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vendredi, 27 mars 2015 19:16

Saadi de Chiraz (video)

Saadi de Chiraz (video)

Le Cheikh Mosleheddin Abdallah Saadi Chirazi, poète, écrivain et penseur érudit est l’une des figures littéraires de l’Iran qui jouit non seulement d’une immense réputation dans les pays persanophones, où il est connu de tous, mais aussi au-delà des frontières iraniennes, dans l’immense monde des lettres.

Saadi est né à Chiraz au XIIIe siècle au sein d’une famille érudite. L’enfance et la jeunesse de Saadi se sont écoulées dans sa ville natale où il s’est initié aux différents savoirs de son temps. Il s’est ensuite rendu à Bagdad pour continuer ses études à l’Université Nezamieh de cette ville qui était considérée, à l’époque, comme un haut lieu d’érudition ; pendant vingt ans il s’est appliqué dans l’apprentissage des disciplines religieuses et littéraires avant d’entamer une longue pérégrination à travers l’Irak, la Syrie, le Hedjaz et l’Afrique du Nord. D’aucuns ont avancé que Saadi avait également visité l’Inde, l’Asie Mineure et l’Azerbaïdjan. Au cours de ces voyages, tout en accumulant de précieuses expériences, Saadi rencontra des personnalités littéraires telles que Molana Jalal al-Din, le Cheikh Safieddin Ardabili, Homam Tabrizi et Amir Khosrow Dehlavi. C’est enfin vers le milieu du XIIIe siècle, au moment où l’Atabek Aboubakr Saad Zenghi-Atabek Solghori -gouvernait le Fars que Saadi, attiré par les charmes de sa province natale, rentra à Chiraz. Là-bas, il s’appliqua à réunir dans deux ouvrages - le Boustân et le Golestân, la quintessence de ses études et expériences acquises au cours de ses déplacements. Saadi consacra le reste de sa vie à la religion, ainsi qu’à la rédaction de la suite de son œuvre (poèmes lyriques, prédications, ghazals, oraisons et quatrains, etc..).

Ses deux ouvrages majeurs le Boustân, terminé en 1265, et le Golestân s’illustrent sur le plan de la littérature édifiante. En cela, ils n’ont rien d’exceptionnel, mais ce qui les fait distinguer des autres travaux en ce domaine est le discours magnifique et unique de Saadi qui a non seulement pas brisé les cadres classiques de la poétique persane, mais les a appliqués dans son œuvre avec un goût parfait.  Saadi est encore de nos jours un exemple incontournable pour la beauté de la langue et écrire comme lui est depuis des siècles un rêve inaccessible. C’est sans doute grâce à cette beauté que l’éthique qu’il propose, a trouvé dès le départ une bonne écoute parmi la population et nombre de ses sentences sont devenus des proverbes.

Le Boustân comprend dix chapitres, traitant de la justice, de la sagesse, de la bonté, de l’amour, de la modestie, de la résignation, de l’éducation, de la repentance, etc. Quant au Golestân, terminé probablement un an après le Boustân,  a été rédigé en huit chapitres, dans une langue harmonieuse, rappelant par sa finesse et sa verve, la beauté du discours poétique de Saadi. Comme dans le Boustân, le poète utilise le langage des contes pour illustrer l’éthique qu’il prône, et cette particularité, pourtant classique dans la littérature orientale, donne une saveur incomparable à ce qu’il dit, d’autant plus que sa plume est d’une superbe originalité et  fait avec brio un heureux mariage de la préciosité langagière, alors en vogue, avec une simplicité qui dénote de l’immense travail sur la langue de l’auteur. Maîtrisant parfaitement les règles de la rhétorique, de la poétique et de la stylistique ainsi qu’une connaissance instinctive et fine des principes pédagogiques, le poussent à faire alterner dans ses textes prose, poésie, conte, verset saint, hadith, et vers arabes…   Saadi, comme il le précise lui-même,  a essayé d’étudier tout ce qui touche à l’homme. Cet intérêt pour des domaines très variés de la vie humaine, et dans une large mesure sociale, fait de Saadi un témoin fidèle de son temps.

La poésie de Saadi marqua à jamais la littérature persane, occupant une place particulière dans la culture générale et surtout dans la langue persane par le biais des aphorismes qui parsèment ses contes et qui sont très souvent devenus des proverbes. Cette particularité fit très vite connaître cette poésie aux étrangers qui voyageaient en Iran et qui, à leur tour, exportèrent ce symbole de la culture iranienne. Ainsi, cette poésie, qui avait elle-même subi l’influence de plusieurs siècles de la poésie persane, qu’elle complétait, influa non seulement sur la littérature persane mais également sur tout un pan de la littérature mondiale.

La plus ancienne traduction occidentale de l’œuvre de Saadi est celle d’André du Ryer qui publia des extraits du Golestân sous le titre de Gulistan ou l’Empire des Roses de Saadi en 1634  à Paris. Cette traduction fut pour l’Occident, selon le professeur Richard Jeffrey Newman, auteur d’une traduction parue en 2004 sous le titre de Selections from Saadi’s Gulistan, "peut-être la première fenêtre sympathique ouverte sur le monde de l’Islam."

 

Cet Empire des Roses de du Ryer fut traduit en 1561 en latin par un certain Jantius, qui le présenta à un prince saxon. Cette traduction latine fut à son tour traduite en allemand un siècle plus tard, en 1654, par Adam Olearius. Cent vingt ans plus tard, un Anglais, Sullivan Stephen publia à son tour des extraits du Golestân en anglais. Après cela, Saadi devint célèbre mais il fallut du temps pour que son génie soit un tant soit peu reconnu puisque ce n’est qu’au XIXe siècle que des traductions intégrales furent publiées. Non seulement le romantisme redécouvrit Saadi, mais il se nourrit de ses thèmes et relança la mode des traductions. Victor Hugo, entre autres, fut assez inspiré par Saadi et la poésie persane pour faire de cette inspiration un recueil Les Orientales dont l’incipit était une citation de Saadi préfaçant le Golestân.

 

Avant lui, l’Allemand Goethe avait publié son Divan oriental-occidental sur le modèle des divans persans. Il le terminait sur deux distiques de Saadi, rapportés en persan et traduits en allemand. On peut également percevoir l’influence de ce poète dans les œuvres de Balzac et de Herder, qui l’ont tous deux nommément désigné et loué d’une manière ou d’une autre. Eugène Manuel a également été sous le charme magique de la parole de Saadi, et dans le livre Poésies du foyer et de l’école, a quasiment copié l’une des fables les plus connues du Golestân.

Parmi les auteurs plus récents, Louis Aragon s’est aussi inspiré de son confrère persan dans Les yeux d’Elsa.

Quoi de plus opportun que de clore cet exposé par un tour dans le jardin où se trouve le tombeau de Saadi, à Chiraz: 

 

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