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samedi, 16 mai 2015 05:53

La turquoise dans la poussière...

La turquoise dans la poussière...

Le lundi soir, 11 mai, la poésie contemporaine persane a perdu une de ses figures saillantes, Mohammad Ali Sepanlou. Un court exposé  pour mieux connaître celui qui s’appelait le poète de Téhéran.

 

Près de la source, lorsque j’ai lâché mon cheval

J’ai attaché mon arc à une branche

J’ai appuyé la plume et le livre à un cyprès

Près de la source, lorsque j’ai vidé la coupe de mon récit

Pour la remplir de nouveau de l’eau

(De ce fil de lumière qui était une rivière dans le lointain)

J’ai cru qu’il y avait d’autres vivants

Que nous

 

A la suite des étrangers de l’eau, j’ai troublé ses images

Dès que les vagues s’apaisèrent

J’ai compris qu’il n’y avait rien dans les yeux

Que l’arc-en-ciel et le cyprès…

 

Né le 20 novembre 1940 à Téhéran, Mohammad Ali Sepanlou a fermé les yeux le lundi 11 mai 2015  sur ce monde qu’il célébrait avec passion. Sepanlou a fait ses études à Téhéran. Avant même d’obtenir son bac du lycée Dar-ol-Fonun, il faisait publier ses poèmes dans les revues culturelles. Après avoir obtenu son diplôme,  il fit ses études en droit à l’Université de Téhéran et en 1963, il eut sa licence. Ce fut en cette même année qu’il fit paraître son premier recueil de poèmes et sa première traduction en persan d’une œuvre française. Homme de lettres Sepanlou ne fut jamais un avocat et il se consacra entièrement à la littérature, aux recherches et à l’enseignement. Le fruit de sa carrière littéraire fut une trentaine de livres, des poèmes et des nouvelles, des traductions et des recherches dans la littérature persane notamment le roman. Le cinéma figure aussi dans sa carrière, il a joué dans trois films et écrit des scénarios.

Les recueils de poèmes de Sepanlou sont : Ah…le désert ; La terre ; Les averses ; Les trottoirs ; Le Sind Bad absent ; L’assaut ; Je prends le pouls de ma patrie ; La turquoise dans la poussière ; La dame du temps ; L’heure de l’espoir ; L’exil dans la patrie ; Rues, déserts et navigation à Téhéran.

Sepanlou était également un grand traducteur et a fait de vastes études dans la littérature persane. Sur ce registre, il est auteur de nombreux ouvrages ; en l’occurrence Dans l’environnement de la littérature et de la vie ; Les écrivains pionniers d’Iran ; Le poète de la chanson nationale ; Les perspectives de la poésie contemporaine d’Iran ; Le vestibule et l’escalier.

Pour les critiques littéraires, le discours de Sepanlou, ses images et ses métaphores, sur fond de la combinaison du mythe et de l’histoire avec la réalité a son propre style. Le discours poétique de Sepanlou est vivant et conforme aux changements du quotidien. Il est conscient des vérités sociales et politiques de la société. Pour le poète contemporain Seyyed Ali Salehi : Sepanlou était conscient des réalités de la société ; la rébellion de son âme se cristallisait dans ses poèmes, formant son discours qui avait son propre style. Dans ce sens, il se trouvait juste aux antipodes de Sohrab Sepehri ; l’homme sépéhrien est fragile, doux et simple tandis que l’homme de Sepanlou est résistant, sage et fougueux. »

 

Sepanlou est le poète d’association d’idées. Le poète contemporain Manouchehr Atashi : un tel esprit devrait avoir une vaste culture et différentes perspectives pour que chaque coup affectif lui ouvre une nouvelle fenêtre ; et Sepanlou avait un tel esprit. »

Sepanlou a beaucoup travaillé sur la composition de long poème relatant une histoire et sur la création des espaces urbains. Il a su insuffler une mentalité orientale ancienne à la poésie moderne. Revivifier les mythes, les légendes et les personnalités historiques dans le cadre de poèmes nouveaux est un des traits saillants de la poésie de Sepanlou.

