This Website is discontinued. We changed to Parstoday French.
samedi, 06 septembre 2014 03:20

Le livre des secrets (2)

Asrâr-Nâme, littéralement le Livre des secrets, est un des quatre masnavi mystiques d’Attar. Nous en avons déjà parlé des cinq premiers chapitres dans la première partie de cet exposé.  


Le sixième chapitre, dont le sujet est en continuité avec le chapitre précédent, traite la relation entre le monde dans lequel nous vivons et l’Au-delà. Pour Attar, le paradis et l’enfer sont avec nous dans nos actions ici-bas, et la mort de chacun est le reflet de sa vie ; il y a nécessairement un rapport entre la vie que l’on mène ici-bas et la vie que l’on aura après la Résurrection. L’être humain ne doit donc pas se laisser aller dans sa vie ici-bas ; il doit tenter de s’améliorer en permanence. Pour cela, il a le devoir d’augmenter ses connaissances, car le savoir est la force de l’âme,  dit Attar qui relate alors l’histoire de Satan voulant pervertir un ignorant en train de prier dans une mosquée, mais hésitant à faire cela car un savant dormait à côté. Selon Attar, la connaissance sans action, restée inappliquée, ne sert cependant à rien. De plus, la connaissance et la douleur doivent aller de pair pour avoir un effet salvateur. Shafi’i Kadkani  explique ici la signification de la douleur chez Attar. La douleur est le sentiment d’être sans ressource, d’être sans appui, et d’avoir besoin de Dieu.

 

Le septième chapitre commence avec l’image de la mer infinie (symbole du Créateur), qui échappe à la connaissance sensible ; mais il existe un chemin entre cette mer et l’âme humaine. Au huitième chapitre, Attar développe le thème de « faire mourir son égo », qui signifie abandonner les désirs et les passions terrestres. Celui qui fait mourir son égo devient un vivant éternel. Attar relate alors l’histoire d’un perroquet enfermé dans une cage au palais de l’empereur de Chine, qui implore un sage comptant se rendre en Inde de demander aux perroquets qu’il y rencontrera comment il pourra se libérer. Les perroquets à qui le sage pose cette question meurent sur le champ et tombent de l’arbre où ils sont perchés. Ils apprennent ainsi au perroquet enfermé dans la cage que la voie de la libération est la mort. Cette histoire très connue a été reprise par Molana Jalal al-Din. Attar aborde ensuite un thème qui, pour Shafi’i Kadkani, est original dans le domaine de la pensée mystique. Cette idée est que l’être humain pourra tout connaitre pendant sa vie sauf lui-même, et cette méconnaissance de soi est due à la Volonté Divine. Attar illustre cette idée avec la parabole du perroquet et du miroir. Quand on veut qu’un perroquet répète des mots, on le place devant un miroir. Le perroquet voit l’image d’un perroquet, et ne sait pas qu’il s’agit de sa propre image. Une personne se place derrière le miroir et se met à prononcer des mots. Le perroquet entend la voix et croit que c’est celle du perroquet qui est dans le miroir ; il se met alors à répéter ce qu’il entend parce qu’il a envie d’imiter l’autre perroquet. Attar dit ensuite que l’être est comme ce miroir, et le néant en est le contenant. Cette façon de décrire l’être et le néant est une idée originale d’Attar, jamais proposée avant lui, précise Shafi’i Kadkani. Attar utilise donc cette parabole du perroquet et du miroir pour comparer le miroir à l’être. L’être, comme le miroir, existe mais n’apparait pas ; nous n’en sommes pas conscients. Quand nous regardons dans un miroir, nous voyons avant tout l’image qui y est reflétée et nous ne faisons pas attention au miroir lui-même. C’est la même chose pour l’être. Attar ajoute que si l’être  devient perceptible ne serait-ce qu’un instant, le monde entier tombera à la renverse, prendra feu tel une pelote de laine, et sera anéanti. Ainsi, le monde – et tout ce qu’il contient – sont pour Attar l’image reflétée dans le miroir. L’être humain ne peut donc jamais connaitre Dieu ; toutes les qualités qu’il attribue au Créateur ne sont que ce que l’être humain comprend à propos de lui-même. Attar ajoute que connaitre le Créateur n’est possible que grâce à Lui ; il utilise alors la parabole du soleil, que l’on ne peut voir que grâce à la lumière de soleil, non avec une lampe de faible lueur. Cette parabole a également été utilisée par Molana, dans son célèbre vers « le soleil est venu comme preuve du soleil », précise Shafi’i Kadkani.

