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lundi, 22 septembre 2014 04:40

La littérature de la Défense sacrée (1)

La littérature de la Défense sacrée


Arefeh Hejazi

L’histoire de l’Iran montre que ce vieux pays a toujours été en proie à des agressions militaires incessantes, des invasions dont les traces sont perceptibles partout dans la culture iranienne. Etant donné la situation géographique de l’Iran, territoire au confluent de plusieurs mondes et souvent soumis à des attaques, il existe une très ancienne littérature de guerre, que l’expression "littérature de la résistance" pourrait mieux exprimer. Le plus important monument de littérature épique de l’Iran demeure le Shâh-Nâme ou Le livre des Rois de Ferdowsi, mais tout au long de l’histoire iranienne, de nombreux récits guerriers et épiques, valorisant la défense de la patrie ont vu le jour. Dans tous, militairement parlant, l’Iran est un pays menacé et agressé.

A partir du XIXe siècle, période qui marqua le début d’une décadence profonde de la société iranienne, la littérature de la "Défense" ou de la "Résistance" subit également cette déchéance généralisée. Les humiliantes défaites militaires et la perte de grands pans de territoires par l’Iran touchèrent durement cette littérature, qui n’avait plus de "héros" à illustrer. Seules quelques rares œuvres sont notables, comme les récits autour de la vie et de la mort de Reyss Ali Delvâri, qui combattit courageusement les Anglais dans le sud de l’Iran et fut tué en septembre 1915 ainsi que, de façon générale, des récits, des poèmes et des romans qui illustrent et parlent de la résistance iranienne face aux Anglais au sud du pays durant la Première Guerre mondiale.

 

La littérature de la "résistance" de 1925 à 1979

L’oppression régnante durant la période pahlavie conjuguée à l’arrivée des idées intellectuelles européennes en Iran ainsi que de l’idéologie marxiste et socialiste, provoqua la création d’une vague d’œuvres de "résistance" face à l’oppression étatique, œuvres marquées par le réalisme social et le naturalisme qui, sur un ton souvent épique mais sombre, décrivaient indirectement la condition désastreuse de la société iranienne de cette période. D’un autre côté, le courant religieux, également en conflit avec l’Etat pahlavi et son occidentalisation forcenée, contribua à la création d’une littérature de "résistance" trouvant son inspiration dans la religion et la culture iranienne islamique. La production en matière de littérature de "résistance" ou littérature engagée était de quatre types :

- La traduction d’œuvres littéraires épiques et héroïques, les littératures "résistantes" d’autres pays et civilisations, depuis les classiques œuvres épiques jusqu’aux ouvrages récents, reflets des bouleversements de la modernité. On traduisit également des ouvrages proprement militaires. Les plus appréciés de ces ouvrages furent ceux dédiés aux luttes anti-colonialistes en Amérique, en Afrique et en Asie.

- La reproduction et la réécriture en un langage moderne des œuvres de la littérature de guerre et de résistance iraniennes classiques épiques. Ces ouvrages mettent en scène les personnages héroïques de l’histoire iranienne, en particulier ceux ayant résisté à la tyrannie royale ou à un envahisseur étranger tels que Mazdak, Bâbak, Abou Moslem, etc. Ces ouvrages avaient une forte coloration nationaliste et étaient moins sous l’influence des courants littéraires modernes.

 -La poésie et les ouvrages poétiques au ton mystérieux et symbolique, généré par la censure politique, mettant parfois en scène l’utopie du bonheur vécu dans d’autres pays, notamment l’utopie du "paradis socialiste". Ce courant littéraire prit une ampleur sans précédent après le coup d’Etat américain de 1953, qui provoqua une forte haine anti-américaine en Iran et par conséquent, le rejet des valeurs "capitalistes" et occidentales. Ce rejet joua en faveur du système socialiste qu’une importante frange d’écrivains et d’intellectuels iraniens plébiscita désormais.

