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dimanche, 08 février 2015 09:41

Molana Jalal al-Din, figure universelle (2)

L’Ami dit : je suis ta propre âme et ton propre cœur ; 
Pourquoi es-tu frappé de stupeur ?

 Figure de proue de la poésie persane et de la gnose islamique, Jalâl al-Din Mohammad de Balkh, connu, aussi, sous les noms de Molana Rumi et de Molawi ou le Maître, a relaté, à travers son œuvre monumentale, le récit de l’amour, le récit des effervescences des états mystiques. L’immensité de la pensée de Molana Jalal al-Din et l’universalisme de sa personnalité multidimensionnelle ont fait de lui le point de mire des chercheurs et des penseurs du monde entier dont les Européens. Avec ses œuvres, Molana a véhiculé aux quatre coins du monde, la langue et la culture persanes. Cosmopolite, Molana s’est fait le chantre de l’altruisme et de la tolérance. Il a immortalisé dans son œuvre magistrale les deux thèmes-clé de sa pensée : l’amour et la foi. Ses idées fondées sur la base de l’homme, ont exercé et exerce toujours une influence considérable sur la pensée occidentale. Arberry voit en lui  « le plus grand poète mystique de l’histoire de l’humanité ». Quant à Nicholson, il est d’avis que le Masnavi-e ma’navi, ou les Couplets spirituels,  est une mine de poésie inépuisable.

Nous avons dit, qu’il fait, maintenant, plus de cents ans que les Européens connaissent Molana, avec la traduction en anglais de ses poèmes par Sir William Johns, à qui est aussi attribué la découverte du rapport structural et syntaxique des langues indo-européennes. Edward Brown prend après lui le relais dans le monde anglophone et il traduit le prologue en prose du Premier Livre du Masnavi, tandis que son disciple Nicholson se lança dans la traduction en anglais du Masnavi qu’il commentait aussi, en d’autres termes, il se consacra exclusivement à Molana et son œuvre incommensurable. Ce fut ensuite au tour de Arthur John Arberry, le traducteur du Coran,  de s’adonner à l’œuvre molavienne. Il traduit en anglais Fih-e mâ-fih ou le Livre du Dedans, une Anthologie des quatrains de Molana, Deux cents anecdotes du Masanvi, et Quatre cents ghazals  de Molana. L’engouement des anglophones pour le poète-mystique persan, Molana Jalal al-Din ne s’est non seulement pas réduit, au fil des siècles, mais aussi s’est renforcé. La traduction en anglais, par Coleman Barks, de l’œuvre de Molana a joué un rôle de premier plan dans l’initiation du public américain à l’œuvre du poète-mystique persan.

 En France de chercheurs érudits tels qu’Eva de Vitray-Meyerovitch, Henry Corbin, Mircea Eliade, Maurice Barrès ont traité l’œuvre molavienne à différents niveaux de la gnose, de la poésie, de l’histoire, de la philosophie, de l’art. Nous avons parlé d’Eva de Vitray-Meyerovitch (1909-2001) dont le nom restera à jamais  associé à celui d’un des plus grands poètes de l’histoire de l’humanité, le grand maître soufi du XIIe siècle, Jalal al-Din de Balkh. La qualité de ses traductions a permis de faire goûter à la France mais aussi au public francophone la beauté et la profondeur d’une œuvre qui bouleverse les âmes en quête de sens.

