènes, je te promets que cette fois-ci, je ne le laisserai pas s’échapper. Tu peux manger sa chair quant à moi je me contenterai de sa cervelle et de ses oreilles. Le renard accepta la proposition du lion ; il retourna près de la source se demandant toutefois s’il parviendra à rouler encore une fois l’âne. Mais il n’avait pas d’autre choix. Le renard retrouva enfin l’âne qui broutait un peu plus loin ; dès que l’âne vit le rusé renard, il se mit à braire avec fureur : c’était ça ton paradis ; c’était pire que l’enfer ; au moins mon maître, quoiqu’impitoyable, n’en veut pas à ma vie. Le pauvre âne saignait et respirait avec difficulté. Or, le renard haussa les épaules et dit nonchalamment comme si de rien ne s’était passé : bah ! si le lion a sauté sur toi, c’était pour montrer sa joie et sa grande sympathie envers les ânes. Il a couru vers toi pour te prendre entre ses bras. Crois-moi, il n’avait aucune mauvaise intention. Il se veut pour t’avoir blessé ; il s’est réfugié dans un coin et pleure à chaude larme ; ne le laisse pas se morfondre dans son coin ; viens le consoler. Le pauvre âne qui était très simple en plus, crut le rusé renard, et il le suivit jusqu’à l’antre du lion ; ce dernier courut encore une fois vers lui ; l’âne qui croyait que le lion se ruait vers lui pour montrer son affabilité, ne bougea pas ; mais cette fois-ci le lion le terrassa d’un coup de patte, et le tua. Le lion qui était très essoufflé, dit au renard : reste ici, montre la garde, je vais me rafraîchir ; on dit qu’il faut manger la cervelle et les oreilles de l’âne avec des  mains tout propres pour que la maladie soit guérie. Le renard qui ne pouvait plus attendre même une seconde, se jeta sur la proie et commença à manger goulument ; il se fit un véritable régale de la chair du pauvre âne de sorte qu’il n’épargna même pas la cervelle et les oreilles de l’animal. Une fois rassasié, il s’allongea à l’ombre d’un arbre, pour digérer tranquillement son repas.

Le lion qui s’était lavé, revint avec empressement vers ce qui restait de l’âne ; il constata avec ahurissement qu’il ne restait rien de l’âne ; il rugit : mais où sont donc la cervelle et les oreilles de l’âne ? le renard s’étira longuement, bailla et dit avec flegme : cher lion ! si ce pauvre âne avait la moindre cervelle dans la tête et des oreilles, il ne serait pas laissé dupé une nouvelle fois par mes paroles et il ne serait pas revenu ici ! Devant un tel argument, le lion resta sans voix ! En fait qu’aurait-il pu dire ?

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