- Malgré le fort impact de la littérature de "résistance" de gauche, le courant religieux-national fut également très actif dans le domaine littéraire, notamment avec des auteurs et poètes tels que Mohammad Rezâ Hakimi, Moussavi Garmâroudi, Javâd Mohaddessi, M. Azarm et surtout le plus important d’entre eux, qui eut un rôle incontournable dans la préparation "culturelle" de la Révolution islamique : Ali Shariati.

Avec l’apparition de la notion de "peuple" dans un sens révolutionnaire et moderne, une littérature de la" résistance" populaire prit forme durant la Révolution. Les slogans, les chansons révolutionnaires, les tracts, les messages muraux, etc. tous appartiennent à cette littérature de la "résistance" populaire.

 

La littérature de la "Défense sacrée"

La guerre de l’Irak contre l’Iran, qui dura huit longues années (1980-1988) fut à l’origine d’un foisonnement littéraire extraordinaire et de la naissance d’une littérature de guerre, nommée en Iran la "littérature de la Défense sacrée" ou "littérature de la Résistance". Cette littérature comprend d’une part la mise à l’écrit des faits historiques, les rapports, les souvenirs, les incarnations populaires de la résistance (les chansons, les banderoles, les tags muraux, les slogans, etc.) et généralement, toute manifestation culturelle autour de la guerre et de la résistance, mais aussi la guerre vue dans le prisme de l’écriture littéraire. Dans cette optique, il y a deux littératures de la Défense sacrée :

- La littérature datant des huit années de guerre elles-mêmes. Les œuvres de cette période sont également à classer selon la période de la guerre dont elles datent.

- La littérature de guerre de l’après-guerre.

L’usage de l’expression "littérature de la Défense sacrée" à la place de littérature de guerre réduit les œuvres qui y sont éligibles à celles comprenant les caractéristiques essentielles de l’esprit iranien de la résistance durant la guerre, alliant à la nécessité de la défense patriotique la question du sacré, de la religion et de la culture islamique iranienne. Cette littérature est à ranger ensuite dans la grande catégorie d’une littérature de guerre mondiale ou plus exactement, d’une littérature "de la résistance face à l’occupant ou l’oppresseur".

La littérature de la Défense sacrée : première période (1980-1988)

Au niveau thématique, la littérature de la Défense sacrée de la première période (1980-1988) est très réaliste et répond aux nécessités d’un pays en guerre, au territoire occupé par l’ennemi. Les thèmes développés par cette littérature sont donc simplifiés, épurés pourrait-on dire. Ces thèmes sont notamment les suivants :

- L’encouragement et l’invitation du corps social à la participation à la défense, la résistance, la patience et la lutte sur tous les plans contre les envahisseurs.

- L’éloge des combattants.

- L’exhortation à l’unité, la solidarité et refus de la dissension nationale.

- La glorification des martyrs et des héros tombés sur les champs de bataille, dans le cadre d’une mise en parallèle avec les personnalités sacrées de l’islam.

- L’usage incessant des symboles religieux, des versets coraniques et des paroles des saints.

- Le dédain envers l’esprit de classe et l’aristocratie, l’insistance sur l’égalité de la condition humaine, le rejet de l’indifférence et le refus de l’attachement à la vie terrestre.

- L’exhortation à l’imitation des personnages saints et héroïques de l’islam et leur présentation en tant que modèles à suivre.

- L’usage des figures mythiques et épiques de la culture iranienne, tels que les héros mythologiques du Shâh-Nâme.

- L’unification de la religion, du peuple et de la patrie : ces trois éléments forment la base de la littérature de la Défense sacrée iranienne. Durant la guerre, la première littérature de guerre, c’est surtout en poésie que l’alliance de ces trois éléments est le plus nettement soulignée.

- La glorification de l’Ayatollah Khomeiny, défunt architecte de la République islamique d’Iran, et exhortation à l’écouter. Dans les œuvres littéraires, il est présenté comme le Vieux mystique, celui qui montre la voie et qu’il faut suivre.

- L’espoir en l’avenir et la croyance en la victoire.

- La description de l’atmosphère religieuse et mystique qui régnait chez les combattants.

- La description réaliste et vivante de la guerre.

A suivre…

Source : Revue de Téhéran, n°83 octobre 2012

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