 

Il faut que je me mette en route

Sans le vieux bâton des légendes, sans le bagage de mes souvenirs

A pied ou monté sur calèche, un cheval, une roue

Suivre la trace de la charrette ancienne…

Il faut que je me mette en route

Il faut que je me perde dans la profondeur de mon pays

 

Sepanlou a réussi à continuer la poésie nimaienne avec pondération et ses propres initiatives, tout en restant à l’écart de vulgarisme. Sepanlou a su éviter les clichés grâce à des expressions nouvelles et de percer les vérités sociales et politiques de la communauté citadine. Il passe à la loupe le monde industriel de l’ère contemporaine, qui s’enfonce dans le machinisme, mettant sa justesse en cause ; il dénonce la dépravation, l’égocentrisme, les machinations, les perfidies…

A l’instar de nombreux de ses collègues, il salue l’Orient et attend la parousie du Salvateur :

 

Ici les pulsations de mon pouls chantent

La chère mélodie de tes pas

Au printemps du cadeau des cœurs

Je jette à tes pieds la pulsation de l’épanouissement

O mon âme, je ne cherche plus à triompher

Entre ta main et le mien, c’est la main du temps qui s’écoule

L’occasion de la rencontre à une autre occasion

Dans l’ambiance d’un autre soleil, un autre peuple

 

Sepanlou traite de nombreux thèmes dans sa poésie ; en l’occurrence la tristesse et la nostalgie du pays y occupent  une place de choix. La nostalgie qu’il éprouve envers la vie sociale et politique ne concerne pas uniquement son pays natal mais embrasse le monde entier. Cette nostalgie se remarque à travers les allées et les ruelles du sud de Téhéran pour passer ensuite à Persépolis, à Athènes, au Yémen, en Algérie et à la mosquée d’Al-Aqsa. La poésie de Sepanlou est intemporelle et son discours épique et mythique. L’histoire jalonnée de vicissitudes d’Iran est un des thèmes préférés de Sepanlou ; ce qu’il traite surtout dans son poème La terre.

Les trottoirs est un autre recueil de poèmes de Sepanlou où l’auteur, à travers des  manifestations naturelles et historiques, a su préserver ses liens avec ses sentiments, les rues et les ruelles, le parfum de la nature et l’histoire.

Sepanlou jouit d’une vaste culture, ce qui est perceptible dans ses œuvres. L’esprit à la fois strict et sensible de Sepanlou saisit tout ce qui se passe dans son environnement. Dans son esprit créatif, tous les états d’âme et les objets se manifestent sous une différente forme. Le long poème Les trottoirs est un dialogue sur les trottoirs d’une ville dans le monde, cette ville pourrait se trouvait partout dans le monde.

 

Au terme de mes voyages effectués sans toi

Après le passage du vent des fenêtres du silence

Il est le temps que tu mettes tes chaussures

De traverser à pied les rues

- indifférent au bruit de la glace –

Et de regarder les visages dans le cadre de la brume

L’arbre de la brume, au carrefour de la brume, est vert

Quelques cafés

Et le parfum de limonade…

 

Sepanlou est le poète de l’Histoire ; des noms familiers et étrangers ponctuent ses poèmes afin que le lecteur parvienne à des vérités. Il regarde à travers les différents angles sociaux la vie, l’histoire et la nature. Il a la ferme conviction que le poète n’est pas seulement un témoin de la vie et son descripteur ; il est dans le contexte même des événements.

Toutes les manifestations de la vie même qu’elles n’aient pas des aspects poétiques sont évoquées dans la poésie de Sepanlou. Il est bien conscient de son époque. Le discours brillant de Sepanlou l’a fait distinguer de ses contemporains ; par ce discours, il a pu décrire les pans les plus sombres de son tréfonds et peindre les plus grands événements de l’histoire…

 

 

 

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