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samedi, 14 décembre 2013 04:56

Conte persan : La carte au trésor

Nous allons vivre avec le chantre de la poésie mystique persane un moment de spiritualité, avec une anecdote tirée de son monument majestueux, le Grand Masnavi. C’est l’histoire d’un jeune homme à la recherche du trésor, que Molana Jalal al-Din va nous relater avec la verve qui caractérise  son beau et chaleureux langage.

Il était une fois, dans des temps anciens, un jeune homme pauvre, comme Job, mais aussi, très paresseux. Les jours passaient les uns après les autres, sans que le jeune fainéant bouge même le petit doigt pour subvenir à ses besoins. Il restait chez lui à prier, jour et nuit, le Seigneur, Le sollicitant de lui accorder  une grande fortune qui le dispenserait, ainsi, de travailler. Les jours devenaient des semaines, les semaines, des mois, et les mois, des années, sans que le moindre sou tombe du ciel pour le jeune homme. Lorsque la faim le tenaillait, il sortait de chez lui pour mendier un peu de nourriture et de l’eau. Mais un jour, plutôt, une nuit, un événement extraordinaire se produisit. Ce soir-là,  comme les autres, où le jeune homme s’était endormi, à force de prier Dieu de lui donner une grosse fortune, il fit un rêve étrange. Il vit un vieil homme qui lui dit : « Ô jeune fainéant, je te donnerai l’adresse d’un trésor, mais tu dois bouger un peu et travailler pour obtenir ce trésor fabuleux. » Le jeune homme s’exclama : « Quel trésor ? » Le vieil homme lui expliqua : « Tu dois te rendre à  la boutique de ton voisin et y chercher parmi ses vieux papiers, un parchemin, qui est, en fait, une carte au trésor. Tout est inscrit sur ce parchemin qui te conduira au trésor. Sache que ce trésor t’appartiendra et que personne ne pourra en profiter, sauf toi. Néanmoins, il te faudra travailler en secret, afin que personne n’en sache rien. Lorsque tu trouveras le parchemin, retire-toi dans un endroit isolé et n’associe personne au trésor. » Le vieil homme parla ainsi et disparut.

 Lorsque le jeune homme se réveilla et se souvint de son rêve si étrange, il sauta du lit avec joie et se rendit, sans perdre un instant, à la boutique de son voisin. Il trouva un prétexte pour fouiller dans ses papiers et il put ainsi mettre la main sur le parchemin qu’il cacha sous sa tunique. Il s’empressa de quitter la ville, pour lire tranquillement le parchemin. Les instructions de la  carte au trésor étaient bien claires : « Tu trouveras hors de la ville une ancienne citadelle en ruines, derrière laquelle, se trouve un socle. Tu dois t’y rendre ; tu t’y tiendras, face à  la Qibla ; tu prendras un arc, y ajusteras une flèche que tu tireras ; là où la flèche tombera, tu creuseras la terre et y trouvera un trésor. Pour avoir davantage de trésor, tu n’auras qu’à lancer plus de flèches ! »

Notre jeune homme suivit à la lettre les instructions de la carte au trésor. Il lança une flèche et courut avec joie vers le point où la flèche avait atterri. Il commença à creuser la terre, mais plus il creusait, moins il trouvait de trésor. Il se dit : « Il se pourrait que je me sois trompé ; je ferais mieux de lancer une autre flèche. » Il joignit la parole à l’acte, mais, cette fois-ci, aussi, le résultat fut décevant. Pourtant, il ne se désespéra pas. Il revint le lendemain et les jours suivants. Les allées et venues continues du jeune homme éveillèrent les soupçons des gens. On le  surveilla et on comprit qu’il détenait une carte au trésor. La nouvelle ne fit qu’un seul tour dans la ville et le sultan en fut informée. Il ordonna d’arrêter le jeune homme et de le conduire devant lui. Le sultan  l’interpella : « On m’a rapporté que tu détiens une carte au trésor. Le parchemin et tout ce que tu as trouvé en or et en bijoux m’appartient. Tu dois me les donner pour que je te laisse libre. » Tout effrayé, le jeune fainéant raconta tout, remit la carte au trésor au roi et jura qu’il n’avait trouvé, jusqu’ici, la moindre pièce. Le sultan ne le crut le moins du monde. Il donna l’ordre de fouiller sa maison. Les gardes du sultan fouillèrent de fond en comble la maison, mais ils n’y trouvèrent rien et rentrèrent bredouille. Le sultan n’eut d’autre choix que de libérer le jeune homme, mais il garda la carte au trésor. Il ordonna qu’on lui apporte son meilleur arc et il se rendit avec sa cour à la citadelle. Il tira une flèche ; on creusa  la terre, mais sans rien y trouver. Bref, le sultan cupide fouilla, pendant six mois, toute la région, qui était, maintenant, jalonnée de creux grands et petits trous, à tel point qu’on n’y pouvait mettre le pied sans tomber dans un trou. Tout penaud, le sultan ordonna de combler les trous. Il convoqua, encore, une fois, le jeune homme et en lui jetant son parchemin à la tête, il tonna : « Tiens, prends ton maudit parchemin. Tu m’as fait perdre six mois de mon précieux temps. » Le jeune homme répliqua : « Sire, je vous avais dit que cette carte au trésor était sans valeur et qu’elle m’avait aussi trompé. »

Exaspéré, le sultan lui cria : « Prends ta carte et sors d’ici.  Si tu trouves un trésor, il sera à toi ; je n’en veux plus. Mais si tu ne découvres pas de trésor, pense à en trouver un autre, un trésor que tu obtiendras en travaillant. » Le jeune homme prit son parchemin et rentra chez lui. Il décida de tenter encore une fois sa chance. Le lendemain, il se rendit à la citadelle et lança quelques flèches, mais il rentra tout bredouille à la maison. La nuit, il pria Dieu : « Ô Seigneur, pardonne-moi, pardonne ma cupidité, je T’ai demandé d’avoir une fortune sans peine, je m’en repens ; accepte mon repentir et pardonne-moi. Je ne formulerai plus d’aussi vaines demandes. » Les jours et les nuits s’écoulèrent ainsi, jusqu’à une nuit où le jeune revit encore une fois le vieil homme en rêve. Le vieux sage lui expliqua pourquoi il n’avait pas pu trouver  le trésor. « Tu n’as pas bien compris les instructions de la carte au trésor. On t’avait seulement demandé d’ajuster la flèche sur l’arc et d’attendre. Qui t’avais dit de tirer avec l’arc ? Tu étais si pressé d’avoir le trésor que tu n’as pas lu attentivement le parchemin. Tu ne devais pas tirer avec l’arc, il fallait seulement y mettre la flèche et attendre que la flèche tombe à terre. Là où la flèche tombe, là se trouve le trésor. »

Le jeune homme se réveilla, relit avec plus d’attention la carte et ses instructions. Il se rendit compte que le vieux sage avait raison. On n’y avait nullement fait allusion au tir. Le lendemain, il prit le chemin de la citadelle, il mit une flèche dans l’arc ; la flèche tomba sous ses pieds ; il creusa la terre et y découvrit un trésor fabuleux.

Arrivé à ce point du récit, le narrateur intervient et rappelle au lecteur que le vrai trésor est enfoui chez chacun de nous, dans notre for intérieur. Il ne faut pas le chercher chez les autres ou dans d’autres endroits. La flèche tombée au pied du jeune homme est la parabole de son for intérieur qu’il doit sonder, pour en tirer les richesses qui y sont mises en dépôt.

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