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lundi, 09 mars 2015 03:38

Molana Jalal al-Din, figure universelle (4)

Molana Jalal al-Din, figure universelle (4)

« L’homme est un arc dans la main de la puissance divine. Quel heureux et excellent arc est celui qui sait dans la main de qui il est ! », s’exclame Molana Jalal al-Din. Il nous permet de comprendre que c’est en ouvrant nos cœurs à l’omniprésence divine que nous recréons l’Union avec Dieu et que nous nous reconnaissons comme les vecteurs de Son Amour, de Sa Justice et de Son Harmonie… nulle identité pour l’humain que celle-là. 

Enfant, le futur poète-mystique persan Jalal al-Din fut présenté au sage de Neishabour, cet autre éminent poète-mystique iranien Farid al-Din Attar qui, stupéfait de son intelligence, déclara suivant une formule restée célèbre « Quelle flamme ! Quelle  flamme ! Quel feu ! Il apportera dans le monde ». La tradition veut également qu’un mystique l’ayant vu marcher derrière son père ait affirmé : « Voici un océan qui marche derrière un lac ». L’immensité de la pensée de Molana Jalal al-Din et l’universalisme de sa personnalité multidimensionnelle ont fait de lui le point de mire des chercheurs et des penseurs du monde entier dont les européens. En France de chercheurs érudits dont Eva de Vitray-Meyerovitch, Henry Corbin, Mircea Eliade, Maurice Barrès ont traité l’œuvre molavienne à différents niveaux de la gnose, de la poésie, de l’histoire, de la philosophie, de l’art. Nous vous avons présenté, quoique sommairement, d’Eva de Vitray-Meyerovitch (1909-2001) dont le nom restera à jamais  associé à celui d’un des plus grands poètes de l’histoire de l’humanité, le grand maître soufi du XIIe siècle, Jalal al-Din de Balkh. La qualité de ses traductions a permis de faire goûter à la France et au monde entier la beauté et la profondeur d’une œuvre qui bouleverse les âmes en quête de sens. Mais d’autres érudits penseurs français se sont intéressés à Molana Jalal al-Din et à son œuvre. C’est de quoi nous allons vous parler dans cette édition du magazine « Le chant du soleil ».

Né le 23 avril 1949 à Alger, Christian Jambet, philosophe de formation, s’est notamment spécialisé en philosophie islamique, qu’il enseigne à l’Institut d’Etudes iraniennes, Paris III, Sorbonne nouvelle. Sa rencontre avec Henry Corbin, un spécialiste d’Iran fut décisive dans sa carrière. Corbin l’exhorta à apprendre le persan et l’arabe, devient ainsi un islamologue et un iranisant érudit. Il est également directeur de collection aux Editions Verdiers (Collection « Islam spirituel »).  Christian Jambet a traduit une anthologie du Divan de Shams, qu’il intitula Le soleil du réel. Dans la préface de cette anthologie, Christian Jambet présente Molana Jalal al-Din. Nous vous en avons choisi  un extrait :
 « Jalaloddin Rumi (1207-1273) est l'un des plus grands poètes de l'Iran classique. Dans l'expérience spirituelle des manifestations du réel et de l'absolu, il fonde une parole entièrement vouée à célébrer l'unité indicible. Le monde des mots tournoie autour de l'axe du silence, le poème multiplie les faces du Dieu révélé pour mieux rendre sensible la présence d'un secret où s'épuise la douleur d'aimer : secret d'une absence irrémédiable, d'une séparation d'avec l'Aimé que seule la parole poétique peut tenter de combler, par l'excès de sa liberté. La poésie de Rumi est une poésie métaphysique. Nous lisons Rumi d'abord pour ce qu'il aime à chanter, l'expérience effectivement vécue, les pouvoirs de la langue persane et les beautés indicibles. Chacun s'approprie alors cet élan poétique et le fait sien. »

Pour Jambet, l’amour est la voie menant à la Vérité, et c’est ainsi que le poète-mystique parviendra à l’initiation, et c’est à travers la poésie que l’on parviendra à connaître l’existence.

