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jeudi, 28 août 2014 07:40

Un conte du Golestân de Saadi (audio)

Nous vous proposons  une autre anecdote tirée du thesaurus de la littérature persane ; cette fois-ci, nous voyagerons, dans l’espace et le temps, avec une anecdote du Golestân, ce monument majestueux de Saadi de Chiraz, pour  vivre  une autre histoire que le grand poète nous relate, dans son beau et chaleureux langage. Il s’agit en l’occurrence,  du récit «du roi bienfaiteur et du mendiant».

Il est relaté que, dans les temps anciens, vivait un émir juste, magnanime avec les nécessiteux ; là où il rencontrait un pauvre, il lui offrait une bourse pleine de pièces d’argent et essayait de le rendre heureux. Un beau jour de Dieu, le roi s’éveilla très content, il se sentait en pleine forme ; il ouvrit tout grand la fenêtre et il commença à chanter à tue-tête :

Dans ce monde, il n’y a aucun instant aussi heureux que celui-là
Puisque la mauvaise ou la bonne conduite de quiconque ne nous afflige

 

Or, juste, sous la fenêtre royale, dormait, dans le froid, un derviche ; le chant joyeux du roi l’éveilla, en sursaut ; il leva la tête et vit le roi qui chantait devant la fenêtre ; il écouta la joyeuse chanson du roi. Dès que le roi se tut, le derviche commença à chanter :

Ô celui dont la fortune n’a pas d’égale, dans ce monde
Supposons que rien ne t’afflige, et nous, rien ne nous afflige pas ?

 

Le roi apprécia beaucoup cette réponse ; il voulut récompenser le derviche, en lançant, par la fenêtre, une bourse pleine de pièces. Il lui dit : « Ô derviche étend ton manteau, pour recevoir cette bourse». Le derviche, en éclatant de rire, rétorqua : «Où trouverais-je un manteau, moi qui n’ai rien !» Le roi eut pitié du derviche. Il ordonna qu’on lui donne un manteau précieux avec la bourse. Le derviche prit la bourse et le manteau. Il était si heureux, qu’il ne savait pas quoi faire ; il se mit à courir. Il décida de s’établir, dans une grande maison, et  de vivre royalement. L’argent coulait à flot, dans ses mains, et les mille dinars furent dépensés, rapidement ; notre derviche se retrouva, une fois de plus, dans la rue, aussi pauvre que job. Il se sentait plus malheureux que dans le passé, le cœur gros de chagrin il se rendit, sous la fenêtre du roi ; il espérait que le roi lui offrirait encore de l’argent.

Le derviche raconta à l’un des gardiens du palais son histoire, il lui demanda de parler de lui au roi : «Dis-lui que ce même derviche que tu avais tant apprécié, auquel tu avais fait don de mille dinars et d’un riche manteau, est revenu, il est de nouveau pauvre !»

Or, le roi s’était levé, ce matin, de très mauvaise humeur, il ne pouvait tolérer la moindre plainte. Le gardien se rendit chez le roi et lui raconta tout ce que le derviche lui avait dit. Furieux, le roi ordonna qu’on expulse le derviche, car il ne méritait pas qu’on l’aide. Le gardien retrouva le derviche et lui dit comment sa requête avait suscité la colère du roi. «Il ne faut pas aider ce derviche», a dit le roi. Surpris ce dernier dit : «Pourquoi ? Quelle est donc ma faute ? Pourquoi le roi me rejette ? Je suis le même derviche qui dormait sous la fenêtre du roi». Le derviche commença à chanter ; il se pourrait que le roi l’entende et qu’il vienne, auprès de la fenêtre. Ce fut justement ce qui se passa ; la ruse du derviche porta ses fruits et le roi se rendit, auprès de la fenêtre. Il tonna : «Qu’on jette en prison ce mendiant effronté, qui a gaspillé, en peu de temps, tant d’argent. Le trésor public appartient aux gens pauvres, non pas à des personnes aussi maléfiques».

Un des vizirs du roi, qui était au courant de l’histoire du derviche et du don généreux du roi, dit : « Ô roi, le juste ! J’ai une proposition : ne serait-ce pas mieux d’accorder à des personnes, comme ce derviche, une pension, afin qu’elles ne gaspillent pas leur argent. Il n’est pas digne de vous de rendre heureux quelqu’un, en lui donnant de l’espoir, et de le plonger dans le désespoir,  quelque temps plus tard».

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