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jeudi, 13 novembre 2014 07:35

Ibn Salâh Hamedâni, mathématicien et astronome iranien du XVIIIe siècle

Ibn Salâh Hamedâni, mathématicien et astronome iranien du XVIIIe siècle

 

Shahâb Vahdati

 

Nadjmeddin ibn Salâh Hamedâni, mathématicien et médecin iranien du 12e siècle de l’Hégire, (XVIIIe siècle), originaire de Hamadân, partit pour Bagdad afin d’approfondir ses connaissances scientifiques après avoir terminé ses études préparatoires dans sa ville natale. A Bagdad, Ibn Salâh devint l’élève du grand mathématicien Abol-Hokm Maghrebi durant quelques années, travaillant en même temps en tant que médecin du gouverneur de Mardin, l’émir Teymourtâsh Artaghi, sur l’invitation de ce dernier. Abol-Hokm Maghrebi, son maître, s’étant installé à Damas, Ibn Salâh quitta également Mardin pour le rejoindre. Il y resta jusqu’à sa mort en 1153. Il fut enterré dans le cimetière des soufis de cette ville, sur les bords de la rivière Banias. Ce fut un homme respecté et aimé, un grand savant à l’éloquence fameuse. Le respect qu’il inspire tient cependant aux vastes connaissances mathématiques et à sa créativité en la matière, qui l’a fait entrer dans l’histoire. Ibn Salâh connaissait parfaitement l’œuvre de ses prédécesseurs, grâce à sa maîtrise de la langue syriaque via laquelle il traduisit les mathématiciens grecs.

Sur la colline de Hadj Enâyat, à Hamadân, se trouvent les établissements du centre d’astronomie d’Ibn Salâh Hamedâni et la maison des mathématiques dédiée à ce savant originaire de cette ville. Ce centre, subventionné par la municipalité de la ville, a été fondé sous l’égide de la mairie de Hamadân et de l’Université Bou Ali Sinâ (Avicenne). Construits sur 686 m², avec des bâtiments sur trois étages, ces établissements comprennent deux planétariums munis d’instruments électroniques et de télescopes sophistiqués.

Au cours de son histoire, la ville de Hamadân a fourni de nombreux savants à l’Iran, quoique la plupart soient restés inconnus. Najmeddin Abolfotouh Ahmed, fils de Salâh, est un médecin et mathématicien hamadâni du XIIe siècle. Après avoir appris les rudiments des sciences de son époque dans sa ville natale, Najmeddin prit le chemin de Bagdad, où il devint l’élève d’Abol-Hokm Maghrebi, médecin et mathématicien renommé, qui était alors le directeur de la célèbre école Nezâmieh de Bagdad. Ce dernier décida très tôt de porter une attention particulière au jeune médecin doué, qu’il considérait comme un génie. De plus, Ibn Salâh maîtrisait, outre le persan et l’arabe, le syriaque ancien, ce qui était un plus certain pour l’étude des textes scientifiques. Ibn Salâh était déjà à l’époque un mathématicien renommé. Ce renom incita le gouverneur de Mossoul à l’inviter à sa cour, qu’il quitta bientôt pour l’un des autres centres scientifiques de l’époque, c’est-à-dire Damas. Le calme et l’ambiance académique de cette ville plut tant à Ibn Salâh qu’il y demeura jusqu’à sa mort. Ibn Salâh et son maître se respectaient profondément et ce respect transparaît dans leur correspondance. Le maître écrit ainsi à son élève : « Bien que tu aies appris ces sciences auprès de moi, aujourd’hui il faut que tu me les réapprennes, car tu les as compris avec bon sens et j’en ai oublié la plupart ». Cette phrase d’Abol-Hokm fait apparaître le haut degré scientifique de l’élève, et Ibn Salâh a démontré qu’il méritait cette appréciation. Ce dernier se passionnait pour les études expérimentales et pratiques, bien qu’il n’ait pas été indifférent à l’égard des sciences théoriques comme la poésie, la philosophie ou la logique. Il a d’ailleurs rédigé un essai sur la logique où il se penche sur la question du syllogisme. Mais son domaine principal concernait les mathématiques, l’astronomie et la médecine. De lui nous est parvenu une quinzaine de volumes de livres et d’essais, tous écrits en langue arabe et dont certains ont été annotés et imprimés et certains sont manuscrits, conservés dans les bibliothèques, aux quatre coins du monde.

