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jeudi, 14 mai 2015 05:32

Le chantre de la poésie épique persane : Ferdowsi

Le chantre de la poésie épique persane : Ferdowsi

J’ai tant souffert ces trente ans durant

J’ai fait revivre l’Iran par ce persan

De la poésie j’ai jeté les bases d’un monument

Epargné de la pluie et du vent

Je ne connaîtrai jamais la mort

Puisque j’ai cultivé la semence de la parole

 

Le 25 ordibeheshet  du calendrier iranien, soit le 15 mai, est dédié à l’auteur du majestueux Shâh-Nâme, Ferdowsi, ce qui est une bonne occasion  pour parler de cette figure de proue de la poésie persane.

Aussi riche qu’ancienne, la culture persane, tel un arbre de plusieurs millénaires, plonge ses racines, dans ce terroir fécond qu’est le plateau iranien, étant le berceau d’hommes et de femmes, qui ont, non seulement, brillé au zénith de la terre d’Iran, mais aussi, au firmament de l’Humanité. Le sage de Tus, Abel Qassem Ferdowsi, s’est frayé, parmi ces constellations, une place de choix. Celui  qui, à l’image de son œuvre titanesque, nous fait pénétrer au cœur de son expérience, hors du commun, qui nous introduit, à travers son Shâh-Nâme (Le Livre des rois), dans les arcanes du merveilleux et du réel.

«Au nom de Dieu, de l’âme et de la sagesse», ainsi s’ouvre, en majesté, le Shâh-Nâme,  monument de la littérature universelle. Oui, il y a mille ans, donc, avant la Renaissance occidentale, avant Voltaire, avant Descartes, un poète iranien exaltait, au-dessus de toute chose, la pensée alliée au savoir. Et il l’a fait avec une telle conviction, un tel bonheur d’expression, qu’il emporte l’adhésion ; «l’intellect est le plus grand de tous les dons de Dieu… Il est la source de tes joies et de tes chagrins, de tes profits et de tes pertes… Il est le gardien de l’âme, et c’est à lui qu’est due l’action de grâce».

Cet intellect que Ferdowsi a nommé le Kherad n’est pas, seulement, l’intelligence, au sens courant du terme ; c’est la capacité de percevoir le bien, c’est une sagesse profonde et généreuse, une sérénité, qui vient de l’équilibre et de la maîtrise de soi, cette notion parcourt l’ensemble du livre, étant tout à la fois le signe sous lequel il est placé, le souffle qui l’anime et le bien qu’il célèbre.

Rares sont, dans le monde et dans l’histoire, les œuvres devenues, comme le Livre des rois, l’expression de l’identité nationale. Le poème de Ferdowsi est, en même temps, le reflet et le ferment d’une culture, à maints égards, réconciliée avec elle-même. Du point de vue de la langue, il constitue un réservoir, une encyclopédie d’une inépuisable richesse. Du point de vue de la perspective historique, il réconcilie passé et présent, intégrant en une culture unifiée, la tradition préislamique et les apports de l’Islam. Du point de vue, enfin, du genre littéraire, voilà une épopée, mêlant, dans le même souffle, le véridique et le légendaire, l’observable et l’imaginaire : Ferdowsi réconcilie l’histoire et le mythe. Quand il est historien, il narre l’épisode, avec le même élan, la même inspiration féerique que s’il s’agissait d’un conte ; quand il est mythologue, il rapporte l’aventure, avec la même minutie, le même souci de détail que s’il s’agissait de faits vécus.

Ferdowsi a laissé, non seulement, à son pays, mais au monde entier, un patrimoine, qui est transmis, vivant, de génération en génération. Rares sont les civilisations où une œuvre poétique est devenue aussi populaire, c’est-à-dire, à la fois, aussi largement connu et aussi profondément aimée. On peut dire, sans risque d’erreur, que le Divan de Hafez et le Shâh-Nâme de Ferdowsi constituent deux monuments de la littérature persane, et ce, à des titres divers. Tandis que le Divan demeure une œuvre, dont le contenu mystique et ésotérique reste fermé au plus grand nombre, le Shâh-Nâme a ce privilège d’être passé dans la culture populaire iranienne, sous forme d’une mine inépuisable de contes et de récits.

Un millier d’années se sont écoulées, depuis la composition du Shâh-Nâme, la grande épopée nationale de l’Iran. Pendant cette longue période, l’Iran a vécu, tout au long de son histoire mouvementée, des hauts et des bas… ces événements ont bouleversé le pays et anéanti un grand nombre d’œuvres savantes et artistiques, dont, aujourd’hui, nous ne connaissons que les titres. Mais le Shâh-Nâme a survécu à tous ces fléaux et est resté presque aussi pur et complet qu’il était au début. Pourquoi ? C’est qu’il n’était pas écrit, seulement, sur du parchemin, mais qu’il était plutôt inscrit dans les mémoires des Iraniens. Il y a mille ans qu’ils le lisent, qu’ils le chantent et qu’ils en récitent des histoires, dans les salles de sports traditionnels (zurkhaneh), dans les cafés (tchaykhaneh). Cela est si vrai qu’une grande partie de ses légendes est passée, dans le folklore iranien, qu’un grand nombre de ses vers sont devenus des proverbes courants qu’on répète tous les jours. Un tel livre ne peut pas disparaître. Ferdowsi lui-même, le savait bien qui dit :

 

Je ne connaîtrai jamais la mort

Puisque j’ai cultivé la semence de la parole

 

Parmi tant d’autres grands moments de l’œuvre, citons la rencontre du Héros Rostam et de son fils Sohrab, belle histoire poignante de deux êtres unis par les liens de sang et que la fatalité pousse à un mortel affrontement. Cet exemple parfait de ce qu’Aristote entendait par tragédie, voilà une histoire qui suscite en nous, à la fois, la pitié et l’horreur. Car Rostam, en trois jours de duel, a pu admirer les qualités de son adversaire : agilité, intelligence dans la lutte, noblesse et vertus chevaleresques. A plusieurs reprises, le fils et le père sont sur le point de se reconnaître, mais le destin ne saurait se laisser fléchir. Lorsque Sohrab meurt sous les coups de Rostam, lorsque ce dernier découvre l’identité de sa victime, tous les lecteurs de Ferdowsi frémissent d’horreur. On comprend que ce grand thème tragique ait retenu l’attention des poètes, à quelque époque, à quelque civilisation qu’ils appartiennent : l’émotion qu’il suscite est de tous les temps et de tous les pays.

Ferdowsi n’est pas, seulement, un poète, il est un savant, il n’est pas, seulement, un savant, il est un sage. Quand, nous fermons un chapitre, plein de merveilles qu’il y a versées, notre âme se trouve, encore, sous le charme du récit, et marquée des leçons qu’il nous a données. Tombés du monde féerique où ils nous avaient transportés, dans le monde ordinaire, nous n’y sommes pas égarés, le poète nous montre une route certaine. Il nous apprend, à la fois, ce que sont les hommes et ce qu’un homme doit devenir.

Le Shâh-Nâme est en effet émaillé de préceptes et il n’est pas rare que l’épisode qui vient d’être relaté, soit assorti, dans une langue toujours séduisante, d’une morale à l’usage de tous. Les grands, par exemple, sont incités à l’humilité, dans une conception du pouvoir où la notion de service est prépondérante.

Aux puissants, le poète rappelle le caractère éphémère des choses. Mais ce par quoi Ferdowsi nous paraît moderne, c’est, sans doute, d’abord, sa foi, dans l’aptitude de l’homme à dépasser l’hostilité, à transcender le mépris, le soupçon et la haine, dans un élan de fraternité, de compassion. Oui, Ferdowsi est un génial précurseur du monde d’aujourd’hui, un poète, au sens propre du terme, un poète, dont les idéaux s’inspirent du sens de l’honneur et de la dignité humaine, exigence de justice, dans l’exercice du pouvoir, tolérance, compassion pour les faibles et les déshérités, sérénité, sagesse, et en un mot, Kherad.

 

 

Né à Schadab, bourg des environs de Tus, Ferdowsi doit à ce lieu d’avoir été surnommé « Ferdows-e Tussi » (c’est-à-dire « originaire de Tus »), tandis que son vrai nom était Abul-Khasim Mansour. La date de naissance de Ferdowsi n’est donnée par aucun historien de son temps, et c’est en se référant à des passages du Livre des Rois qu’on la situe aux environs de l’an 330 de l’Hégire. Il se pourrait donc que l’auteur du Shâh-Nâme ait soixante et onze ans en l’an 400 de l’Hégire (1100 de l’ère chrétienne). On peut en déduire que Ferdowsi est né aux environs de l’an 330 de l’Hégire (soit vers 939-40) . Fils de Dihkan, c’est-à-dire d’un noble assez aisé, il reçut une éducation privilégiée. Il apprit en effet l’arabe et le pehlvi aussi bien que le persan, et sa connaissance du pehlvi favorisa clairement son accès à l’histoire de l’Iran préislamique. Ferdowsi avait donc développé un faisceau de compétences exceptionnelles qui pouvait être intéressantes pour les Sultans iraniens. Dans ce contexte, il paraît que l’enfance et la jeunesse du poète restent peu connues. Un des seuls éléments dont l’on dispose, c’est que Ferdowsi s’était marié jeune, puisqu’il dit avoir perdu un fils unique, âgé de trente-sept ans, alors qu’il avait lui-même soixante-cinq ans.

 

Quant aux étapes du  travail lors de sa composition du Shâh-Nâme, il semblerait qu’au terme de longues recherches, le poète avait obtenu le Livre des rois de Daqiqi. Il avait également rassemblé tous les manuscrits anciens. Il put ainsi commencer à écrire le Shâh-Nâme. Le Sultan Mahmoud Ghaznavide qui fut au courant, lui promit tous les matériaux nécessaires pour qu’il puisse réaliser le rêve de sa vie : versifier le livre des Rois. Le poète préféra être payé au terme de son labeur ; mais le souverain ne tint finalement pas sa parole et ne lui donna pas, comme il l’avait promis, un dinar d’or pour chaque vers, mais simplement une somme d’argent. Furieux, Ferdowsi quitta alors Gazna et mourut à Tus en 1010, sans avoir jamais reçu ce qui lui revenait : le poète Onsori qui était chargé de lui remettre sa récompense n’arriva pas à temps.

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