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jeudi, 19 mars 2015 07:26

La manifestation de Nowrouz dans la littérature persane

La manifestation de Nowrouz dans la littérature persane

Douce est la brise au printemps caressant la joue des roses

Doux un visage charmant dans les fleurs fraiches écloses

D’hier qu’est-ce que tu chantes ? Tu m’attristes. Tu m’ennuies.

Goûtons ce bel aujourd’hui, car douce est l’heure présente.

 

C’est par un quatrain de Khayyâm que nous ouvrons ce cahier où il est question de Nowrouz et du renouveau, du printemps et de la vie, de la littérature surtout de la poésie.

Vivre la douceur du printemps, le contempler dans le courant de la vie, méditer sur le temps qui passe si vite, voici les enseignements du printemps. Ce même printemps qui séduit l’âme de ce voyant perspicace,  qu’est le poète, un poète comme Hafez qui ne peut s’exclamer devant la splendeur de la fête de la nature :

Le souffle du zéphyr va répandre le parfum du musc

à nouveau le vieux monde va rajeunir

L’églantine va offrir sa coupe de cornaline à jasmin

l’œil du narcisse va se mettre à regarder le coquelicot

Ce tourment qu’endure le rossignol par chagrin de la séparation !

Il ira en criant jusqu’au pavillon de la rose

La rose est précieuse, tenez pour une aubaine sa compagnie,

car elle vint au  jardin de ce côté et s’en ira de l’autre.

Ménestrel, voici la réunion des familiers, récite un  ghazal, pousse une chanson !

 

Annonciateur du renouveau de la nature, Nowrouz appelle terre et ciel à festoyer. C’est la fête du fleurissement, la joie du renouveau. Incarnation du retour à soi, Nowrouz invite à purifier le miroir de l’âme de la poussière de l’égotisme. Nowrouz nous conduit aux paysages immenses de la nature, une nature réchauffée sous les rayons du soleil printanier, vibrante de l’enthousiasme de la création, belle sous le pinceau du vent et de la pluie, parée de fleurs et de bourgeons, et embaumée du parfum de la verdure. Comme le dirait un Fereydoun Moshiri, poète contemporain avec la verve qui le caractérise :

Le parfum de la pluie

Le parfum du pouliot

Le parfum de la terre

Les branches tout lavées,

propres et fringantes sous la pluie

le ciel de turquoise et  le nuage du coton

les plaines vertes

le saule plein de bourgeon

le printemps arrive

Heureux le monde !

Heureuses les sources et les plaines !

Heureux les germes et les jeunes pousses vertes !

Heureux les boutons à demi éclos

Heureux l’astre flamboyant du soleil !

 

Voici le printemps qui frappe à notre fenêtre. Il nous regarde. Le froid s’enfuit,  le silence des arbres sans feuilles se brise dans le murmure assourdissant des bourgeons qui se poussent les uns les autres, à qui sortir le premier. Le cerisier, perdu dans le flot de  ses fleurs immaculées, prélude la bonne nouvelle de la vie et de la pureté. C’est encore le pinceau de Hafez qui brosse ce sublime tableau :

L’arbre  fleurit

Le rossignol s’enivre

Le monde rajeunit

Et les amis festoient

 

Allègre, chaque particule de l’univers se meut dans cette ambiance de renouveau ;  le monde entier souhaite  profiter de cette nouvelle ferveur. Le printemps de l’œil attend impatiemment la floraison du cœur. Et c’est toujours Hafez, qui nous le rappelle

Pas moins qu’une particule

Ne t’avilis pas, aime

Pour parvenir

En tournant

Au  soleil

 

Vivre la douceur du printemps, le contempler dans le courant de la vie, méditer sur le temps qui passe si vite, voici les enseignements du printemps. Ce même printemps qui séduit l’âme de ce voyant perspicace,  qu’est le poète, un poète comme Hafez qui ne peut s’exclamer devant la splendeur de la fête de la nature :

Arrive le vent des amoureux pour 

féliciter le vieux tavernier 

car arrive le temps de fête et de festin

l’air s’embaume du souffle messianique

et le vent exhale le musc

l’arbre se verdit

et le rossignol  chante

 

Saison des effervescences, le printemps revivifie tout, homme, terre, faune et flore. L’univers entier met ses vêtements de joie et le chant de la vie aux lèvres, il se meut dans cette ambiance allègre. La plume de Molana trace, dans ces vers, avec une telle éloquence et si grande élégance, le dynamisme du printemps :

Dynamique et chantant, le zéphyr arrive

Il met le sourire aux lèvres du monde

Il expulse l’automne

 

Le corps gelé de la terre que l’automne avait pillée et que l’hiver avait paralysée, secoue la torpeur, se réveille, respire de nouveau, met ses habits neufs. C’est le printemps. Et l’homme en contemplation emplira ses poumons de l’air frais, secouera de son corps la poussière hivernale, remettra ses habits neufs, saisira l’instant et projettera un nouveau plan. Et Khayyâm nous appelle à saisir ces instants précieux mais éphémères :

O échanson ! fleur et végétal festoient

Saisis-le, dans une semaine tout sera  poussière

Lève-toi, cueille une fleur pour ne pas voir

La fleur enterrée et le végétal épine

 

Les printemps successifs nous rappellent comment la vie est une succession de printemps et d’hiver. Saisissons donc l’instant qui nous est offert, profitons de la douceur du printemps et méditons même pour quelques secondes sur l’immensité infinie de l’Unique Créateur des deux mondes. Louange à Celui qui  nous a gratifiés, en toute magnanimité de Sa mansuétude et de Ses bienfaits.