La plupart de ses ouvrages concernent les mathématiques et l’astronomie. Par exemple, son célèbre Sur l’astronomie est un essai à propos de l’Almageste de Ptolémée. Un autre est appelé d’un long titre qui introduit déjà les sujets de l’essai : Ce que dit Ptolémée dans le deuxième chapitre de l’article XII, à propos de la référence de Saturne, et dans les quatre chapitres suivants sur les références des étoiles. Pour mieux éclaircir le sujet, il faut préciser que le trajet apparent des étoiles est assez sophistiqué. Il paraît parfois qu’une étoile cesse d’avancer dans son parcours et prend temporairement une direction inverse. Elle s’arrête ensuite et reprend sa trajectoire habituelle. En astronomie, cette inversion de la trajectoire est nommée "mouvement référentiel". Ibn Salâh a calculé dans ce livre la somme de ce mouvement pour Saturne, selon un procédé intéressant et original et une méthode plus scientifique que ses prédécesseurs pour dessiner la forme aplatie de la sphère, et son calcul eussent beaucoup d’influence dans la fabrication du réseau d’un astrolabe. Pour représenter le mouvement des astres de la voûte céleste, il utilisa des matériaux comme du papier ou des métaux utilisés dans la construction de l’astrolabe. Ce nouveau procédé représentait un atout majeur par rapport aux procédés précédents.

 

Ibn Salâh était un penseur et lecteur assidu qui a beaucoup profité des ouvrages scientifiques de son époque et a minutieusement examiné les opinions philosophiques et scientifiques des savants antérieurs et contemporains à lui-même. Il débattit ainsi des problèmes ptoléméens généraux, commenta de nombreux ouvrages scientifiques et poussa ses recherches sur l’astrolabe pour l’améliorer afin d’en faire un instrument plus complet. A propos du disque gradué en degré sur le contour de la machine qui sert à représenter l’heure, il prit en compte la méthode et les procédés avicenniens, mais après les avoir décrits, il les commenta en les corrigeant. Alberoni, dans son livre Comprendre l’astrologie présente un certain Mohammad Marvzi comme l’inventeur de l’astrolabe, mais Ibn Salâh a contribué au perfectionnement de cette machine par une initiation de valeur qu’il explique dans son traité scientifique L’astrolabe dans la qualité de la forme aplatie de la sphère.

 

Ibn Salâh était avant tout un savant empiriste qui, recourant à l’expérience, tentait de transformer ses hypothèses en théories scientifiques. Une autre activité d’Ibn Salâh a consisté en l’élaboration des repères et des cadrans solaires. On dit qu’il en a assemblé un dans la grande mosquée de Damas pour les temps locaux de prières quotidiennes et la mesure du temps. Aujourd’hui, il n’y a aucune trace de cet appareil mais il existe encore à Damas une tour proche de la grande mosquée nommée "la tour" ou "le minaret de l’horloge".

 

En 1127, à l’époque où Ibn Salâh s’occupait à Damas de ses études, mathématiques et astronomiques, un groupe de mathématiciens et d’astronomes tentait de réformer le calendrier lunaire en Iran.

Sous la direction d’Omar Khayyâm, ce groupe put donner naissance au calendrier solaire « Jalâli ». La culture arabe est ainsi entrée dans la vie iranienne en même temps que la foi musulmane. Cette conversion a influencé les mesures et les modes du calendrier aussi bien que les autres aspects de la vie. Des calendriers solaires, datant de l’Antiquité, conçus selon le mouvement de la terre autour du soleil se trouvaient à Naghsh-e Rostam, à Pasargades et à Shahr-e Soukhteh (littéralement : "ville brûlée") au Sistan. A la suite du travail de ces savants, le calendrier solaire remplaça de nouveau le calendrier de l’Hégire lunaire. C’est Malek Shâh, premier roi de la dynastie seldjoukide, qui donna l’ordre de la révision du calendrier lunaire et la mise en place d’un calendrier plus stable. Le calendrier iranien a ainsi retrouvé sa place et les douze mois de la Perse ancienne remplacèrent les mois lunaires. Le premier jour de Farvardin (l’équinoxe de printemps), avec la fête de Norouz à sa tête, fut choisi comme le commencement de l’année solaire.

 

A la fin de sa vie, Ibn Salâhs’attela à la rédaction de ses théories scientifiques à Damas, dans la région de Mardin, un territoire situé en Turquie actuelle, et fonda la grande bibliothèque de Mardin avec l’aide de l’émir Hessâmeddin Artaghi. Ce grand mathématicien et astronome iranien mourût en 1153 et fut enterré au cimetière des soufis dans le faubourg de Damas.

 

 

Revue de Téhéran, n°59 octobre 2010

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