Christian Jambet, philosophe de formation, et spécialiste en philosophie islamique, a lui aussi  traduit une anthologie du Divan de Shams, qu’il intitula Le soleil du réel. Dans la préface de cette anthologie, Christian Jambet présente Molana Jalal al-Din comme l'un des plus grands poètes de l'Iran classique. Selon Jambet,  Molana a  fondé, dans l'expérience spirituelle des manifestations du réel et de l'absolu, une parole entièrement vouée à célébrer l'unité indicible. Le monde des mots tournoie autour de l'axe du silence, le poème multiplie les faces du Dieu révélé pour mieux rendre sensible la présence d'un secret où s'épuise la douleur d'aimer : secret d'une absence irrémédiable, d'une séparation d'avec l'Aimé que seule la parole poétique peut tenter de combler, par l'excès de sa liberté. La poésie de Rumi est une poésie métaphysique. Nous lisons Rumi d'abord pour ce qu'il aime à chanter, l'expérience effectivement vécue, les pouvoirs de la langue persane et les beautés indicibles. Chacun s'approprie alors cet élan poétique et le fait sien. »

Molana Jalal al-Din et son œuvre ont aussi été  pour les Allemands un point de mire. On distingue parmi les germanophones deux catégories de chercheurs qui se sont adonnés à Molana. Les chercheurs en propre terme constituent le premier groupe tandis que le second comprend les traducteurs de l’œuvre de Jalal al-Din. En premier lieu, ce fut le philologue et l’orientaliste Joseph von Hammer-Purgstall et son disciple,  comme Hammer Purgestal et Friedrich Rückert qui ont présenté aux Allemands Molana Jalal al-Din. Grâce à ses connaissances exceptionnelles et profondes des langues orientales surtout le persan, Rückert fait une traduction qui excelle par son contenu précis, mais qui parvient aussi à refléter en allemand la forme poétique du texte initial, résonnant comme des poèmes allemands. En 1821, il publia le premier recueil de traduction de  44 ghazals de Molana où il emploiera pour la première fois la forme de ghazal persan en allemand. Après Joseph von Hammer-Purgestall et Friedrich Rückert, des chercheurs tels que Helmut Ritter, Fritz Meyer et Annemarie Schimmel ont suivi le chemin balisé par ces pionniers.

 

L’Orient et Annemarie Schimmel. Ces deux termes restent indissociables l’un rappelant l’autre, vise versa.  Le nom de la célèbre orientaliste allemande suffit pour rappeler l’itinéraire d’une aventure aux dimensions ésotériques et herméneutiques, en Orient dans ce Monde de l’Ame, l’itinéraire d’un pèlerinage intérieur dans cet Orient de l’Orient, sur les traces d’un périple à dimension géographique. L’Orient a toujours fasciné Annemarie Schimmel. Elle s’y est consacrée entièrement, elle a œuvré pour initier les occidentaux à la vérité de l’islam et du monde musulman, à ces penseurs érudits ; elle les a présentés dans toutes leurs dimensions, évitant soigneusement toute attitude partiale et partielle, les préjugés propagés par les orientalistes occidentaux. Annemarie Schimmel a signé une centaine de livres, en allemand, anglais et arabe, avec pour thème majeur l’islam ; tantôt c’est la culture islamique qui est au centre tantôt la théosophie et la gnose islamique, tantôt les figures de proue de la brillante civilisation islamique qui y sont traités. L’incendie de l’âme : L’aventure spirituelle de Rûmi fait figure parmi la longue bibliographie du professeur Schimmel. Il s’agit du terrain préféré de l’orientaliste qui s’adonne corps et âme dans une aventure passionnante et passionnée au cœur de l’Orient.

Ce livre important sur le grand poète-mystique persan, L'incendie de l'âme fait pénétrer, le lecteur au cœur de l’expérience spirituelle hors du commun de Molana Jalal al-Din, et l’introduit dans les arcanes de son enseignement. La grande islamologue Anne-Marie Schimmel  livre là le fruit d'une vie de recherches sur ce poète du XIIIe siècle. Elle a su transmettre son incomparable érudition dans un langage simple et vivant,  entraînant son lecteur dans un voyage mystique aussi merveilleux que spirituel. Annemarie Schimmel  présente dans L’incendie de l’âme, les notions fondamentales sur lesquelles s'appuie la pensée molavienne, elle fait entendre sa poésie incomparable, et  invite le lecteur à entrer avec lui dans l'univers éthéré du poète.

A suivre…

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