 

 Le neuvième chapitre est à propos de l’envie de l’être humain de pouvoir jouir des plaisirs terrestres et de garder les valeurs spirituelles en même temps, alors que réunir ces deux envies est impossible dit Attar, car le véritable amoureux est celui qui aime sans partager ; on ne peut donc pas aimer véritablement Dieu tout en aimant les biens de ce monde. Attar évoque ensuite le destin, imprévisible, dont nul ne peut pénétrer le secret. Dans le dixième chapitre, Attar revient à l’idée selon laquelle nul ne peut connaitre l’essence suprême de Dieu. Attar aborde ensuite la question de la mort, qui est selon lui une nécessité dans l’ordre de la création. Le Créateur a déposé un trésor dans l’être humain, et Il le reprend quand Il le désire ; personne n’a le droit de s’insurger contre cela ni de Lui demander des explications. Dans le onzième chapitre, Attar explique l’idée que les mystiques ont de la mort. Pour Attar, tous les phénomènes qui existent dans ce monde contiennent leur contraire en eux-mêmes. Attar cite des exemples de choses opposées qui vont de pair (la joie et la tristesse, l’être et le néant), mais ce que l’on voit n’est généralement qu’un aspect de l’objet : on trouve que la soie est très belle, et l’on oublie qu’elle provient de la salive d’un ver ; le miel, que l’on trouve si délicieux, est élaboré dans le jabot de l’abeille. Le douzième chapitre commence par des considérations sur l’Au-delà, duquel personne n’est revenu pour nous dire comment c’est. Attar ajoute que ce monde dans lequel nous vivons est beau, et c’est agréable d’y vivre, mais il est source de malheur parce qu’il est éphémère. Le treizième chapitre continue à propos de la mort, qui est inévitable dit Attar, non seulement pour l’être humain mais pour toutes les créations divines telles que le soleil, la lune, les mers, les montagnes, les lions, les panthères et les éléphants. Dans le quatorzième chapitre, Attar rappelle cependant à l’être humain que tout ne se termine pas avec la mort, et qu’il faut attendre le Jugement dernier. Le chemin vers Dieu est un chemin difficile ; tous les prophètes sont venus pour raccourcir ce chemin ajoute Attar, qui conclue que l’être humain n’est, tout compte fait, « qu’une poignée de terre et quelques jours de vie ».

 

Le quinzième chapitre est à propos de la vieillesse. L’homme vieillit mais il continue à être avide et ne veut pas abandonner ce monde. Dans le seizième chapitre, Attar énumère les choses qui appartiennent à l’être humain. Celles-ci sont comme des pierres, qui en s’amoncelant deviennent une montagne et l’écrasent. Les désirs, l’orgueil, la vanité, la concupiscence, la cupidité, le mensonge, la colère, la jalousie, l’avarice en font partie, et les montagnes de feu de l’enfer sont ces choses-là mêmes. Attar fait dans ce chapitre l’éloge de la sobriété et de la modération des désirs, et rappelle les méfaits de l’avidité et de la cupidité. Le dix-septième chapitre est une invitation à rester éveillé pendant la nuit et à l’aube, pour prier et invoquer Dieu. Le dix-huitième chapitre est une compilation de conseils, dont certains sont les paroles du messager de Dieu, de l’Imam Ali et de grands mystiques. Une grande partie de ces conseils sont tirés de livres de l’époque sassanide précise  Shafi’i Kadkani. Ce chapitre se termine encore une fois avec l’éloge du silence. Attar raconte à ce propos l’histoire d’un homme qui voyagea en Chine ; il y rencontra un sage à qui il demanda ce qu’est la vérité ; le sage lui répondit que la vérité a dix parties, une partie est « parler peu », les neuf autres parties sont « le silence ». Shafi’i Kadkani considère que les conseils de ce dix-huitième chapitre pourraient faire l’objet d’une recherche, afin de connaitre les sources que Attar a utilisées ; il ajoute que le véritable Pand-Nâme (Le Livre des conseils) de Attar est ce dix-huitième chapitre de l’Asrâr-Nâme.

 

Attar consacre la dernière partie de l’Asrâr-Nâme., comme dans ses trois autres masnavis, à des pensées sur  lui-même, sa poésie,  sa vie. Il commence par faire l’éloge de sa poésie, parce qu’aucun poète parmi ses prédécesseurs n’a composé de vers aussi beaux – ce qui est la vérité, comme le souligne Shafi’i Kadkani. Attar précise que quiconque voudrait le rencontrer pourra le voir dans ses poèmes, qui sont une image de lui. Mais peu à peu, la modestie prend le dessus et Attar s’admoneste, car il pense qu’il faut rester humble et garder le silence. Il commence alors à se critiquer d’avoir composé des poèmes, et demande à Dieu de le pardonner. Attar relate alors l’histoire de Ferdowsi entrant au paradis pour avoir composé un vers à propos de towhid et prie Dieu de lui réserver un sort similaire. Suivent quelques histoires à propos de la mort et du destin de l’être humain après la mort. Attar demande ensuite au lecteur de prier pour lui, refait l’éloge du silence.

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir