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jeudi, 25 septembre 2014 06:10

La littérature de la Défense sacrée (2)

La littérature de la défense sacrée

 Arefeh Hejazi

 La littérature de la Défense sacrée de la deuxième période : l’après-guerre

 

Dans cette littérature nouvelle, datant de la fin de la guerre en 1988, de nouvelles caractéristiques apparaissent, alors que d’autres, telles que l’exhortation au combat, disparaissent. On peut notamment citer :

- L’expression d’une peur quant à la disparition de l’héritage et des valeurs du front, le mécontentement et le désarroi face à l’apparition des planqués et des opportunistes : cette peur et ce désarroi sont en particulier à noter dans la littérature des premières années d’après-guerre.

 

- L’exhortation aux anciens combattants à la préservation des valeurs défendues durant la guerre et l’esprit de résistance. Ce sujet a surtout été débattu dans le cadre littéraire et romanesque.

 

- Le refus de l’injustice et de l’oubli des martyrs, des anciens combattants et de la perte des valeurs : ces ouvrages sont en particulier des complaintes, exprimées dans des formes narratives et poétiques très littéraires et ont parfois un ton provocateur et mordant. Il y a également une forme notable de culpabilité dans ces œuvres. Cette culpabilité est surtout visible dans les premières années d’après-guerre où les auteurs, très souvent des anciens combattants, regrettaient leurs camarades.

 

- La nostalgie et la douleur de l’adieu à la guerre et au front.

 

- La critique : durant la première littérature de la Défense sacrée, les nécessités de la guerre demandaient une valorisation extrême de la guerre. La seconde vague de littérature de guerre revient avec l’idée de l’expression "réaliste" et de la réalité atroce de la guerre.

 

Les genres littéraires de la Défense sacrée

 

- Les poèmes de la Défense sacrée : on les voit apparaître dès les premiers jours de la guerre, sous forme de défis lancés aux ennemis ou chansonnettes épiques, dans les journaux et magazines. Ces poèmes sont souvent sans rimes avec un langage narratif. Ces poèmes sont peu littéraires, plutôt des chansons. Plus tard, cette première poésie de la Défense sacrée s’est fortement poétisée et a investi toutes les formes poétiques de la poésie persane. Actuellement, la forme du ghazal domine les autres formes dans la poésie de la Défense sacrée.

 

- La rédaction des mémoires de guerre : quantitativement parlant, la rédaction, la compilation et le rassemblement des mémoires de guerre ont pris de plus en plus d’ampleur depuis la fin de la guerre et se sont aussi approfondis. Ces mémoires sont rédigés par les anciens combattants, les journalistes, les hommes politiques, en un mot des hommes qui ont vécu la guerre. Durant l’après-guerre, l’organisation de "soirées-mémoires" a également contribué au développement de ce type d’écrits. Ces mémoires sont généralement appuyés de documents, photographies, lettres, cartes, objets, etc. Jusqu’en 2010, environ deux mille titres de mémoires de guerre avaient été publiés.

 

- Nouvelles et romans de guerre : la littérature romanesque est une branche importante de la littérature de guerre et souvent, dans le cas de la littérature de guerre iranienne, les auteurs sont des anciens combattants. Le premier titre romanesque de la littérature iranienne de la guerre Iran-Irak est la nouvelle Sarbâz (Le soldat), de Misâgh Amir Fajr, publiée le 3 octobre 1980, soit douze jours après le début de l’attaque irakienne.

 

- L’autofiction est aussi un genre où les auteurs de la littérature de la Défense sacrée se sont illustrés, notamment en raison de leur propre passé de combattants.

 

- Les testaments, les lettres et les écrits du front : Cet ensemble, au-delà de son importance historique, forme également la plus importante expression de la littérature de la Défense sacrée.

 

- Les slogans et les chansons : ces slogans et chansons sont souvent anonymes et représentent l’expression du peuple, des combattants, etc.

 

- Les épitaphes.

 

- Les tableaux muraux, les tags, etc. : souvent relevés d’humour, ces phrases courtes expriment avec peu de mots des situations très difficiles.

 

- Les bandeaux que les combattants nouent autour de leur tête et qui presque toujours, portent des inscriptions.

 

- Les récits de voyage des combattants.

 

- Les journaux de route, intéressants historiquement, militairement, mais aussi littérairement.

 

 

La prose littéraire de la Défense sacrée

 

La littérature de la Défense sacrée vit le jour dès le commencement des hostilités : la première nouvelle de la guerre fut publiée douze jours après l’attaque irakienne, et le premier roman de cette littérature publié moins d’un an après le début de la guerre sous le titre Khâneh-i bâ ’atr-e golhâ-ye sorkh (Une maison au parfum des roses). Cette même année, la publication d’ouvrages comme Shesh tâblo (Six tableaux) de ’Abdol-Hayy Shammâssi ou Morgh-e Amin (L’oiseau Amen) de Sirous Tâhbâz montrent déjà l’émulation en la matière. En une décennie, de 1981 à 1991, 1646 romans et nouvelles furent publiés par plus de 260 écrivains traitant de la Défense sacrée. Les sujets traités étaient généralement le martyre, l’héroïsme des combattants, l’impact de la guerre dans la vie de la population, les migrations, les destructions et ruines, les opérations militaires, etc. Durant les mêmes années, de célèbres romans comme Zamin-e soukhteh (Terre brûlée) d’Ahmad Mahmoud, Nakhl-hâye bi sar (Les dattiers décapités) de Ghâssemali Farâsat, ’Orouj (Elévation) et Râh-e kenâr-e (Le chemin de la côte) de Nâsser Irâni, Oghiânous-e sevvom (Le troisième océan) de Hassan Khâdem, Mohâdjer (L’immigrant) de Rezâ Râhgozar, Parastou (L’hirondelle) de Mahmoud Golâbdarrei, Bâzgasht az marg (Retour de la mort) de ’Abdol Jabbâr Assadi Howeyziân, Aftâb dar siâhi-e jang gom mishavad (Le soleil se perd dans l’obscurité de la guerre) d’Asghar ’Abdollâhi, Khâterât-e yek sarbâz (Mémoires d’un soldat) de Ghâzi Rabihâvi ou Esmâ’il Esmâ’il de Mahmoud Gholâbdarrei furent publiés, qui eurent un impact important sur le développement de ce genre littéraire.

Dans les récits des années de guerre, la décennie 1980, une vision idéalisée et glorieuse est nettement plus visible que dans les récits des années 90 où la réalité de la guerre est explorée dans de nouvelles perspectives, mettant à jour des dimensions ignorées jusqu’alors. Dans les années 80, une moindre attention est prêtée aux techniques narratives et littéraires et l’émotivité ; parfois le prosélytisme domine et la forme la plus utilisée demeure celle de la nouvelle, remplacée dans les années 90 et l’après-guerre par le roman.

 

Source : Revue de Téhéran, n°83 octobre 2012

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