Né en 1903, mort en 1978, Henry Corbin, germaniste, philosophe, islamologue et iranisant est d’abord cet élève d’Étienne Gilson qui soutient en 1928 un mémoire sur la pensée de Louis de Léon. Mais c’est à Louis Massignon qu’il devra, en 1929, la révélation de la Théosophie orientale de l’Iranien Sohrawardi. Il traduira avant-guerre plusieurs textes de Heidegger dont Qu’est-ce que la métaphysique? (il traduit «Dasein» par «existence» en induisant en France une lecture massivement existentialiste de la pensée heideggérienne).

Chargé à partir de 1945 de fonder un département d’iranologie à l’Institut français de Téhéran, il succédera à Massignon à la chaire d’islamisme à l’EPHE en 1954 et fondera également un centre de recherche spirituelle comparée. Si Hallaj est la grande référence illuminante de Massignon, Sohrawardi occupe la même place centrale dans la pensée de Corbin.  Sans sous-estimer l’importance des courants rationalistes d’inspiration aristotélicienne (Averroès, Al-Farabi),  Corbin s’est surtout attaché à la philosophie d’inspiration néoplatonicienne (Avicenne) et à la métaphysique propre à certains courants chiites dans la mesure où ces courants lui semblaient porteurs d’un messianisme et d’une mystique de l’histoire d’une particulière richesse. Histoire de la philosophie islamique (1964-1974) et En Islam iranien (1971-1973) constituent  une somme de référence en ce qui concerne les écoles philosophiques iraniennes depuis Sohrawardi, le maître des «platoniciens de Perse», jusqu’à l’école d’Ispahan avec Mir Damad et Molla Sadra de Chiraz. Sensible aux rapports profonds qui lient en Iran, la poésie à la philosophie et à la gnose, Corbin s’est aussi intéressé à l’œuvre des Grands Classiques persans dont Hafez, Attar et Molana. Pour lui, Molana Jalal al-Din représentait une source incontournable de la pensée et de la culture iraniennes. Et dans son prestigieux ouvrage En Islam iranien, Henry Corbin évoque Molana et à son Masnavi.

Le poète parnassien de la fin du XIXe siècle, Armand Renaud avait trouvé chez les poètes persans une source d’inspiration. Nous savons que l’école parnassienne issue de l’art pour l’art, et fondée sur les idées de Leconte de Lisle, visait à restaurer l’art dans sa pureté. L’origine des sources ne la préoccupait pas. Elle puisait ses thèmes indifféremment dans les littératures étrangères et non plus seulement gréco-romaine.

C’est ce qu’a fait Armand Renaud, mais ses préférences allaient plutôt à la littérature persane. Dans la préface de la deuxième édition de son recueil, en 1896, il en explique ainsi les raisons : « De toutes les littératures orientales, c’est la forme persane qui en poésie surtout, est la plus originale et la plus complète… En Perse, la poésie s’épanouit avec la civilisation, et pendant plusieurs siècles de grands poètes font étinceler le beau, en lui taillant, chacun, sa facette nouvelle. » Partant de cette idée, Renaud se met à l’école des poètes persans. Les sources qui pouvaient l’aider dans sa tâche étaient nombreuses mais, il lui manquait une traduction française même partielle des œuvres des poètes persans. Cela n’importait guère. Il connaissait l’allemande et l’anglais, et pouvait puiser ses thèmes dans les traductions de Jones et de Hammer, ainsi que dans le Divan Occidental et Oriental de Goethe.

Doté d’une si vaste documentation, Renaud s’applique au travail et après cinq ans de recherche, il publie en 1870 la première édition des Nuits persanes. Ce n’est qu’en 1896, après une trentaine d’années, qu’il publie son recueil sous a forme définitive. Le titre de l’ouvrage fait ainsi allusion aux longues nuits qu’il avait passées dans l’intimité des poètes persans. Dans son œuvre maîtresse De Saadi à Aragon, ou l’accueil fait en France à la littérature persane, le professeur Hadidi rappelle qu’Armand Renaud affirme avoir imité un Molana lorsqu’il a composé  « L’ivresse lumineuse ». Il s’agissait d’un ghazal du Divan de Shams dont les vers initiaux sont :

Si tu veux le soleil et la lune, voici le soleil et la lune

Si tu veux le matin et l’aurore, voici le matin et l’aurore.

 

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