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mercredi, 01 janvier 2014 08:37

L’incontournable Mollâ Sadrâ (1)

Sadreddin Mohammad de Chiraz, plus connu sous le nom de "Mollâ Sadrâ" naquit dans la ville de Chiraz. Sa date de naissance nous est restée inconnue pendant longtemps, jusqu’à ce que des chercheurs découvrent il y a quelques décennies la copie d’un manuscrit original de Mollâ Sadrâ portant une inscription de l’auteur : « J’ai appris ce point à l’aube du vendredi 7 Jomâdâ al-Awwal de l’an 1037, à l’âge de 58 ans. » D’après cette note, Mollâ Sadrâ serait né à Chiraz en 1571. En réalité, cette date et celle de son décès (1640) sont les seules que nous connaissons de la vie de Mollâ Sadrâ de Chiraz.

Molla Sadra fut le philosophe, théologien et mystique islamique persan qui mena la renaissance culturelle iranienne au XVIIe siècle et il est probablement le philosophe le plus important et le plus influent du monde musulman des quatre derniers siècles. Il appartient à l'école de philosophie appelée théosophie transcendantale. Nombreux sont ceux qui considèrent que la portée de la philosophie et de l'ontologie de Mollâ Sadrâ pour la philosophie islamique est comparable à celle des écrits du philosophe allemand Martin Heidegger pour la philosophie occidentale du XXe siècle.

La vie de Mollâ Sadrâ fut ponctuée d’une série de difficultés et de changements brusques. Ce grand penseur n’a jamais reçu de son vivant la place et l’estime qu’il méritait réellement. La biographie de Mollâ Sadrâ se confond en grande partie avec celle de sa vie intellectuelle : le développement progressif de ses pensées, la rédaction de ses œuvres écrites, les cours qu’il donnait à ses disciples, et ses relations avec ces derniers dont certains devinrent plus tard les auteurs d’importants livres philosophiques.

On peut partager la vie de Mollâ Sadrâ en trois périodes, en commençant par son enfance et les débuts de sa formation. Son père était un notable de  Chiraz, et avait assez de moyens pour pouvoir assurer une très bonne éducation à son fils. D’ailleurs, dès les premières années de sa vie, Mollâ Sadrâ a prouvé qu’il avait des dons ainsi que de très bonnes capacités intellectuelles pour réussir dans ses études.

A cette époque-là, la ville d’Ispahan était la capitale politique de l’empire des Safavides. Ispahan était également le centre principal des arts et des sciences de l’Iran. De nombreuses grandes écoles furent ainsi fondées au sein de la capitale, dont certaines existent encore aujourd’hui. Les plus grands maîtres de l’époque enseignaient dans les grandes écoles d’Ispahan spécialisées dans différentes disciplines. Il était donc tout à fait naturel qu’Ibrahim, le père du jeune Sadreddin, décide d’envoyer son fils à Ispahan pour continuer ses études. Le système d’enseignement des anciennes écoles en Iran était évidemment très différent de ce que nous connaissons aujourd’hui. Un étudiant sérieux et talentueux devait consacrer une partie importante de son existence, voire toute sa jeunesse, à l’apprentissage des sciences. A Ispahan, Mollâ Sadrâ eut la chance de participer aux cours de trois grands maîtres : Sheikh Bahâ’i, Mirdâmâd, et Mir Fendereski.

En assistant aux cours de Sheikh Bahaï, le jeune Sadreddin apprit les enseignements islamiques traditionnels, notamment la jurisprudence islamique (fiqh) et les hadiths chiites. Après quelques années, Sheikh Bahaï autorisa officiellement Mollâ Sadrâ à enseigner les mêmes cours. Sheikh Bahaï était un ami de longue date d’un autre grand maître de l’époque, Mirdâmâd, que ses élèves surnommaient le « Troisième maître » (après Aristote et Fârâbi). A l’instar de Sohrawardi, ce célèbre philosophe de l’époque safavide croyait que la vraie philosophie était celle qui conduirait à une expérience gnostique et théosophique. Mirdâmâd devint le principal maître de Sadreddin Shirâzi en philosophie.

