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samedi, 20 septembre 2014 02:28

"Je ne suis pas Jeannette" de Tolouei

Une approche critique: "Je ne suis pas Jeannette" de Tolouei

Samirâ Fâzel

Je ne suis pas Jeannette, un recueil de sept nouvelles de Mohammad Tolouei, a été publié par les Éditions Ofoq en 2011, en quatre-vingt-dix pages dans un tirage à deux mille exemplaires. Cette œuvre a remporté le 12e prix littéraire Golshiri, un des plus prestigieux prix littéraires iraniens. Cette œuvre se caractérise par la fluidité et le dynamisme de son écriture.  Le narrateur de chaque nouvelle a son propre ton. Dans ce livre, Tolouei se sert savamment des détails et mène à son terme les récits. En fait, c’est le dynamisme et la vitalité de chaque récit qui sont préservés constamment partout dans l’œuvre. Ces nouvelles sont des récits à la première personne. Le premier récit du livre s’appelle « Le papillon ». Il aborde des redites d’un artiste pauvre avec ses propres soucis. Il se focalise autour du personnage et son regard sur les événements romanesques. La langue et la prose homogène même les analepses et prolepses se voient délicatement dans toutes les lignes du récit.

« Darius mouillé » est le deuxième récit avec un substrat profond qui implique violemment le lecteur dans les circonstances. Le troisième récit  « Le demi-ténor Mohsen  » est  une histoire de complot avec un dénouement incertain. Le point fort de l’histoire réside dans les complots menés contre les personnages. L’excès est courant dans ce récit. La narration est bien faite et comprend beaucoup de haut et de bas. « L’anniversaire de Rézâ Deldâr-e Nik » est le quatrième récit, se remarquant par son début parfait. C’est un récit structuré et équilibré. C’est une percée dans le passé comme le fondu enchaîné[1]. L’application assortie des motifs, la jonction des éléments, l’installation des personnages dans un châssis castard, tous, sont bien marqués dans cette partie. Le sacrifice de la mère reste méconnue  mais pertinente. Une histoire complète dans laquelle il y a une réponse pour toutes les choses. L’assonance du « j » entre les mots persans Jâleh, Mojdeh et le terme français Jour est remarquable. Et « Je ne suis pas Janette », le cinquième récit, auquel le livre a emprunté son titre, s’acquitte d’une sorte de sollicitation et d’identité. Il raconte les antagonismes entre des individus dissemblables, issus de différentes générations. Les lieux et les personnages sont variés et provisoires. Le conflit entre la guerre et l’identité ainsi que le rêve et la réalité est un trait saillant du récit. L’idée exclusive et agréable du narrateur pousse le lecteur à continuer jusqu’à la fin du récit. Le sixième qui s’appelle « Leylâdj Beyoğlu » est un récit dans un  récit, un jeu dans un jeu. Il représente le contraste entre le sort et le jeu par l’univers qui passe sur la tablette de trictrac. Le récit à ses propres complexités, avec une foule de  personnages avec des noms bizarres tout comme le lieu du récit, des espaces inconnues qui alourdissent le contenu. Les références utilisées pour éclaircir toutes les notions connues et inconnues, désorientent le lecteur. Le récit est sciemment brouillé par l’auteur, pour en donner une opacité voulue. Le dernier récit, « La voie éclatante », est une combinaison du réalisme et du surréalisme. Le récit  commence sur une situation réelle, pour s’engager dans un processus mal traversé entre le monde de vivants et celui des morts. On pourrait dire que le point faible de cette nouvelle est d’appliquer les redondances telles que le livre et les chiffres dont Tolouei y recourt par contrainte.

Voici un extrait de « L’anniversaire de Rézâ Deldâr-e Nik », quatrième nouvelle du recueil:

La mère de Rézâ était sévère. Une fois, elle est venue à l'école et au milieu de la classe, elle s'est mise à brosser les dents de son fils qui était présenté en classe sans avoir brossé ses dents. Elle n'a rien dit ni demandé la permission à la maîtresse. Elle est entrée dans la classe avec le verre orange à fleurs qui était posé sur la tablette de verre du lavabo ; puis elle a frotté un doigt de dentifrice sur la brosse à dents et l'a enfoncée dans la bouche de Rézâ.

 

 

 



[1] Une technique de transition utilisée au cinéma.

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