Maintenant qu’au parterre la rose est venue du néant à l’existence

la violette s’est prosternée à ses pieds.

Au temps de la rose, ne te repose pas sans le nectar, ni harpe

ni Témoin de Beauté.

car il est borné à une semaine, comme le temps de la vie

Grâce aux plantes dessinant le zodiaque, lumineuse est devenue

la terre, sous sa bonne étoile, et l’horoscope favorable.

Au temps du lys et de la rose, le monde ressemble au plus haut paradis,

mais à quoi bon, puisqu’en lui l’éternité est impossible ?

 

 

Manne divine, le printemps comble le cœur de félicité, polit l’âme de la ferveur mystique. Le printemps est le don du Seigneur à Ses serviteurs pour les émanciper de la torpeur, les conduire sur le chemin de contemplation.

Arrive le printemps de l’âme,

La branche tout neuve danse au souffle du zéphyr

Comme Joseph qui vient de l’Egypte

dansant de joie

de reconnaissance.

 

Ciel et terre se meuvent, tout est en mouvement. La joie emplit le monde, une joie qui court dans les veines du poète pour se manifester dans ses paroles. Le chant du vent printanier coule dans ses mots, et la brise embaume du parfum des narcisses de Chiraz,  plaine et montagne. Le poète mystique persan, Molana Jalal al-Din  décrit le renouveau printanier dans ce paysage sublime :

Balayer le chemin, l’ami arrive

Donner la bonne nouvelle au jardin

Le parfum du printemps arrive

Le bonheur du jardin arrive

La lampe et la lumière arrivent

La tristesse s’écarte

L’astre au front d’argent arrive

Le jardin salue

Le cyprès se lève

L’herbe arrive à pied

La fleur  arrive, juchée.

 

L’alternance du jour et de la nuit, des saisons, marque le temps qui passe. La vie éphémère des violettes parfumées, qui poussent au bord des ruisseaux ; les coquelicots au cœur portant le sceau de la séparation qui étalent leur manteau pourpre au pied du mont Damavand, tous et toutes brossent le tableau du temps qui passent, nous avertissant de ne pas le perdre, de saisir les occasions précieuses et évanescentes. Le sage de Neichapour, Khayyâm ne cesse de nous rappeler que la vie est éphémère :

O échanson ! fleur et végétal festoient

Saisis-le, dans une semaine tout sera  poussière

Lève-toi, cueille une fleur pour ne pas voir

La fleur enterrée et le végétal épine

 

Fort d’une culture riche et du thesaurus de spiritualité, le poète persan voit le monde un paysage beau, vert mais éphémère, comme s’il n’a jamais existé.

Un printemps passager enseigne à l’homme de ne pas se fier à l’éphémère. Le poète symboliste persan du XVI e siècle, Saëb  cristallise cette idée par une métaphore subtile :

D’une brise, le livre du temps s’effeuille

Crains le temps tournant

 la page du jour et de la nuit

 

Assimilé dans  l’amour véridique, le printemps exhale le parfum de l’Ami, le parfum de cet ami pur qui enivre le cœur et l’âme du poète. Le printemps rappelle à ses yeux, son Seigneur.  La nostalgie de l’ami pousse le poète à se rendre dans la nature et à se perdre dans le paysage printanier en quête de l’ami :

O le nouveau  printemps, tout souriant,

 tu arrives de l’au-delà

Un brin de ressemblance avec l’Ami,

Qu’as-tu vu de notre ami ?

Souriant et frais

Tout vert, exhalant le musc

As-tu  les couleurs de notre ami ?

Ou bien tu Lui as acheté ces couleurs ?

O vent fait danser les branches

En souvenir de ce jour de l’union

 

 

La douce brise printanière nous prend par la main et nous conduit au cœur de la nature aux frontière infinies : chaleureuse grâce au parfum et au sourire, resplendissante sous les rayons lumineux du soleil, belle sous les doigts des artistes que sont le vent et la pluie, parée des boutons et des bourgeons. Et l’homme, comme le constate le poète contemporain Sohrab Sepehri, se sent uni avec cette immensité profonde, haute et infinie qui l’appellent :

Vastes sont les plaines !

Hautes sont les montagnes :

Frais le parfum de l’herbe à Golestaneh !

Je cherche ici quelque chose, un rêve peut-être,

Une lumière, un grain de sable, un sourire. Qui sait ?

Je m’arrête à l’orée des roseaux, le vent souffle, je prête l’oreille

Qui donc m’adresse la parole ?

Que je suis verdoyant

Et qu’il est alerte mon corps !

Je suis si exalté

Que je veux courir

Jusqu’au fin fond des plaines

Jusqu’aux cimes des montagnes

Dans le lointain résonne une voix

Une voix qui m’appelle.

 

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