Certains documents confirment que Mollâ Sadrâ participa également aux cours d’une autre personnalité  d’Ispahan : Mir Fendereski. Mir Fendereski contribua activement au mouvement de la traduction d’œuvres sanscrites en persan, mouvement qui eut une influence considérable sur la vie intellectuelle et culturelle de l’Iran aux XVIe et XVIIe siècles.

Après ces années d’études à Ispahan commence la seconde étape principale de l’existence de Sadreddin. Il ne faut pourtant pas croire que l’ambiance d’Ispahan ait été favorable à un jeune maître qui – après avoir participé aux cours des grands maîtres connus et reconnus de son temps – ne souhaitait suivre que sa propre intuition et ses théories personnelles. Mollâ Sadrâ savait déjà qu’il allait mettre les pieds sur un chemin périlleux : plus il affirmait ses opinions personnelles et s’écartait des théories philosophiques officielles, plus il devait en même temps faire preuve d’intransigeance et d’esprit combatif face aux obstacles que lui créaient les suivistes. A cette époque, Mollâ Sadrâ écrit : « J’ai consacré ma vie, ma jeunesse et toutes mes forces à l’apprentissage de la théosophie divine. J’ai lu – autant que je pouvais – les œuvres des sages et des auteurs vertueux pour connaître et apprendre leurs intuitions, leurs opinions et leurs enseignements. J’ai étudié les œuvres des grands maîtres grecs, chapitre par chapitre. Cependant, de nombreux obstacles se sont dressés devant moi et m’ont empêché d’exprimer mes convictions. Les jours sont passés les uns après les autres, sans que je puisse réussir dans la mission qui était la mienne… Leur inimitié et leur hostilité, ma déception et mon désenchantement m’ont conduit enfin à l’isolement. Avec un cœur brisé, j’ai donc décidé de me contraindre à l’isolement dans un lieu lointain, de rester ignoré et de demeurer incognito.»

Mollâ Sadrâ quitta la grande capitale de l’Empire et se réfugia dans un petit village, Kahak, situé à trente kilomètres au sud-est de Qom. Ce village isolé et lointain a pourtant une valeur symbolique en raison de sa situation géographique : il se trouve près de Jamkarân, un lieu saint situé au cœur du désert central de la Perse, dédié au dernier Imam des chiites duodécimains, le vénéré Mahdi dont les chiites attendent depuis des siècles la parousie.

Mollâ Sadrâ vécut pendant onze ans à Kahak où il se donna entièrement à la découverte des vérités spirituelles. Il profita de ce long recueillement pour se plonger dans de profondes méditations et contemplations. Pendant cette période, Mollâ Sadrâ arriva à la conviction que sans méditation et intuition, la philosophie ne reste qu’un effort mental stérile. Pendant son séjour à Kahak, Sadreddin fit tout pour rester sous le couvert de l’anonymat, mais ses disciples finirent par retrouver sa trace. Ils furent alors nombreux à se rendre au petit village et formèrent un cercle autour de leur maître.

Commence alors la troisième période de sa vie. Le gouverneur de Chiraz, Allâhverdi Khân, avait fait construire une grande école à Chiraz et avait obtenu l’aval du roi safavide Shâh Abbâs II pour inviter Mollâ Sadrâ à regagner sa ville natale et à enseigner au sein de son école. La nouvelle du retour de Mollâ Sadrâ à Chiraz et des cours qu’il donnait à l’école du Khân transforma la ville en une nouvelle cité des sciences. Pendant ces années, Sadreddin  se consacra entièrement à l’enseignement et à la rédaction de nouvelles œuvres dont certaines restèrent malheureusement inachevées. La première leçon qu’il donnait à ses élèves était composée de quatre conseils : « se désintéresser de la fortune, dédaigner les ambitions, repousser l’imitation aveugle, et s’abstenir de commettre des péchés. »

Pendant les soixante-dix ans de sa vie, et malgré toutes ses occupations, Mollâ Sadrâ réussit à faire sept fois le grand pèlerinage, le hajj, à La Mecque. Il décéda en 1640 dans la ville de Bassora (sud d’Irak) où il fut inhumé, alors qu’il revenait de son septième pèlerinage.

A suivre…

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