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mardi, 27 janvier 2015 19:55

Molana Jalal al-Din, figure universelle (1)

Chacun m’a compris selon mon cœur
Mais nul n’a cherché mes secrets
Mon secret, pourtant n’est pas loin de ma plainte
Mais l’oreille et l’œil ne savent le percevoir


Il y a 800 ans, un poète issu de l’Iran s’est fait le chantre de l’amour mystique, appelant le monde entier à l’amour, à la clémence. Figure de proue de la poésie persane et de la gnose islamique, Jalâl al-Din Mohammad de Balkh, connu, aussi, sous les noms de
Molana Rûmî et de Molawi ou le Maître, a relaté, à travers son œuvre monumentale, le récit de l’amour, le récit des effervescences des états mystiques. Chez lui, l’imagination poétique est devenue cet espace universel où l’âme s’élance des tréfonds d’ici-bas vers l’infini de la voûte céleste. Mais qui est Molana ? Ce poète visionnaire, ce poète mystique, cet itinérant  de la via illuminativa ? Comment se fait-il qu’après la mort de Rûmî, son œuvre universelle soit connue partout dans le monde de l’Islam  et, qu’en traversant les siècles, elle nous soit parvenue, sans perdre une once de sa fraîcheur et de sa profondeur, connaissant, aujourd’hui, cet immense succès international, auprès d’un public sans cesse renouvelé.

Intemporelle, la  pensée de Molana Jalal al-Din ne se confine pas non plus dans une quelconque frontière. L’immensité de la pensée de Molana Jalal al-Din et l’universalisme de sa personnalité multidimensionnelle ont fait de lui le point de mire des chercheurs et des penseurs du monde entier dont les européens. Ses idées et ses œuvres sont connues, lues et commentées dans le sous-continent indien jusqu’à l’extrême frontière du monde musulman, dans les pays du Maghreb arabe en passant par l’Asie centrale et la Mésopotamie. Et avec ses œuvres, Molana a véhiculé aux quatre coins du monde, la langue et la culture persanes. Le grand poète arabe contemporain Salah Astitiyé, le critique tunisien Moadeb, le penseur et poète pakistanais Iqbal de Lahore, pour n’en citer que les plus grands, ont tous puisé dans la source intarissable de l’œuvre molavienne qui a cimenté leur pensée. Cosmopolite, Molana s’est fait le chantre de l’altruisme et de la tolérance. Il a immortalisé dans son œuvre magistrale les deux thèmes-clé de sa pensée : l’amour et la foi. Ses idées fondées sur la base de l’homme, ont exercé et exerce toujours une influence considérable sur la pensée occidentale. Arberry voit en lui  « le plus grand poète mystique de l’histoire de l’humanité ». Quant à Nicholson, il est d’avis que le Masnavi-e ma’navi, ou les Couplets spirituels,  est une mine de poésie inépuisable.

L’auteur français du XXe siècle,  Maurice Barrès, évoque, dans Une enquête aux pays du Levant, en ces termes,le Masnavi « est toute émotion, imagination et ses vers exaltés semblent battrent contre le ciel ». Dans le même ouvrage, il esquisse aussi un portrait de Jalal al-Din lui-même. Pour Maurice Barrès, Molana est, dixit, « un poète admirable, harmonieux, étincelant, un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur. »

Il y a plus de cents ans que les Européens connaissent Molana, avec la traduction en anglais de ses poèmes par Sir William Johns, à qui est aussi attribué la découverte du rapport structural et syntaxique des langues indo-européennes. Ces traductions, commencées à partir de 1770, ont suscité la grande admiration du public européen envers la poésie persane, et c’est ainsi que les orientalistes britanniques ont été intéressés par le persan. Edward Brown prend après lui le relais dans le monde anglophone et il traduit le prologue en prose du Premier Livre du Masnavi, tandis que son disciple Nicholson se lança dans la traduction en anglais du Masnavi qu’il commentait aussi, en d’autres termes, il se consacra exclusivement à Molana et son œuvre incommensurable. Ce fut ensuite au tour de Arthur John Arberry, le traducteur du Coran,  de s’adonner à l’œuvre molavienne. Il traduit en anglais Fih-e mâ-fih ou le Livre du Dedans, une Anthologie des quatrains de Molana, Deux cents anecdotes du MasanviI, et Quatre cents ghazals  de Molana.

L’engouement des anglophones pour le poète-mystique persan, Molana Jalal al-Din ne s’est non seulement pas réduit, au fil des siècles, mais aussi s’est renforcé. La traduction en anglais, par Coleman Barks, de l’œuvre de Molana a joué un rôle de premier plan dans l’initiation du public américain à l’œuvre de Molana, sa traduction a fait le tour du monde  et s’est vendue à plus d’un demi million d’exemplaires, et cela, sans compter les nombreuses  traductions en d’autres langues ! Citons aussi Jonathan Star, Shahram Shiva, Dick Chopra et Helminisky qui ont aussi une grande part dans la présentation de Molana aux Américains. D’éminents chercheurs anglophones comme   William Chitik et Franklin Luis ont, à l’époque contemporaine, étudié à fond l’œuvre molavienne.

Molana Jalal al-Din et son œuvre ont aussi été  pour les Allemands un point de mire. On distingue parmi les germanophones deux catégories de chercheurs qui se sont adonnés à Molana. Les chercheurs en propre terme constituent le premier groupe tandis que le second comprend les traducteurs de l’œuvre de Jalal al-Din. En premier lieu, ce fut le philologue et l’orientaliste Joseph von Hammer-Purgstall et son disciple,  comme Hammer Purgestal et Friedrich Rückert qui ont présenté aux Allemands Molana Jalal al-Din. Après avoir reçu un enseignement des langues classiques, Friedrich Rückert  commença en 1818, à étudier les langues orientales à Vienne. Son don des langues lui fit apprendre en un temps record le turc, le persan et l’arabe. Du retour à son pays natal, il consacra toute sa pensée et son travail à la composition lyrique et à la traduction de la poésie persane, arabe et indienne. Grâce à ses connaissances exceptionnelles et profondes des langues orientales surtout le persan, Rückert fait une traduction qui excelle par son contenu précis, mais qui parvient aussi à refléter en allemand la forme poétique du texte initial, résonnant comme des poèmes allemands. En 1821, il publia le premier recueil de traduction de  44 ghazals de Molana où il emploiera pour la première fois la forme de ghazal persan en allemand. Rückert était conscient de la portée de son travail. Ce qu’il explique dans son Die Form des Ghasels où il explique que  la poésie était la langue maternelle du genre humain. Il y rappelle que la traduction est la  langue intérieure de la pensée,  qui fait distinguer  l’homme des autres créatures ; et que sa qualité créatrice est en principe pareille chez tous les hommes, à toutes les époques et sur tous les continents. Transformer cette langue intérieure « d’une façon convenable » en langue parlée, c’est de la poésie, c’est la « langue maternelle du genre humain ». C’est l’unique condition que nous découvrions sans cesse, sous de nouvelles formes que lui donne le langage poétique, la « langue intérieure » de la pensée créatrice propre à tous les hommes que nous pouvons vraiment comprendre en toute époque et dans toute  cultures : « Seule la poésie réconcilie. »

Après Joseph von Hammer-Purgestall et Friedrich Rückert, des chercheurs tels que Helmut Ritter, Fritz Meyer et Annemarie Schimmel ont suivi le chemin balisé par ces pionniers ; c’est de quoi nous vous parlerons dans la seconde partie de cette exposé.

A suivre…

 

 

 

 

 

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