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jeudi, 31 juillet 2014 04:45

L’incontournable Mollâ Sadrâ (2)

L’incontournable Mollâ Sadrâ (2)
 

L’œuvre de Mollâ Sadrâ

 

Mollâ Sadrâ est l’auteur d’une œuvre monumentale : quarante volumes dont certains d’une centaine de pages et d’autres de plusieurs centaines de pages. Dans ses livres et essais, Mollâ Sadrâ aborde pratiquement tous les thèmes de la philosophie islamique. Plusieurs ouvrages de Mollâ Sadrâ réunissent ses idées personnelles et les résultats de ses recherches et méditations, tandis que d’autres sont des commentaires et interprétations d’ouvrages d’autres auteurs.

 Mollâ Sadrâ commenta l’œuvre monumentale d’Avicenne, Kitâb al-Shifâ’ (Le livre de la guérison), et Hikmat al-Ishrâq (La théosophie des lumières) de Sohrawardi. Dans son commentaire des Usoul al-Kâfi, le grand recueil des enseignements des Imâms du chiisme duodécimain, Sadreddin Shirâzi présenta un exposé parfait de la philosophie chiite. Mais cette œuvre est malheureusement demeurée inachevée. Mollâ Sadrâ est également l’auteur de commentaires de plusieurs sourates du Coran. Dans son exégèse coranique, Sadreddin Shirâzi est essentiellement en quête des significations ésotériques et mystiques du texte sacré. Cet ouvrage et les commentaires que les disciples de Mollâ Sadrâ écrivirent à son sujet constituent une référence incontournable de l’approche philosophique dans l’exégèse herméneutique du Coran.

 Le chef-d’œuvre de Mollâ Sadrâ qui présente le résultat de ses pensées philosophiques et l’ensemble de son système s’intitule Al-Asfâr al-Arba’a al-’Aqliyya (Les quatre voyages spirituels [1]) et contient près de deux mille pages. Deux disciples de Mollâ Sadrâ qui furent également ses gendres écrivirent des commentaires très précieux sur ce chef-d’œuvre : Mollâ Mohsen Feyz et Abdol-Razzâq Lâhiji. A partir du XVIIe siècle, de nombreux auteurs ont commenté et expliqué Les quatre voyages car en réalité, la connaissance et la compréhension de la philosophie chiite jusqu’à nos jours passe forcément par l’étude de la grande Somme de Mollâ Sadrâ.

 

Dans l’introduction de l’ouvrage, Mollâ Sadrâ écrit : « Alors, que je vivais depuis longtemps dans l’isolement et l’anonymat, par la force de mes profondes méditations, la chaleur de la lumière de la vérité mit mon être en feu et en flamme. Mon cœur reçut les lumières du royaume céleste, et il vit soudain se déchiffrer les secrets divins grâce au secours du Seigneur. J’ai eu alors la connaissance des secrets qui m’étaient demeurés inconnus jusqu’alors, et j’appris les mystères qu’aucun argument rationnel ne m’avait jamais permis de saisir. Je parvins ainsi à voir clairement et sans aucun intermédiaire les vérités que je m’efforçais de comprendre par la raison. J’ai donc écrit ce livre que je qualifie de "divin" pour ceux qui se préoccupent de l’acquisition de la sagesse et de la perfection, afin qu’ils connaissent mieux les secrets divins. »

 

Dans ce passage, Mollâ Sadrâ évoque clairement une expérience spirituelle dans la droite ligne de celle de Sohrawardi. La conviction inébranlable ici ne provient certainement pas de l’argument logique, mais d’une « présence » directe.

Selon Mollâ Sadrâ, le philosophe se battait sur deux fronts : d’abord contre lui-même, ensuite contre les forces ténébreuses du monde extérieur. Sadreddin Shirâzi vécut la première bataille durant l’exil qu’il s’était imposé à Kahak. Pendant ces longues années d’isolement et de solitude, Mollâ Sadrâ passa de l’étape théorique de la pensée philosophique à celle de la conviction profonde et "vécue". Mollâ Sadrâ pensait, comme ses prédécesseurs, que ce passage ne pouvait réellement s’effectuer qu’au travers de la spiritualité chiite.

 Il convient ici de rappeler l’importance du terme de « théosophie orientale » qui a eu un destin étrange dans l’histoire de la philosophie iranienne. Au XIIe siècle, Sohrawardi utilisa ce terme pour désigner la théosophie de la Perse antique qu’il voulait réactualiser. Dans cette expression, Sohrawardi cherchait à évoquer la splendeur du soleil levant et la lumière de l’aube qui met fin aux ténèbres nocturnes – motif à haut contenu symbolique. Par ailleurs, il voulait insister sur le lieu de l’apparition de cette lumière : l’Orient, qui symbolisait la lumière et la source de la connaissance au sens vrai. A l’aube, la lumière de l’Orient rayonne sur les âmes exilées dans l’univers ténébreux de l’Occident. La théosophie – qui n’est ni une philosophie pure, ni une théologie - apparaît à l’Orient et est caractérisée par sa conformité avec la « géographie mystique ». Cette théosophie est une sorte de sagesse divine qui appelle à la quête de la vérité par un passage de la connaissance abstraite de la philosophie – fondée sur les concepts – vers une contemplation directe et une « orientation » de l’âme vers l’Orient de la vérité. Selon Sohrawardi, Zoroastre et les autres grands sages de la Perse antique enseignaient cette sagesse orientale. Mollâ Sadrâ eut ainsi une expérience très profonde de cette « présence » spirituelle qui fut à la base de sa théosophie pendant son long séjour à Kahak.

 

Quels sont les « quatre voyages spirituels » ?

 1) Le premier voyage commence dans le monde créé pour arriver à Dieu (min al-khalq ilâ al-Haqq). Le voyageur découvre alors la réalité des êtres, la nature, la matière, les formes, etc., et il arrive enfin à l’univers des vérités divines qui ne sont pas perceptibles par les sens.

 2) Le second voyage se réalise « à partir de Dieu », « en Dieu » et « par Dieu » (fil-Haqq bil-Haqq). Le voyageur y découvre les attributs divins, et certaines problématiques liées à l’essence divine.

 3) Le troisième voyage est un retour de Dieu vers le monde créaturel, mais « en compagnie de Dieu et par Dieu » (min al-Haqq ilâ al-khalq bil-Haqq). Le voyageur y apprend les différents degrés et l’ordre de la procession de l’être à la lumière de la vérité divine.

 4) Le quatrième voyage est un voyage « avec Dieu » et « par Dieu » dans le monde créé (bil-Haqq fi al-Haqq). Ce dernier voyage ne sera possible que par une connaissance intérieure (la théosophie) pour comprendre la signification profonde de l’unicité de l’être : « Celui qui se connaît soi-même, connaît son Seigneur » (man ’arafa nafsaho ’arafa rabbaho). Le voyageur y apprend aussi la signification de la résurrection qui est en réalité l’ouverture vers l’infini avec le passage de ce monde à l’autre.

 Mollâ Sadrâ dépasse et réconcilie ainsi la philosophie d’Avicenne et la théosophie de Sohrawardi, en se servant également d’éléments de la gnose d’Ibn Arabi, au travers d’un système dont la compréhension n’implique pas seulement un effort intellectuel, mais la transformation de tout son être appelé à être lui-même transfiguré et à découvrir les secrets de l’être au cours des différents "voyages".

 

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