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mardi, 30 septembre 2014 06:38

Chantre de la poésie mystique persane, Molana Jalal al-Din

 
Juste un exposé, à l'occasion du 8 mehr du calendrier iranien (30 septembre), journée dédié au chantre de la poésie mystique persane, Molana Jalal al-Din:



Ecoute le Ney qui relate le récit des séparations

Depuis qu’on m’a coupé de la roselière

Homme et femme pleurent encore de ma complainte

 Il y a 800 ans, un poète issu de l’Iran s’est fait le chantre de l’amour mystique et appelé le monde entier à l’amour, à la clémence.  Figure de proue de la poésie persane et du mysticisme, Jalal al-Din Mohammad Balkhi, connu aussi sous le nom de Molana Rûmî, a relaté à travers la complainte du Ney, le récit de l’amour, le récit des effervescences des états mystiques. Chez lui, l’imagination poétique est devenue cet espace universel où bondit l’âme des tréfonds d’ici-bas vers l’infini du ciel tournant.

Né en 1207 à Balkh, Molana Rûmi quitta en compagnie de son père Baha Walad, sa ville natale, à destination de Konya. Il succéda à son père, grand érudit de son temps, et reprit les cours de scolastique et de philosophies délaissées à la mort de Baha Walad. En 1244, Molana qui, une fois les cours finis, retournait à son domicile, rencontra le mystique errant Shams, ce « Maître spirituel », celui dont le nom signifie le soleil. Molana s’éprit de ce soleil de la religion en qui il ne voyait que la manifestation de l’Amour-Beauté divin, étrange rencontre qui bouleversa sa vie. Le poète mystique dirigea son affectivité vers une beauté idéale d’ordre divin incarnée dans la personne de Shams. Cette rencontre fut donc déterminante dans la vie intérieure et spirituelle de Molana. Il consacra à Shams quelque mille ghazals de son Divan qu’il intitula du nom de son inspirateur, louant cette rencontre et se plaignant amèrement de la séparation. Molana Jalâl al-Din s’est éteint en 1273, à Konya, à la suite d’une longue maladie. Ses dépouilles mortelles furent inhumées près de la tombe de son père dans un lieu appelé Baq-e sultan ou le jardin du sultan. On y fit ériger un monument connu sous le nom de Qobat ol-Khazra ou la Coupole verte.

La littérature persane, cet océan infini de culture et d’art, renferme dans ses annales, deux monuments, qui doivent beaucoup au livre saint, sur les plans de  la structure et du style. Il s’agit du  Masnavi de Molana Jalal al-Din et du Divan de Hafez. Autrement dit, ils ne suivent pas une courbe linéaire dans le discours, interrompant, momentanément, un épisode pour un autre. Paraboles, allégories et métaphores constituent leurs matériaux préférés pour suggérer leurs idées. Le Masnavi, l’œuvre maîtresse de Molana Jalal al-Din, renferme toutes les sciences et les acquis du soufisme et selon les propres termes de Molana, « après nous, le Masnavi servira de guide aux itinérants et quêteurs. »

Flambeau lumineux des chercheurs sur la voie jalonnée d’écueils de la littérature et de la gnose, le Masnavi cristallise l’art authentique du grand poète-mystique du XIII siècle. L’ouvrage s’ouvre par les vers que nous avons choisis comme épigraphe à ce propos. Ce livre du ney renferme tous les idéaux, les désirs de son auteur retraçant le parcours du poète et son soufisme contemplatif, issu des expériences personnelles témoignant du désir pour l’intégrité de la personne humaine dans sa corporalité et dans sa spiritualité. Il se rapproche ainsi des profondeurs liées à l’observation de l’homme dans sa totalité existentielles. Selon la conception molawienne, l’âme évoluera après la mort pour incarner par excellence ce verset coranique « Reviens vers Dieu, ce qui est de Dieu. »

Le Masnavi évoque par métaphores et allégories les enseignements édifiants  divins sur le fonds de la pensée gnostique, ainsi que le respect profond de son auteur aux messagers de Dieu qui tous sont presque cités à travers ce monument de la littérature persane. Les plus belles pages  du  Masnavi se réalisent dès que le nom du Sceau des prophètes est mentionné. Comme si l’âme de Molana Jalal al-Din, tel le cœur d’un oiseau dans la cage, palpite d’impatience pour briser les chaînes et  s’envoler, libre et joyeux dans les cieux. Parfois, le poète est incapable de maîtriser les impulsions de cette ferveur incommensurable et implose, la plume se brise sur le papier et l’encre coule.

La plume qui courait sur le papier

Se brisa dès qu’il arriva au mot amour

Le soleil fut la preuve du soleil

Si tu cherches une preuve

Ne te détourne pas du soleil

 

L’image que brosse  Molana Jalal al-Din  du très vénérable prophète de l’Islam n’exprime pas uniquement le profond respect d’un poète qui loue le messager de Dieu, c’est la cristallisation de la quintessence d’une ferveur aussi immense que l’océan envers le plus grand enseignant de toute  l’humanité depuis la nuit des Temps. La plus grande fréquence d’un terme dans  le Masnavi, selon les études faites sur ce thesaurus de la littérature persane voire mondiale, est celle du nom du prophète de l’Islam. Plus de 500 fois et à des occasions les plus variées, le nom du prophète a embaumé l’ambiance du Masnavi de son parfum exquis.

Le style de Molana reste unique dans son genre, un style qui ne se remarque ni chez les poètes d’antan  ni chez les poètes d’après. La louange du messager de Dieu ouvre toujours les divans et les recueils des Grands Classiques ; elle a sa place bien déterminée, à la tête de l’ouvrage, tandis que chez Molana, le nom du Prophète est tissé dans la trame et la chaîne du texte. L’imaginaire du poète appelle en toute humilité le Sceau des prophètes là où l’ambiance mystique du poème a besoin de s’embellir. A titre d’exemple, lorsque Molana parle du total et de la particule, il rappelle que le nom d’Ahmad, un surnom du prophète de l’Islam, est le nom de tous les messagers divins, ce qu’il démontre par l’allégorie des chiffres. 100 sous-tend 90 ou 80.

La création poétique et les constructions des figures de style de Molana semblent être inséparables de l’imagination spatialisante, et sa puissance imaginative s’anime, à son tour dans une relation intime avec l’expérience du mouvement corporel dans l’espace, s’alimentant de l’amour passionné pour l’Aimé idéalisé. Dans cet itinéraire l’amour devient l’unique moyen de communication avec l’Universel, communication dont la poésie mystique est l’expression par excellence.

Il est bien difficile, dans un temps et un espace si limités de parler de l’océan infini que représente Molana et son œuvre, de ce grand mystique dont le mouvement grandiose historique a imprégné à jamais  la culture et la littérature persanes, un sentier qui mène à l’auto-édification et à l’initiation.

 

 

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