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lundi, 29 septembre 2014 04:05

Abolfazl Beiyhaqi : historien ou écrivain ? (3)

   

Abolfazl Beiyhaqi : historien ou écrivain ? (3)

 Sepehr Yahyavi

Stylistique de l’œuvre

 

D’un point de vue stylistique, les qualités de l’œuvre sont très nombreuses et diverses. Concernant l’arabisme, cette caractéristique n’est pas exagérée et garde toute sa mesure et son harmonie dans l’ouvrage de Beyhaqi, qui était pourtant un grand arabisant. La fréquence des mots et des tournures arabes n’est pas moins importante que l’arabisme des périodes précédentes, mais pas plus importante non plus que celle des siècles suivants. Il ne faut pas perdre de vue que l’œuvre fut rédigée à une étape particulière de l’histoire de l’Iran où les premières dynasties musulmanes turques étendaient leur puissance, où les familles royales iraniennes perdaient leur statut et se dispersaient, ainsi qu’à une époque où les mots et expressions arabes entraient en grand nombre dans la langue persane.

 

Nous savons que Beyhaqi a vécu peu après l’époque de Ferdowsi, chantre de la poésie épique persane, qui venait d’achever son œuvre monumentale, le  Shâh-Nâme (Livre des Rois), et qui était  considéré comme le "sauveur" et protecteur incontestable de la langue persane ainsi que des mythes et rites iraniens. Le service rendu par Beyhaqi à la prose persane n’est cependant pas moins important et vital que celui rendu par Ferdowsi et son Shâh-Nâme à la langue et poésie iraniennes. Gholâm-Hossein Youssefi a, dans son article intitulé « L’art d’écriture de Beyhaqi », trouvé et énuméré des points de ressemblance entre ces deux grands hommes de lettres, surtout en ce qui concerne la place prééminente de la raison et du rationalisme dans leurs visions du monde.

 

Selon Youssefi, Ferdowsi et Beyhaqi avaient en commun ce souci de rendre à l’intellect le rôle qu’elle devait jouer et dont elle devrait jouir dans la vie personnelle et sociale de l’humanité. Enfin, il est vrai que la rationalité de ces deux personnalités est l’une des raisons de la dimension universelle de leurs œuvres.

 

Revenons aux caractéristiques du style de Beyhaqi. Ses phrases sont souvent longues, mais claires. Son style est très rythmique et dynamique, changeant de ton selon les besoins du contexte, suivant la situation et les personnages qu’il est en train d’écrire. Il fabrique des mots et des expressions, parfois avoisinant la poésie (ton lyrique ou épique), parfois se rapprochant de la prose et de la narration historique.

 

Tout au long de son livre, Beyhaqi a cité un certain nombre de récits pour orner son Histoire, mais également en vue de comparer les gens et les temps et établir un pont entre le présent et le passé, ainsi que pour introduire une certaine variété dans son ouvrage et de le rendre plus vraisemblable. Bien souvent, ces histoires secondaires sont très impressionnantes, voire stupéfiantes, comme celle d’Afshin et Boudelaf.

 

Narratologie

 

Concernant les techniques de narration utilisées par Abolfazl Beyhaqi dans son œuvre historico-littéraire, nous pouvons dire qu’il n’y fait ni de la littérature pure, des belles-lettres, ni de l’historiographie simple et sèche. Il est un très grand et habile narrateur au point que, après environ un millénaire, rien ne s’est perdu de la fraîcheur ni de la vivacité de son texte, et ce à tel point que bien souvent, il est difficile au lecteur de refermer cet ouvrage. Il narre le plus souvent ses propres vus et vécus, ses propres témoignages, et dans d’autres cas, lorsqu’il est absent de la scène ou pour les récits qui lui sont antérieurs, il narre de la bouche du narrateur original, toujours fiable, et dont les références et caractéristiques sont indiquées avec précision.

Beyhaqi a eu le génie de combiner l’originalité et l’authenticité à la beauté et à la continuité. Quand il décrit un paysage ou un lieu fermé et lorsqu’il cite des dialogues et des conversations, il ne cesse de peser ses mots et s’efforce de choisir le ton approprié. Il agit en véritable maître narrateur, pleinement conscient et capable de suivre la ligne de ses pensées et de créer l’espace qui convient le mieux aux actes et aux faits, aux évènements et aux débats.

 

Sources et recherches

 

Comme nous venons de le mentionner, l’un des points forts de l’œuvre magistrale de Beyhaqi est qu’elle est rédigée à partir des notes et documents authentiques collectés et préparés par lui-même au fil des années. Il rappelle partout la véracité de  ses récits, et cela a été confirmé par maints spécialistes et chercheurs. L’œuvre reste une source majeure non seulement pour l’étude historique des Ghaznavides, mais également pour la géographie historique de la période concernée.

 

Il existe cependant un grand regret pour l’historien : la majorité de ses rapports et notes ainsi que des lettres et documents qu’il avait recopiés ont été perdus ou anéantis. Cela n’amenuise cependant en rien l’intérêt de l’ouvrage, qui constitue un témoignage historique et littéraire unique de son époque.

 

Source : Revue de Téhéran, N°75, février 2012

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