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lundi, 24 septembre 2012 03:53

La Lutte, un sport aussi vieux que l’homme (1)

La Lutte appartient aux disciplines sportives les plus anciennes et ses origines se confondent avec celles de l'homme. Le combat de lutte était toujours une démonstration de courage et joua un rôle fondamental dans l'éducation au sein des civilisations perses, égyptiennes et grecques. Il est impossible de citer toutes les luttes car chaque civilisation, chaque communauté, chaque ethnie, chaque tribu développa son propre système et ses propres règles.

Les premiers éléments attestant l’existence de cette activité physique datent de l’époque mésopotamienne. On les retrouve notamment chez les Sumériens au 4e millénaire av. J.-C. Le temple de Guianadjeh à Bagdad, découvert en 1938 par M. Spears, archéologue de l’Université de Pennsylvanie, constitue le témoignage le plus ancien concernant la lutte sumérienne. Spears trouva dans ce temple deux objets gravés en pierre et en bronze où l’on reconnait distinctement des silhouettes de lutteurs et des scènes de lutte. On imagine à quel point ce sport a changé de visage en fonction de la géographie et des différentes aires politico-sociales pour évoluer et prendre sa forme actuelle.

En Egypte ancienne également, la lutte était vénérée à tel point que des images de scènes de lutte ont été retrouvées gravées sur la pierre des tombeaux des pharaons. Dans la Perse antique, ce sport était également pratiqué. Les zoroastriens nouaient une ceinture à leur taille, le kasti, qui à donné son nom à la lutte persane, le koshti, qui signifie "prendre la taille de quelqu’un". Autrement dit, le mot koshti trouve ses origines dans la culture zoroastrienne. Il devient kostik en langue pahlavi et finalement koshti en persan dari. Le dictionnaire Dehkhodâ définit la lutte en « un combat entre deux personnes sans utilisation d’armes et avec l’intention de vaincre son adversaire. »

Pendant le premier millénaire av. J.-C., la lutte était particulièrement estimée par les rois achéménides. Sous Artaxerxés II, les soldats grecs envoyés en Perse ne manquèrent pas de familiariser les Persans avec leurs traditions olympiques dont une bonne part concernait la lutte. D’après Xénophon, les Iraniens, compte tenu de leurs dispositions physiques, préféraient se battre face à face avec leurs adversaires. Pour les Arsacides, un corps fort, agile et bien entrainé valait mieux que les armes, ce qui explique leur habileté acquise dans les courses de chevaux, dans la lutte et au tir à l’arc. Au Ve siècle sous les Sassanides, le roi Bahram-e Gour entra en guerre avec les Romains. Celle-ci dura un mois durant lequel se déroula notamment le siège de la ville d’Erzeroum. D’après les historiens de l’époque, la solution à ce problème fut proposée par Bahrâm-e Gour, et consista à désigner le vainqueur par la lutte. Pendant des siècles, la lutte héroïque fut chose courante sur le territoire iranien. Le Shâh-Nâme de Ferdowsi y fait largement référence.

Il ne reste aujourd’hui pas grand-chose des techniques utilisées dans les luttes anciennes mais ce qui est certain, c’est que le critère de poids n’était pas appliqué comme aujourd’hui. Comme nous l’avons évoqué, en période de guerre, la lutte servait parfois à désigner le vainqueur, ce qui permettait d’éviter d’inutiles effusions de sang. Une fois vainqueur, le lutteur pouvait choisir de tuer ou de laisser la liberté à son adversaire. Mais dans ce dernier cas, le vaincu était tenu d’enlever son habit de combat et de s’en aller vivre à jamais dans la clandestinité.

Avec l’avènement de l’islam, la lutte et le principe de « bravoure » acquirent une dimension nouvelle. Pour l’islam, la morale et les valeurs spirituelles constituent la véritable essence du héros. Elles furent et sont restées le fondement éthique du modèle de lutte qui fit son entrée dans les zourkhâneh. Cette alchimie nouvelle donna naissance à de grands noms, depuis Pouryâ-ye Vali jusqu’à Seyyed Hassan Razzâz.

Avec l’invasion mongole, la lutte fut quelque peu délaissée pour un temps, mais la tradition, ancestrale, ne tarda pas à refaire surface une fois la paix installée dans le pays. Depuis cette date, les techniques de lutte et les noms des lutteurs furent systématiquement enregistrés. Les Déilamites désignaient des jours précis pour faire le commerce mais aussi pour pratiquer la lutte. Le vainqueur défiait les lutteurs des autres tribus et ils créaient ainsi des liens sociaux avec leurs voisins.

Sous les Safavides ainsi qu’à l’époque des Zands, la lutte prit un essor tel que chaque ville avait des centaines de lutteurs de renom. Durant cette époque, la lutte fut étroitement associée avec la poésie, tandis que les communautés de poètes comptaient aussi bon nombre de lutteurs.

A l’époque qadjare, la lutte se transforma en un véritable sport populaire et fut pratiquée par toutes les couches sociales, à tel point que par ordre du souverain Nâssereddin Shâh, un homme d’affaires, Sâheb-od-Dowleh, fut désigné pour prendre officiellement en charge les activités de lutte en Iran. Ainsi, chaque vendredi, les gens prirent l’habitude de se réunir sur les places publiques pour assister à des scènes de lutte. Ces dernières occasionnaient la désignation du héros de la capitale, une habitude qui devint presque une tradition dans les années qui suivirent. Pour ce faire, les lutteurs se fixaient rendez-vous les jours fériés sur la place principale de la ville et engageaient la lutte. Celui qui l’emportait avait l’honneur d’être couronné en qualité de héros de la cité. Parmi les lutteurs les plus renommés de cette époque, on peut nommer Mohammad Sâdeq Bolour-Foroush, Akbar Khorâssâni, Hossein Youzbâshi, Seyyed Hassan Razzâz et Seyyed Ismaël Kaleskeh-Sâz.

A suivre…

 

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